Dans une lettre au P. d'Alzon, datée de Paris, le 13 mai 1872, le P. Picard écrivait: "Notre-Dame de Salut, ayant mis en avant des prières, des messes et communions pour la délivrance de la France, devait attirer les pèlerinages. C'est ce qui arrive. Voici les faits: Un prêtre et quelques âmes pieuses ont déjà préparé un pèlerinage à Ars et à la Salette. Pour moi, j'aimerais mieux Lourdes, mais on a choisi la Salette, et les premières démarches ont été faites."
Ainsi débute l'œuvre des pèlerinages de Notre Dame de Salut qui conduiront régulièrement chaque année des pèlerinages "nationaux" à Lourdes, à Rome et même à Jérusalem après la mort du P. d'Alzon. Dès 1874, les malades font partie du pèlerinage et, assistés par les Petites Soeurs, sont présentés aux piscines de Massabielle. En 1880, sera organisée l'Hospitalité de Notre-Dame de Salut.
Le
P. d'Alzon, qui s'était rendu à Lourdes pour la première fois en 1868, dix ans
après les apparitions, devait y revenir en 1873, 1874, 1877 et 1879. Il se lia
d'amitié avec le curé de Lourdes, l'abbé Peyramale, qui avait eu suffisamment
de prudence pour ne pas hâter à la légère le jugement de l'Eglise sur l'authenticité
des apparitions et qui, depuis, s'était consacré tout entier à la construction
du sanctuaire. Or, une véritable cabale s'était montée contre lui auprès de
son évêque, à propos des dépenses folles faites autour de la basilique. Le P.
d'Alzon s'engagea à le justifier auprès de ses amis de Rome et fit ouvrir une
souscription dans le Pèlerin, pour terminer l'église et agrandir les piscines.
Lui-même paya immédiatement le prix d'une colonne pour le sanctuaire. Alors,
l'abbé Peyramale, tout pauvre qu'il était, lui offrit un cadeau royal: son propre
bâton qui lui servait de canne. Le P. d'Alzon étant rentré à Nîmes regretta
que se fut perdue une aussi précieuse relique; en effet, l'abbé Peyramale était
mort le 8 septembre 1877, et, sous le coup de l'émotion, le P. d'Alzon écrivait:
"la conséquence pour moi est de me préparer à la mort; j'avais six mois
de plus que ce saint curé qui se tenait prêt pour son éternité et m'en parlait
sans cesse dans les quatre jours que je viens de passer avec lui. Une autre
conséquence est pour moi de laisser bien loin tout ce qui ne serait pas très
surnaturel chez moi et chez les Religieux de l'Assomption."
En 1873, c'est une audace de vouloir renouer avec les grandes manifestations
romaines d'avant guerre: pèlerinage mondial pour la canonisation des martyrs
japonais en 1862; ou encore pour le 18e centenaire du martyre de saint Pierre
et de saint Paul en 1867.
A Rome, la situation n'est pas sûre, et le gouvernement italien doit faire face
à toutes sortes de difficultés pour s'imposer. Pie IX, qui a refusé les solutions
proposées, vieillit et se considère comme prisonnier. En France, les défenseurs
du Pape, clergé et anciens Zouaves pontificaux, avec l'appui de la presse ultramontaine
et le sentiment du peuple chrétien, rejoignent le Pape dans sa souffrance et
son isolement. C'est dans ce contexte que le P. Picard lance l'idée d'un pèlerinage
des chrétiens de France à Rome, pour "visiter Pierre dans ses chaînes''. Sans
y contredire, le Pape consulté invite à surseoir pour éviter des troubles et
des avanies. Le gouvernement italien s'oppose à toute démarche d'envergure.
L'initiative fut maintenue mais réduite à une députation du Conseil général
des pèlerinages. Pie IX reçut la délégation avec des gestes d'attention dont
il avait le secret, mais, lorsqu'on eut connaissance des paroles du vicomte
de Damas dans son adresse à Pie IX: "Nous voulons que notre pays retrouve
le cri de son premier roi: Ah! si j'eusse été là avec mes Francs; oui, si la
France eût été là, Rome n'aurait pas été violée", la presse libérale
se déchaîna et les caricatures présentèrent les Assomptionistes en affûts de
canon:
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