Les études ecclésiastiques à Montpellier et à Rome

Emmanuel entre au séminaire de Montpellier

Après avoir célébré sa majorité, le 30 août 1831, avec sa famille et ses amis, Emmanuel révèle sa vocation ecclésiastique à ses parents qui lui demandent de réfléchir, sans s'y opposer nettement. L'incertitude porte sur le lieu où il accomplira ses études théologiques. Son père et sa mère refusent Rome où se trouve Lamennais; ils pencheraient pour Saint-Sulpice à Paris, qu'Emmanuel refuse à son tour, parce qu'il serait trop près de ses amis. Il se décide donc pour le séminaire de Montpellier et, dans la nuit du 14 au 15 mars 1832, il quitte sa famille sans la prévenir, comme il était convenu. Le premier informé de son entrée au séminaire sera son ami de cœur d'Esgrigny, mais il en fera part également à l'abbé de Lamennais et à Charles de Montalembert.

Lettre à d'Esgrigny du 16 mars 1832

Du séminaire, Montpellier 1. 16 mars [1832] Mon cher ami, me voilà au séminaire. Et je suis content, bien content, et je crois que celui qui est heureux peut savoir quelque chose. J'ai eu, il est vrai, un moment bien triste, celui où j'ai quitté Lavagnac. Je partis sans bruit. Ma mère, toute courageuse qu'elle s'est montrée dans son sacrifice, m'avait demandé de ne pas lui dire le moment de mon départ. Je me tus, en effet, mais, quoique maître de moi, j'étais dans un bouleversement inconcevable. Maintenant, tout s'est calmé et je suis joyeux, plus que je ne le devrais être; car un jour et demi passé ici m'a déjà montré ce que j'avais à acquérir. Oh! pauvre cher ami, m'aimerez-vous toujours de même? Au milieu de tous les sentiments qui, pendant quelques jours ont passé et repassé par mon cœur, je ne me suis pas aperçu qu'il y eût rien de changé à votre égard. Ah! certes, vous n'avez pas éprouvé, vous, une séparation comme moi ! Ami, je puis vous assurer que je ne regrettais rien, non, rien du tout. Mais Dieu me voulait-il? Mais alors que je ne voulais que sa volonté, la faisais-je ? Terribles questions, qui jointes à un [..]

Vue extérieure des fenêtres de la chambre du séminariste d'Alzon

Duo MacelliLe 16 juin 1832, l'abbé Emmanuel d'Alzon reçoit la tonsure et, le ler juin 1833, les ordres mineurs; mais, au cours de l'été, il décide de ne pas retourner à Montpellier et prend, sur les instances de ses parents, la résolution de se rendre à Rome

Le 25 novembre 1833, l'abbé d'Alzon arrive à Rome

Rome, le 26 novembre 1833.

Je te tiens parole, ma chère amie, et puisque je t'avais promis ma première lettre de Rome, la voici. Je suis ici depuis hier soir. Nous partîmes de Civita-Vecchia, à 9 heures passées. Nous aurions voulu nous mettre en route plus tôt, mais les formalités de la douane nous arrêtèrent et ne nous permirent pas de nous acheminer plus tôt vers le terme de notre voyage.
St Pierre de Rome Tu crois peut-être que nous jouîmes du beau de l'Italie et que le soleil nous salua de ses rayons les plus dorés, comme dirait un classique. Point; il pleuvait. C'était une pluie toute prosaïque qui nous accueillit et qui acheva de gâter le chemin, déjà assez mauvais que nous avions à faire. Aussi n'arrivâmes-nous à la porte de Cavaleggieri qu'à onze heures de la nuit. La lune heureusement s'était levée : on y voyait très bien. Il fallut attendre une heure dans la boue que le commissaire vînt examiner nos passeports. Pendant que nous étions à croquer le marmot, nous nous aperçûmes du bruit d'une cascade voisine. Nous demandâmes ce que c'était. "Ce sont, nous répondit un employé, les fontaines de saint Pierre." Tu penses que nous ne fîmes qu'un saut pour traverser la rue, au fond de laquelle nous apercevions une des colonnades latérales. M. Gabriel, en arrivant sous cette colonnade, s'étendit tout de son long; il baisait les pierres. Je le laissai faire et je m'élançai dans cette place. Je regarde. Eh bien! sais-tu quel fût mon premier cri? Quoi! ce n'est que cela! Le dôme me paraissait écrasé et la façade mesquine. Gabriel admirait tant qu'il pouvait [et était furieux de mon désappointement..]

Du 25 novembre 1833 au 19 mai 1835, l'abbé d'Alzon séjourna à Rome pour ses études ecclésiastiques chez les religieux Minimes, à Sant'Andrea delle Fratte. Il suit d'abord les cours de la Grégorienne, chez les Jésuites et s'informe surtout auprès de savants théologiens, tous amis de Lamennais qui lui avait donné des lettres d'introduction: le cardinal Micara, capucin, le P. Olivieri, dominicain, le P. Orioli, conventuel, le P. Ventura, théatin, le P. Mazetti, carme. - A Pâques 1834, il cesse de fréquenter les cours publics. Mac-Carthy, le neveu du futur cardinal Wiseman, alors recteur du séminaire anglais, sera, des séminaristes romains, son meilleur ami.

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