Annonce et préparation du centenaire de la mort
du Père Emmanuel d'Alzon, 1880 - 21 novembre 1980
(suite)

FICHE D'ALZON 80 No 3

LA MISSION

Que peut nous dire le P. d'Alzon sur notre Mission dans le monde d'aujourd'hui ?

S'il n'y avait que le vocabulaire et style qui avaient vieilli ! Les œuvres à adapter ! Mais qu'y a-t-il de commun entre les hommes du XIXe siècle et nous ?

La "Révolution", ennemie jurée de l'Eglise, s'est apprivoisée. La démocratie libérale triomphante est à son tour menacée. L'Europe, encore moins la France, ne tient plus les leviers de commande politiques, économiques, culturels du monde. L'Eglise même a renoncé à être la régente du bien de la société pour se vouloir servante.

Et pourtant, sous la cendre, le feu est toujours brûlant. Le but, l'inspiration, l'esprit de la Mission de l'Assomption résonnent, toujours actuels. Pourquoi nous en étonner? Le P. d'Alzon ne les avait-il pas fondés sur le roc inébranlable: le Christ et sa Mission dans le monde.

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I. NOTRE BUT. Là-dessus, pas d'hésitation. Notre devise n'est pas un slogan : "Avant tout, nous serons des apôtres". (ES 157). "Ma passion à moi, c'est la manifestation de l'Homme-Dieu et la divinisation de l'humanité en J.C". (E.S. 646)

Nous sommes des Apôtres pour le monde d'aujourd'hui. Pas celui d'hier et "nous devons bénir Dieu de ce que notre petite Congrégation soit venue dans ces temps orageux parce qu'il y a de nouveaux devoirs à accomplir". (ES. 1031). "Notre but est de laisser les vieilles sociétés condamnées et accepter la liberté franchement et loyalement et de montrer à la démocratie tout ce que le christianisme a apporté au monde de fraternelle et de catholique égalité". (ES. 164).

II. NOS CONVICTIONS. Elles sont simples, de bons sens, vue à la lumière de la foi: l'amour du Christ, l'amour de l'humanité, l'amour de l'Eglise sont trois aspects indissociables de la même réalité.

Nous voulons le salut de l'humanité parce que c'est le désir de Dieu : "Pourquoi le monde a-t-il été créé sinon pour le Royaume de Dieu ?" (ES. 158). Nous le voulons par amour pour le Christ et "le Christ sur la croix n'a voulu que le salut des hommes"(ES. 75l).

Nous le voulons par amour de l'humanité. Construire le bonheur des hommes sans Dieu, sans le Christ, est une illusion mortelle. Là-dessus l'expérience appuie la foi. Regardons autour de nous : "Se moquer de tout, prétendre à tout, à l'or, au plaisir, au pouvoir; procéder par la haine, le mensonge et la violence, n'est-ce pas le résumé des droits nouveaux ? Il faut ou périr, ou sortir de cet abîme vers lequel l'Europe semble se précipiter". (ES. 180)

Cette Mission, nous ne la réaliserons que dans et par l'Eglise. L'Eglise a ses pesanteurs, ses limites. Le P. d'Alzon le savait, d'expérience. Mais le réalisme de sa foi balayait toute hésitation. C'est l'Eglise, et elle seule, qui nous donne la connaissance totale du Christ; c'est elle seule qui nous fait partager sa vie; c'est elle, et elle seule, qui peut donner le Christ aux hommes.

Aussi pour son service et celui du Pape, pour son unité, le P. d'Alzon s'est battu passionnément.
Plus simplement, il a aimé l'Eglise de toute son âme pour une raison, pour lui évidente: "Nous aimons l'Eglise parce que Jésus Christ l'a aimée. Pour elle, Il est venu sur terre et s'est uni à l'humanité". (ES. 136).

III. LES EXIGENCES. Connaître le Christ et vivre de lui, pour témoigner de Lui. Pour révéler le Christ aux hommes, l'amour spontané, sentimental ne suffit pas. Il faut le connaître. "C'est un crime de vouloir enseigner sans avoir la connaissance complète de la vérité". (ES. 1035). "Il nous faut des saints, mais des saints illuminés par la science catholique". (ES. 188). L'Assomptionniste est un familier de la Parole et de la doctrine.

La connaissance intellectuelle ne donne qu'un squelette sans vie. Il faut devenir des "copies vivantes de J.C.". "Jésus Christ veut se former en moi. Il veut être manifesté, prêché, annoncé par toutes mes actions et toutes mes paroles". (ES, 167).

