Le
programme de la revue créée par le P. d'Alzon et qui va paraître de 1851 à 1855,
est dans son titre même: Revue de l'enseignement chrétien. Sa publication mensuelle
est assurée par les professeurs de l'Assomption sous la direction du préfet
des études. Dès la 2e année, la revue se double d'un autre but: une 1ère partie
intitulée: études chrétiennes résume ouvrages et articles pour permettre aux
professeurs de suivre le mouvement des idées; une 2de partie, plus spécifiquement
pédagogique, entend venir en aide, par des travaux pratiques, aux professeurs
inexpérimentés. Dans la dernière année de son existence (1855), sans qu'elle
devienne une revue de sciences ecclésiastiques, on y publie des travaux de théologie,
de philosophie et d'art chrétien. Il faut reconnaître que les abonnés furent
peu nombreux, quelque 160, en grande partie ecclésiastiques, pour 380 établissements
libres. Il y a là plusieurs motifs: l'attente différente de la clientèle dont
témoigne l'évolution même de la revue, la haute tenue scientifique de certains
travaux, l'orientation apologétique, et sans doute la prise de position de la
revue dans la controverse des auteurs classiques.
Dès sa parution, la Revue de l'enseignement chrétien se trouve sollicitée par la controverse du moment: il s'agit de ce qu'on a appelé la "querelle des auteurs classiques". Alors que, depuis 1849, les maîtres de l'Assomption avaient décidé de réintroduire les auteurs chrétiens à côté des auteurs profanes, l'abbé Gaume et ses partisans dénonçaient, comme étant "le Ver rongeur des sociétés modernes", - "le paganisme dans l'éducation". Cette malheureuse "querelle des classiques" réveilla des susceptibilités gallicanes devant le progrès des "idées romaines", si bien que Pie IX crut devoir intervenir pour pacifier l'opinion de l'Eglise de France par l'encyclique Inter multiplices (1853). Au lecteur attentif des articles du P. d'Alzon parus dans la revue et de sa correspondance, il apparaît, dans la querelle des classiques, sans outrance exclusive et, dans la controverse élargie, sa position "ultramontaine" est avant tout au service de l'unité de 1'Eglise.
La
nomination du P. d'Alzon au Conseil supérieur de l'Instruction publique va lui
permettre de se tenir au courant des affaires de son temps, dans le domaine
de l'enseignement, et de rencontrer de nombreux personnages de premier ordre,
comme aussi de présenter ses propres initiatives et réalisations. Dans un premier
moment, Mgr Dupanloup veut en être informé mais devant l'intervention de prêtres
et de laïcs dans la Querelle des classiques, il dénonce comme étant un péril
pour l'Eglise ce "laïcisme"; autrement dit, la querelle des classiques devient
une querelle gallicane ou ultramontaine suivant les options des partisans. "Ma
foi, tant pis pour lui, dira le cardinal Fornari, pourquoi se mêle-t-il d'intervenir
avec son autorité épiscopale là où elle n'a que faire." En 1853, pour pacifier
l'opinion publique divisée sur des querelles qui s'accumulent: conciles provinciaux,
liturgie, études classiques et sacrées, droits et devoirs des écrivains laïcs,
juridiction des évêques et du Saint-Siège, le Pape Pie IX devra intervenir par
l'encyclique Inter multiplices.
Le
projet du P. d'Alzon en fondant une maison de hautes études, présenté par Mgr
Cart à l'épiscopat de France, et approuvé de Rome par le cardinal Fornari, ancien
nonce à Paris, était de réaliser une université libre, à défaut, dit-il, d'université
catholique, puisque les universités d'Etat avaient des facultés de théologie.
Cette tentative audacieuse valut à son auteur des félicitations et des encouragements;
cependant, malgré les sacrifices consentis, le succès fut assez mince et le
nombre des étudiants ne fut jamais important. µL'heure n'était pas venue, mais
l'idée devait renaître pour aboutir, en 1875 où nous retrouvons le P. d'Alzon
au soir de sa vie dans le même combat.
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