Emmanuel eut pour frère et surs:
Par la mort de son petit frère, qu'il eut à peine le temps de
connaître, Emmanuel fut le seul fils de la famille d'Alzon. Prévoyant
la naissance de son deuxième enfant, le vicomte d'Alzon demanda au cardinal
Gabrielli d'en être le parrain, fût-ce par procuration. Les lenteurs
du courrier ne permirent pas à la réponse d'arriver à temps.
Dans sa lettre datée de Rome, le 4 décembre, le cardinal s'en
excuse en rappelant les liens d'amitié qui l'avaient uni à la
famille d'Alzon. En effet, exilé avec les autres cardinaux et le Pape
Pie VII par Napoléon 1er,le cardinal Gabrielli avait été
accueilli par le vicomte d'Alzon en son château de la Condamine. Emmanuel
lui fut présenté; il n'avait que trois ans et demi. Le cardinal
le regarda longtemps, comme pour pénétrer le secret de cette vie
naissante. Il posa les mains sur sa jeune tête, puis il le bénit
avec une lenteur recueillie qui émut les assistants. La mère de
l'enfant en garda toujours le souvenir, et elle disait que, dès ce jour,
Dieu lui avait pris son Emmanuel et l'avait réservé pour 1'Eglise.(E.
BOUVY, op. cit,p.23-24 )
Le château de Lavagnac par Montagnac (Hérault)
Depuis 1816, le vicomte d'Alzon, malgré de fréquents
séjours au Vigan, habitait pendant la majeure partie de
l'année, le château de Lavagnac. C'est là
qu'Emmanuel a grandi, qu'il est devenu adolescent et jeune homme;
c'est de là qu'il est parti pour se donner à Dieu.
L 'entrée principale s'ouvre au Midi, du côté
de Montagnac, et donne sur une vaste cour d'honneur. Le château
s'élève à gauche, avec deux ailes au Sud
et au Nord. A l'Est, la vue s'étend sur les champs et les
collines boisées. Mais, ce qui fait la magnificence de
Lavagnac, c'est surtout sa façade occidentale avec ses
grands appartements qui ont remplacé le donjon, avec ses
légères tourelles et ses innombrables balustres,
avec ses deux étages de terrasses émaillées
de fleurs.
C'est aussi le
parc immense et la pièce d'eau, et les grandes allées ombragées,
et la riche campagne qui descend en pente très douce vers le fleuve.
N'oublions pas la chapelle très simple, qui s'élève sur
un terre-plein, un peu à l'écart, au milieu des grands arbres.
On comprend que le cur d'Emmanuel d'Alzon se soit laissé prendre
au charme de cette noble demeure, et qu'au jour où il se séparait
de ses parents pour se donner à Dieu, le renoncement à Lavagnac
ait été pour quelque chose dans le mérite de son sacrifice.
A gauche de la tour, fenêtre de la chambre d'Emmanuel. Dans le parc, la chapelle du château. Terrasse des communs: c'est de là qu'Emmanuel d'Alzon est parti pour le séminaire, afin de ne pas éveiller l'attention de la famille qui se tenait dans le salon donnant sur la façade principale du château.
Emmanuel d'Alzon, portrait de Mme Vigée-Lebrun (Monastère des Orantes du Vigan)
Ce
tableau est connu sous le nom d'Enfant à l'oiseau; il représente
un tout jeune homme, aux traits fins et délicats, le cou serré
dans l'immense cravate blanche aux larges replis qui était de mode sous
la Restauration. Tout le costume semble un peu solennel si on le compare à
ce visage frais et souriant, et surtout à l'attitude tout à fait
détendue et abandonnée choisie par l'adolescent; il est debout,
sa taille est souple et élancée; il tient sur le doigt un oiseau
empaillé, un vrai jouet d'enfant. Le regard est vif et en même
temps très doux; l'intelligence y brille avec l'ardeur, la franchise,
la noblesse du cur. La vie intérieure s'y reflète, très
intense et très pure. Bien que la ressemblance ne puisse plus être
constatée, ceux qui ont vu Emmanuel d'Alzon beaucoup plus tard, et surtout
ceux qui ont vécu avec lui et qui l'ont aimé, s'ils s'arrêtent
quelque temps devant ce tableau, se sentent émus. Au premier aspect,
ils disent: ce n'est pas lui; il n'avait pas cette figure ovale, ce menton mince
et effilé. Mais s'ils regardent plus attentivement, s'ils interrogent
mieux leurs souvenirs, bientôt ils le retrouveront. C'est ainsi qu'il
devait être au sortir de l'enfance; ce sont ses yeux, c'est son sourire,
c'est le port de la tète et, dans toute sa physionomie c'est son âme
déjà transparente. L'âge a changé les dehors au point
de les rendre presque méconnaissables. Mais on ne peut s'y tromper; l'âme
d'Emmanuel respire dans cette image. Voilà bien l'enfant que nous avons
connu vieillard.(E.BOUVY, op. cit. p. 55-56.)
Ce
fut le 1er juillet 1824 qu'Emmanuel reçut pour la première fois
son Dieu en l'église Saint-Sulpice de Paris. Retenu pour affaires à
Lavagnac, son père souffrait de ne pouvoir contribuer par sa présence
à préparer son fils: "Mon esprit, mon cur, mes vux
et mes larmes t'accompagneront à la Sainte Table."
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