- Connaître le monde pour y témoigner. Comment annoncer le Christ au monde si nous ne connaissons pas le monde, et si le monde ne nous connaît pas?

Etudier les courants de pensée "qui mènent le monde" "se faire au langage actuel, aux idées courantes"; être attentifs aux événements révélateurs d'une évolution, aux "peuples qui montent", pour y adapter sans cesse son action; sans négliger la connaissance du cœur: "A qui sait lire les cœurs et les esprits, les hommes apprennent certainement plus que les livres". (E.S. 749).

"Placé en dehors de la société, le clergé finit par en ignorer les besoins, les exigences, la véritable situation.. Il faut se faire laïque en un certain sens, ménager un ralliement, une fusion…Il faut, tout en s'isolant par la vie religieuse, renouer les communications interrompues, respire l'air de la société." (ES. 1294).

IV. L'ACTION. "Nous traversons une période de bouleversements.. Nous devons agir" (ES. 713). Comment? Pour le P. d'Alzon l'action apostolique de base "la principale" "la plus puissante" est, de toute évidence, la prière. (ES. 61).

L'action proprement dite, les œuvres, vont de soi. Mais il se refuse de s'y laisser enfermer. Aucune n'est exclue; aucune ne s'impose. Tout dépend des circonstances, des lieux, des urgences.

Est-ce à dire que l'action est laissée au gré de chacun ? Certes non. Nous devons "éviter de nous laisser égarer à droite et à gauche dans des travaux utiles, excellents même, mais qui nous détournent de la route que nous nous sommes fixée". (ES. 156).

Alors? Ses écrits, son action, celles de ses premiers compagnons nous donnent des orientations larges mais précises.
1. Proclamer la vérité. Enseigner, proclamer, annoncer, publier 1'Evangile chez tous, partout, la plus largement et le plus profondément possible, est la priorité des priorités.
Pour atteindre ce but, nous devons employer tous les moyens
2. Agir sur la Société. L'action apostolique ne peut s'arrêter aux individus. C'est "le monde qui a besoin d'être imprégné d'une idée chrétienne"; c'est "la société que nous voulons renouveler".
"Notre esprit doit s'accentuer au sens de l'initiative et de l'influence de l'esprit chrétien dans les œuvres, les familles, les associations, les corporations, la société entière ou, si l'on veut, la vie sociale". (Lettre du 13-9-1877).
L'attention au "peuple". Dans cette société en mutation une attention non exclusive, mais privilégiée, doit être donnée "au peuple". "C'est par l'évangélisation des pauvres que l'évangélisation du monde a commencé. Soyons, sous ce rapport, fidèles à notre vocation". (ES 163).
3. Former des apôtres. "Nous ne pouvons tout faire". Alors visons la fécondité plus que l'efficacité: formons des apôtres. Le Christ nous a montré la route. "Jésus-Christ a peu fait par lui-même. Il a formé des apôtres et les a envoyés à travers le monde". (ES. 696).
"Le but de la congrégation est de former des chrétiens, hommes d'Eglise" : "Préparer les enfants à leurs devoirs de chrétiens, dans le monde"; susciter, à partir de nos communautés, des laïcs solides en leur foi et actifs dans la société (ES. 644); promouvoir des vocations religieuses et sacerdotales: ce fut son œuvre de prédilection.

CONCLUSION. Un message en trois questions du P. d'Alzon.

Message: "Vos aînés vous ont donné l'exemple. A vous de le suivre. Ce qu'ils ont fait, pourquoi ne le feriez-vous pas ? Marchez sur leurs traces et devancez-les. Ils n'en seront pas jaloux". (ES. 190).

Trois questions: "Je me représente un Apôtre sortant du tombeau. Que penserait-il, supposé qu'il reçût une seconde fois la mission d'évangéliser le monde ?
- Ne commencerait-il pas par chercher à se rendre compte de l'état présent du monde ?
- Ne remonterait-il pas aux causes qui l'ont réduit à l'état déplorable où il est ?
- Ne chercherait-il pas, en dehors de la grâce, à quels moyens de zèle son action devrait avoir recours ?
Telles sont tes trois questions que je vous prie de vous poser, afin de chercher à les résoudre de manière utile
". (ES. 456)

Rome, janvier 1979 F. PEJAC.

 

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