Le jeudi 30 août 1810, dans une chambre qui, plus d'une fois, avait servi de chapelle pendant la Terreur, Henri d'Alzon soulevait dans ses bras vers le ciel, avec un geste d'oblation, l'enfant qui venait de lui naître : Benedictus qui venit in nomine Domini! Cette prière, cette action de grâce, cette bénédiction dans la langue de l'Eglise, précédait et sanctifiait le premier baiser paternel. E.BOUVY, op. cit. 21.
Acte de naissance d'Emmanuel d'Alzon:
Emmanuel-Marie- Joseph-Maurice DAUDE D'ALZON L'an Mil huit cent-dix, le trente un août à dix heures du matin en la Maison commune, par-devant nous François Dortet de Tessan, maire et officier de l'Etat civil de la Ville du Vigan - département du Gard, est comparu Monsieur André-Henri Daudé d'Alzon, propriétaire foncier, domicilié en cette ville, qui nous a présenté un enfant du sexe masculin, né le jour d'hier, à une heure et demie du soir, de lui déclarant et de Dame Marie-Jeanne-Clémence Faventine, son épouse, auquel il a déclaré vouloir donner les prénoms de Emmanuel-Marie-Joseph-Maurice, lesquelles présentation et déclaration ont été faites en présence des Sieurs David Fadat marchand et Marc Cadenat boulanger, tous deux majeurs et domiciliés en cette ville, et ont les père et témoins signé avec nous le présent acte de naissance après leur en avoir fait lecture. E. d'Alzon Tessan, maire Fadat M. Cadenat
Le vicomte d'Alzon, portrait de Boily - (Château de Lavagnac)
André Henri Daudé
d'Alzon, époux de Jeanne Clémence de Faventine, avait trente-six
ans à la naissance d'Emmanuel. Désormais établi dans le
monde, cet homme restait digne de la grande vocation vers le sacerdoce, quelque
temps entrevue et méditée. Son âme, son cur, son caractère,
sa conversation en avaient gardé l'empreinte à la fois douce et
austère. Son esprit très droit, très ferme et très
cultivé, le mettait au premier rang des hommes de son pays et de sa génération.
Dans ses rapports sociaux, grave,
discret, un peu solennel, mais toujours accueillant et affable, dur à
lui-même et doux pour les autres, il était entouré de l'estime
et de la vénération de tous, et, en parlant de lui, on disait
au Vigan: "le saint Monsieur d'Alzon". (Edmond BOUVY, Vie du P. d'Alzon,
p. 21-22)
La vicomtesse d'Alzon, portrait de Boily - (Château de Lavagnac)
La mère d'Emmanuel,
Jeanne Clémence de Faventine-Montredon, d'une bonté exquise d'un
caractère énergique, d'un esprit aussi judicieux que délicat,
conciliait en elle, par un assemblage rare, les qualités brillantes d'une
grande dame et les vertus solides d'une maîtresse de maison; on pourrait
presque dire d'une ménagère. Très simple en ses manières,
dédaigneuse du luxe et des plaisirs, elle savait mettre elle-même
de l'ordre dans ses affaires domestiques; mais, en même temps, sa distinction
native, l'aménité de son accueil, le charme de sa conversation,
la vivacité et la finesse de ses moindres paroles, l'entrain et la gaieté
respectueuse qu'elle maintenait dans ses salons, toute cette noblesse diffuse
qui émanait de sa personne la faisaient aimer et admirer à la
fois. Au-dessus de tout cela, il y avait la chrétienne pieuse et secourable,
la Providence des pauvres, la femme forte de l'Ecriture, qui est un présent
de Dieu comme épouse et comme mère, que la religion seule peut
offrir en exemple et en spectacle au monde, digne d'avoir pour fils un Augustin
ou un Chrysostome. E. Bouvy, op. cit, p. 22.
L 'enfant donné par Dieu, et donné à Dieu, fut baptisé le dimanche 2 septembre, dans l'église paroissiale de Saint-Pierre. Il eut pour parrain son oncle maternel, Jean-Maurice de Faventine, et pour marraine sa grand-tante, Louise-Marie-Joséphine Daudé d'Alzon, tante de son père, tante de sa mère. Il reçut au baptême les trois noms augustes qu'illuminent les premières pages de l'Evangile : Emmanuel-Marie-Joseph et un quatrième nom, symbole et promesse de vaillance, le nom du soldat martyr Maurice. Le prêtre qui versa l'eau du baptême sur le front d'Emmanuel était l'oncle de sa mère, l'abbé Daniel-Xavier de Liron d'Ayrolles.(E.BOUVY, op. cit. p. 21.)
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