En
décembre 1853, le P. d'Alzon donne tous les lundis des conférences sur et pour
les protestants. "Dès son séjour à Rome, dit le cardinal de Cabrières, il avait
eu l'idée de conférences pareilles; il se proposait d'éclairer nos "frères séparés",
comme on s'exprimait alors. Mais son âme apostolique ne rêvait rien que de loyal
et de pacifique. Ce serait le mal connaître et le mal juger que de se le représenter
sous les traits d'un ligueur farouche, armé pour des combats incessants, et
désireux de "transformer Nîmes en un champ clos, où l'on aurait vécu sous la
menace constante d'une déclaration de guerre." Non, son but était autre et,
s'il s'appliquait à démontrer la fausseté des croyances chères à la Réforme,
il ne nourrissait aucune haine contre les réformés. En janvier 1855, à Nîmes
et au pensionnat de Saint-Maur, il inaugure
l'association de Saint François de Sales pour recueillir des prières et des
aumônes en faveur d'orphelinats nîmois ouverts aux enfants protestants. L'idée
s'étend à la France entière et, le 19 mars, à Paris, les plus grands des catholiques
de son temps adoptent l'Association et en nomment pour président Mgr de Ségur.
La douce figure de l'héroïque missionnaire du Chablais que fut saint François
de sales et à la famille duquel les d'Alzon étaient apparentés, ne doit jamais
être oubliée lorsqu'on imagine le P. d'Alzon face aux calvinistes, descendants
des Camisards, même si les ancêtres du Père furent les Dragons du Roi.
"D'une
congrégation judicieusement ultramontaine, écrit le P. Daniel Stiernon,
on devait naturellement s'attendre à ce qu'elle fût dès ses origines orientée
vers Rome, toujours soucieuse de s'y fixer à l'ombre ou plutôt dans la lumière
du Saint-Siège et d'y établir son centre. […] Le fondateur était, en effet,
entiché de la Ville éternelle. Il fallait que ses fils aillent à l'ombre de
Saint-Pierre, respirer cet air romain dont il avait lui-même, vingt ans plus
tôt, apprécié le bénéfice et la ténacité face à la malaria du gallicanisme."
Peut-être le P. d'Alzon aurait-il souhaité un établissement autonome. Un des
logis convoités avec le plus d'insistance sera sans contredit Saint-Nicolas
des Lorrains; mais comme il était en pourparlers d'union avec les Pères de Sainte-Croix,
la première communauté s'établit en l'église et au couvent de ces religieux,
place Farnèse, à Rome, le 3 novembre 1855.
"Ils
étaient quatre lurons", écrit toujours le P. Daniel: François Picard,
"un grand garçon de 24 ans, à la taille élevée au port majestueux et imposant,
à l'âme ardente, au caractère hardi et résolu, à l'allure de chef; il portait
un nom bien "françois" et, quoique cent pour cent méridional, se réclamait d'une
lointaine ascendance picarde"; - Victorin Galabert, jeune médecin
tout fraîchement diplômé de l'Université de Montpellier. Agé de 25 ans, de taille
réduite, d'assez forte corpulence, pourvu d'une grosse tête qui émergeait à
peine d'un cou épais, le teint pâle, le front dénudé et si marmoréen que, quelque
temps plus tard, Pie IX l'appellera plaisamment "la cucuzza bianca, la
citrouille blanche"; il avait quitté la médecine et une vie pas tellement
édifiante, pour se jeter entre les bras du P. d'Alzon qui lui avait assuré:
"Mon fils, Dieu vous appelle à de grandes choses"; - Marie-Joseph
Lévy, qui se disait "descendant de Mathusalem"; le fait est que
sa mère Madeleine Lévy, était une actrice juive convertie et baptisée par le
P. d'Alzon; - enfin, Ernest Jourdan, "lequel donnait tout à fait l'impression
du pince-sans-rire et du je-m'en-fichisme".
En 1856-1857, la communauté ne compte plus que le P. Picard, ordonné prêtre
le 25 mai 1856, et le P. Galabert, ordonné prêtre le 7 juin 1857. En 1857-1858,
le P. Galabert est seul à Rome, installé à l'hospice du Bon Pasteur, via San
Giovanni in Laterano.
| |
|