Je n'ai pas grand chose à vous dire aujourd'hui, ma chère fille. Je vous ai écrit assez longuement la dernière fois et pourtant, il me semble que j'ai besoin de vous parler un peu et toujours de la nécessité de faire bien pénétrer l'esprit de Notre-Seigneur dans cette pauvre petite œuvre de l'Assomption. Que faisons-nous en effet, en y laissant se développer notre esprit à nous? C'est-à-dire nos défauts, nos misères, nos idées tout humaines? Est-ce pour cela que des âmes sont venues nous confier la responsabilité de leur salut et de leur sanctification? Hélas! voilà des années que nous avons cette charge, et que voyons-nous s'accomplir pour le bien? Souvenez-vous des détails que vous m'avez donnés sur vos filles, je pourrais vous faire un tableau semblable des miens mais dans tout cela, où est la vie complète de N[otre]-S[eigneur], reproduite avec amour par des chrétiens qui veulent être parfaits? Tout cela me préoccupe beaucoup, je vous assure, et me force à penser que, puisqu'il n'est pas bon de se décourager, il faut autant que possible commencer par travailler sérieusement, vous et moi, afin d'arriver à notre but, qui est Jésus connu et glorifié dans les âmes.
Les premiers religieux profès de l'Assomption prononcèrent leurs vœux perpétuels autour du fondateur le 25 décembre 1851. L'habit religieux qu'avaient revêtu les PP. Laurent et Tissot à Paris, le 12 octobre 1851, lors de la bénédiction de la chapelle de leur collège de la rue du faubourg Saint-Honoré, ne fut pas revêtu à Nîmes le jour de la profession perpétuelle parce qu'il n'était pas encore confectionné. Il consiste en une soutane de drap noir, un camail sans pointe avec capuchon, de la même couleur et une cordelière noire.
Le
photographe Disdéri, séjournant à Nîmes de 1852 à 1853, réalisa plusieurs portraits
du Père d'Alzon, dont celui-ci: assis, en habit religieux, camail et cordelière.
On sait que Disdéri, du point de vue artistique, s'attachait à l'apparence et
au détail.
Le grand souci du P. d'Alzon, comme il l'écrivait le 26 février 1850 à Mère M.-Eugénie, était "de faire bien pénétrer l'esprit de Notre-Seigneur dans cette pauvre petite œuvre de l'Assomption", c'est-à-dire "la vie complète de Notre-Seigneur, reproduite avec amour, par des chrétiens qui veulent être parfaits [..], afin d'arriver à notre but, qui est Jésus connu et glorifié dans les âmes."
De la lettre de l'abbé Brun au P. d'Alzon, datée de Langogne, le 10 juillet 1847 [..]
Je ne pense pas que mes Supérieurs s'opposassent à mes projets, si la Providence m'appelait un jour à faire plus intimement partie de votre excellente maison. J'ai dû cependant ne pas laisser entrevoir encore ce désir. Il ne sera bon d'en faire part à mes Supérieurs que lorsqu'ils songeront à me rappeler. Monseigneur m'a félicité du choix que j'avais fait; il m'a fait un éloge complet de votre institution: il ne savait pas encore tout. Je lui ai fait part de ce que j'ai vu par moi-même; il en a été enchanté. A mon départ, il me donnera par écrit son consentement et les témoignages qui peuvent vous être nécessaires par rapport à moi. Je tâcherai de me rendre à Nîmes du 20 au 25 septembre, plus tôt si vous le croyez nécessaire, il me tarde beaucoup de me mettre sérieusement au travail; je crois que j'aurai trouvé ce que je cherchais depuis si longtemps et que je serai heureux [dans votre maison.]
Le
P. Henri Brun, né le ler octobre 1821, à Langogne (Lozère), diocèse de Mende,
bachelier ès lettres, avait été ordonné prêtre en décembre 1845. Profès pour
un an à Nîmes, le 25 décembre 1890, il est profès perpétuel à Nîmes, le 25 décembre
1851. Ses premières années apostoliques furent au service de l'enseignement
chrétien, soit à Nîmes, soit à Paris; puis il devint missionnaire en Australie
de 1862 à 1875. Après la mort du P. d'Alzon, le P. Picard lui demanda d'accompagner
les Petites Soeurs de l'Assomption pour les aider dans leur fondation de New-York,
avec l'agrément du P. Pernet. C'est là qu'il devait mourir, le 15 janvier 1895.
Dès le Chapitre général de 1850, il avait été nommé assistant général du fondateur.
(Polyeucte GUISSARD, Portraits assomptionistes p. 14-23).
Victor
Cardenne, né le 8 août 1821, à Fontainebleau (Seine-et-Marne), diocèse de Meaux,
licencié en droit, est profès pour un an à Nîmes, le 25 décembre 1850 et meurt
le 14 décembre 1851 à Fontainebleau où il est inhumé. Orphelin de père, il avait
été confié à la tutelle de sa mère, jeune femme pleine de tendresse pour son
fils, mais peu religieuse et encore moins expérimentée. Placé au petit séminaire
d'Avon, il revint dans le monde en 1839 pour ses études de droit et, en 1844,
après une vie de bohème, il revint à Dieu et fut mis en rapport en 1845 avec
le P. d'Alzon qui le prit à l'Assomption comme professeur d'histoire. Sa présence
fut de toute fidélité dans sa marche vers la vie religieuse, de toute loyauté
stimulante dans ses devoirs de professeur et plus encore de parfait dévouement
aux pauvres dans l'œuvre du patronage et les Conférences de Saint-Vincent de
Paul au collège. Les privations que sa vie de bohème lui avaient attirées, avaient
altéré sa santé et il fut victime de la tuberculose. Il revint près de sa mère,
et nous avons encore le récit de sa sainte mort par la garde-malade qui le soigna
jusqu'au bout. (S. VAILHE, L'Assomption n° 272, mars 1924). - En 1902, le P.
Th. Darbois retrouva sa tombe dont nous reproduisons l'épitaphe. Jules Monnier
voulut honorer la mémoire de son ami Victor Cardenne en écrivant une notice
intitulée: Un Maître chrétien, (Paris, 1855, 298p.)