L'hommage de l'Eglise par Mgr Besson, évêque de Nîmes

De la lettre de Mgr Besson, écrite le 24 novembre 1880, pour honorer la mémoire du P. d'Alzon:

Plus Français que personne par le caractère, le P. d'Alzon était plus que personne Romain d'esprit et de cœur. Ce n'était pas une religion de fantaisie et d'amour-propre, mais un culte profond, une tendresse vraiment filiale. S'il y a des hommes qui hésitent à entendre la voix de Rome quand Rome contrarie leurs vues personnelles et élève au-dessus de leur politique étroite et bornée les intérêts de l'Eglise, ce fut le mérite du P. d'Alzon de ne voir que l'Eglise, de ne servir que l'Eglise, de se tenir avec 1'Eglise dans ces hauteurs sereines d'où elle voit tout changer sans changer elle-même, tout passer sans passer elle-même.

Pie IX connaissait cette obéissance absolue et cette inébranlable fermeté du P. d'Alzon. Il aimait sa droiture naïve, sa simplicité, son courage, son magnanime désintéressement. Il répandit plusieurs fois son âme devant lui et l'honora de longues et secrètes confidences…L'amitié d'un grand Pape est une chose glorieuse. Cette amitié sainte, le P. d'Alzon sut l'obtenir et la garda jusqu'à la fin. Nous en avons obtenu nous-même la familière et douce expression dans une audience publique donnée par Pie IX le 4 février 1877 aux pèlerins franc-comtois. Nous suivions le cortège du Saint-Père, et notre bien-aimé grand-vicaire s'était confondu dans la foule qui remplissait la galerie. Mais, dès son entrée, Pie IX le reconnut à sa haute taille et à son grand air, et s'écria: "Voilà d'Alzon! C'est notre ami." Ce mot dit tout, et je devrais fermer cette lettre après l'avoir cité.

Première et seconde sépultures du Père d'Alzon

De la lettre du P. Tissot au P. Paul Bador, Nîmes, 25 novembre 1880.

Mon cher et Révérend Père,

Le grand fait de la journée d'hier a été les obsèques de notre très regretté et vénéré Père. Elles ont été tout ce que nous avions prévu. Mgr de Cabrières a officié pour le premier service dans notre chapelle, et a parlé longtemps avec beaucoup d'animation. Sa Grandeur a ensuite accompagné le convoi en tête des Pères de notre Congrégation et aux côtés de M. de Puységur. Mgr Besson a présidé à l'office de la paroisse, assisté de tous les membres du Chapitre. Deux poêles mortuaires étaient portés par douze personnes des plus considérables; près de deux cents élèves précédaient le convoi; un peuple immense, 30 000, dit-on, faisait cordon jusqu'aux dernières limites de la ville et au-delà. Le clergé était également très nombreux. Après l'inhumation, nos anciens élèves et ceux de la maison ont défilé, un à un, devant Mgr de Cabrières qui les a salués en leur tendant la main.

Aujourd'hui, nos Pères capitulaires ont élu à l'unanimité le T.R. Père Picard comme supérieur général. Ils ont ensuite procédé à l'élection des Pères assistants et à celle des Examinateurs (des novices) au nombre de 10, en prévision de la dispersion des membres de notre Congrégation et de l'éloignement respectif des diverses maisons.

De l'éloge funèbre de Mgr Besson:

Quand Lacordaire mourut à Sorèze, le 21 novembre 1861, une femme du peuple s'écria: "Nous avions un roi et nous l'avons perdu!" C'est la même date qui revient, c'est la même fête que 1'Eglise célèbre, c'est le même cri que j'étais tenté de pousser au pied du lit funèbre où reposait le P. d'Alzon. Le P. d'Alzon fut aussi un roi et ses obsèques en ont donné la preuve. On est venu de toutes parts pour les célébrer, de Marseille comme de Montpellier, des bords du Rhône comme du sommet des Cévennes. Je ne décrirai pas cette pompe funèbre qui dura trois heures, au milieu du silence le plus recueilli et le plus douloureux qui fut jamais. Quand la foule choisie, qui composait le cortège, passait au milieu d'une autre foule non moins sympathique et non moins attristée, alors tous les fronts se découvraient, dans les rues, sur les places, au cimetière; toutes les lèvres murmuraient une prière, tous les regards se tournaient vers le ciel. Ainsi, la paix profonde qui avait signalé l'agonie du P. d'Alzon, s'est retrouvée, comme un reflet de son âme, sur tout le parcours de sa dépouille mortelle. Et lui, qui avait dit tant de fois et avec tant d'autorité: "Levez-vous! debout! parlez, pétitionnez, revendiquez les droits de l'Eglise!" semblait commander encore dans le silence de sa tombe et nous dire: "À présent que je repose en Dieu, taisez-vous mais priez". Le P. d'Alzon fut obéi. Pas un cri, pas un mot, pas un geste ne s'éleva contre cette muette consigne. En vérité, nous aussi, nous pouvons le dire: Nous avions un roi et nous l'avons perdu.

Dans ce grand spectacle, aux deux évêques de Montpellier et de Nîmes incombait le soin de conduire l'un le cortège des prêtres, l'autre, celui des fidèles, se disant l'un à l'autre, en échangeant comme des voisins, des amis, des frères d'armes, leurs regards et leurs pensées: "Ne nous plaignons point que le P. d'Alzon n'ait pas fait de livres, il a fait des hommes, et, de ces hommes, les uns achèvent d'édifier le siècle présent, les autres édifieront le siècle futur. Tous sont ses disciples, ses amis, ses enfants. C'est plus qu'un roi, c'est un père que nous avons perdu."

Première sépulture de d'Alzon

Chacun à sa façon, sans parler des articles de la presse, le P. Tissot, d'une part, et Mgr Besson, deux témoins privilégiés, nous ont donné le récit des funérailles du P. d'Alzon. Il a été inhumé dans le tombeau des élèves de l'Assomption, qui ne porte que cette inscription:

HIC
ASSUMPTIONIS ALUMNORUM
OSSA DONEC IMMUTATIO VENIAT

Le corps du P. d'Alzon devait y demeurer jusqu'au 30 janvier 1892, où le cercueil fut transféré du cimetière Saint-Baudile en la chapelle du collège, avenue Feuchères, sous l'épiscopat de Mgr Gilly et le généralat du P. Picard.

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 Page réalisée par D. Remiot

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