Jeunesse et études à Paris

Le 13 octobre 1823, la famille d'Alzon s'installe à Paris, à l'hôtel Crapelet, n° 9 de la rue de Vaugirard, et Emmanuel suit les cours du collège Saint-Louis.E n octobre 1824, il est admis comme externe au collège Stanislas où il terminera ses études, en 1828.

BaillyJeune humaniste, avec l'autorisation de ses parents, Emmanuel entre dans le mouvement catholique qui se dessine sous le règne de Charles X, pour la défense de la religion - nous dirions de la foi, aujourd'hui, - menacée par la politique libérale du gouvernement que le roi n'arrive pas à contenir. Emmanuel trouve les maîtres de sa jeunesse qui seront aussi les amis de son âge mûr : les abbés de Salinis et de Scorbiac, l'abbé Combalot, l'abbé Gerbet et plus encore M. Bailly, tous subissant plus ou moins l'influence de l'abbé de La Mennais, "ce nouveau Père de l'Eglise, ce survivant miraculeux des prophètes d'Israël." Le 28 mai 1828, l'abbé de Salinis lance l'idée d'une association pour la défense de la religion catholique, placée sous la protection de la Sainte Vierge et de saint Pierre. Le 19 juin Emmanuel s'y fait inscrire sous le n° 947, son père étant membre honoraire du Conseil général. Mais ses vrais amis, Jouenne d'Esgrigny, Du Lac, Gouraud, La Gournerie, Emmanuel les trouvera dans la compagnie de M. Bailly, comme membres de la Société littéraire et de la Société des Bonnes Etudes, qui tiennent leurs réunions dans la pension Bailly.

La vocation sacerdotale - La vocation d'Emmanuel d'Alzon

Paris , jeudi, 21 janvier [1830].

Vous en penserez ce que vous voudrez, mon très cher, mais ma première lettre sera sérieuse, et je commencerai ma correspondance par m'ouvrir à vous sur un sujet, dont j'aurais dû vous parler déjà, puisque d'autres personnes que je ne visite pas plus que vous en sont déjà instruites. Que pensez-vous que je doive faire? Sous quel point de vue considérez-vous l'avenir pour moi? Vous l'avez deviné peut-être - et vous n'apprendrez rien de nouveau - que j'espère marcher sur les traces de du Lac, et que tout mon bonheur serait de le voir avec moi à Malestroit ou à la Chesnaie. Voilà ce que, pour le moment, je désire avec le plus d'ardeur et ce que je voudrais voir se réaliser avant peu. Qu'il serait à souhaiter que les obstacles de notre pauvre ami ne fussent pas plus insurmontables que ceux que j'aurai à combattre, si tant est que quelque chose s'oppose à mon dessein! Comme, aujourd'hui, la position d'un prêtre est admirable! Et puis, ce n'est pas la position que je considère seulement. Tous les sacrifices que je croyais devoir faire me coûtaient peu: ils étaient faits, et j'étais étonné que cela me parût si peu de chose que je n'avais pas encore levé les yeux pour regarder la place à laquelle j'aspirais. Ce n'a été que lorsque ça été une chose presque décidée par moi que j'ai envisagé le but que je me proposais. Il y a eu suspension d'idées. Fortoul, Gouraud, Daubrée ont passé par ma chambre depuis que je vous ai parlé de moi. Fortoul, Daubrée s'en sont allés; Gouraud est au coin de mon feu à s'extasier sur le comte de Holberg, à dire: "C'est ça", à m'interrompre pour me lire un passage [de saint Paul..].

Lettre à d'Esgrigny V. Lettres I, 34-36

A lors qu'il poursuit, selon la volonté de son père, sa première année de droit, Emmanuel le 21 janvier 1830, s'ouvre pour la première fois de sa vocation sacerdotale à son ami d'Esgrigny. Décidément je ne formerai plus de liaisons d'amitié : c'est me rendre malheureux sans qu'on m'en sache beaucoup de gré. Comment vous aussi, mon ami, mon bon ami! A peine je commence à vous bien aimer et déjà vous me faites du chagrin. Vous, prêtre; non, vous n'êtes pas fait pour être prêtre. Je ne vous parlerai pas des peines et des dégoûts que vous essuierez nécessairement, car je sais que c'est cela même qui vous attire. Mais laissez-moi vous dire la vérité, vous aurez mille fois plus d'influence pour le bien en évitant la robe de prêtre. Je vous connais, je sais ce que vous valez : croyez-moi, vous êtes appelé à un autre sacerdoce que celui-là; votre mission, (et celle-là est aussi belle, et surtout plus efficace que l'autre), votre mission est d'être un honnête homme parmi les autres hommes; votre exemple dans le monde sera plus utile que votre exemple parmi les prêtres. Il faut bien en convenir : les paroles d'un prêtre ne valent plus aux yeux de la multitude les paroles d'un autre homme.

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