M
. Germer-Durand était mort le 16 octobre. Le 21 octobre, trois jours
après les obsèques, l'Inspecteur d'Académie fait savoir
que l'on doit rendre immédiatement les enfants à leurs familles,
sous prétexte que les fonctions du chef d'institution sont usurpées
par l'un des religieux sans autorisation légale. On ne pouvait pas ne
pas en prévenir le P. d'Alzon; le P. Picard fut chargé de l'avertir,
mais un quart d'heure après, le P. d'Alzon demandait auprès de
lui le P. Picard, le P. Laurent et le P. Emmanuel Bailly.
"Nous nous tenions auprès de son lit, écrit le P. E. Bailly, et alors commença une scène qui nous déchira l'âme. Le Père joignit les mains sur la poitrine comme s'il se mettait en prière, et avec une voix pleine de lenteur et de gravité, comme s'il nous dictait ses suprêmes volontés, il nous dit: "Mes chers Pères, je vous ai réunis pour vous déclarer que je me sens désormais incapable de supporter des émotions comme celle que vient encore de me donner la nouvelle qu'est venu m'annoncer le P. Picard. Lorsque j'étais plus jeune, je pouvais dominer l'impressionnabilité de ma nature; j'avais même, à ce point de vue, une force de résistance qui étonnait beaucoup Mgr Cart que certains événements ébranlaient profondément. Pour moi, j'en suis arrivé à un tel point que si j'avais eu une attaque après ce que m'a annoncé le P. Picard tout-à-l'heure (sic), je n'en aurais pas été étonné".. A ces mots, le P. Picard voulut lui demander pardon de lui avoir causé involontairement une si vive émotion, mais le Père reprit aussitôt: "C'est là le résultat de mon état de santé et c'est une chose qui ne dépend plus de moi. J'ai bien considéré devant Dieu ce que j'avais à faire. Puisque je ne puis plus porter le poids du gouvernement de la Congrégation, ce que j'ai à faire est tout indiqué. La règle dit qu'en pareil cas le supérieur général doit remettre ses pouvoirs entre les mains d'un assistant général qu'il nomme son Vicaire général. Je nomme le P. Picard mon Vicaire général et lui laisse le soin de traiter les affaires de la Congrégation." Après un instant de repos, et tandis que l'émotion dont nous étions pleins nous réduisait au silence, il reprit avec la même gravité et la même lenteur: "Ce n'est pas, remarquez-le bien, que je veuille le moins du monde me dérober au travail et à la peine; Dieu m'en garde! Tant que mes forces ont suffi, j'ai fait ce que j'ai pu. Mais aujourd'hui je suis forcé de reconnaître que je ne puis plus et j'accomplis un devoir." Mais, mon Père, dit aussitôt le P. Picard, d'une voix émue, heureusement que ce n'est pas irrévocable. Le Père répondit: "Je vous déclare sincèrement que tant que je serai dans cet état, il m'est impossible de continuer à traiter les affaires de la Congrégation. J'ai voulu vous appeler tous les trois afin de vous mettre au courant de mes intentions."
Très
ému par la mort de son ami Germer-Durand, survenue le 16 octobre 1880,
et redoutant des mesures extrêmes contre son collège, devant l'émotion
qu'il ne peut contenir, le P. d'Alzon nomme vicaire général, le
12 novembre 1880, le P. Picard, qui sera choisi après la mort du fondateur,
par le Chapitre général, pour être son successeur à
la tête de l'Assomption.
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