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Message du Supérieur Général
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                                   Homélie du provincial de France des Augustins de l'Assomption, Benoit Grière,
                                                  pour la profession perpétuelle de Jean-Paul Sagadou

Chers Frères et chères sœurs en Christ,

Aujourd’hui nos cœurs sont dans la joie. Jean-Paul Sagadou, un Burkinabé, un Gourmantché de Fada N’Gourma, prononce ses vœux définitifs de religion en l’église Notre Dame de l’Assomption de Komah. L’Assomption en terre togolaise prend racines car Dieu est bon et il donne la vie en abondance.

Jean-Paul, tu as choisi les deux lectures de la Parole de Dieu que nous venons d’entendre. Ton choix dévoile une partie de ta personnalité. Tu nous livres ainsi la passion amoureuse que tu as pour le Royaume de Dieu et la volonté que tu as de le chercher sans cesse en t’engageant dans la vie fraternelle en communauté.

Ta passion pour Dieu remonte à loin dans le temps. Tu as croisé le Christ sur ta route et celui-ci t’a fait signe en t’appelant. Comme les pèlerins d’Emmaüs, tu as découvert que Jésus cheminait avec les hommes et qu’il continuait d’emprunter nos routes humaines pour nous dévoiler la vérité de Dieu et la bonne nouvelle. Comme à Pierre, à Jacques, à André, Jésus t’a dit « viens, suis-moi » et tu as mis tes pas dans ses traces.

L’évangile que nous avons proclamé nous parle de ces disciples qui ont accepté de suivre Jésus. Bien sûr, ce ne sont pas des hommes parfaits, nous les connaissons tous, ces braves apôtres. Jésus n’a pas choisi des saints. Il a posé son regard sur des hommes qu’il savait fragiles et pécheurs, pour les appeler à le suivre et pour qu’ils progressent dans la vie et dans la vérité. Jésus est parfois rude envers eux car il désire qu’ils grandissent dans la sainteté. Juste avant le passage que nous avons lu, Jésus leur a rappelé qu’il n’était pas possible de servir deux maîtres à la fois : Dieu et l’argent. Si Jésus les a mis en garde, c’est probablement parce que, parmi ses disciples, l’un ou l’autre avait déjà le cœur partagé. Alors Jésus, tel un bon enseignant, donne quelques exemples pour rappeler aux disciples qu’il y a des choix à faire et des priorités à respecter.

Ne vous inquiétez pas, nous dit-il ! Ne vous inquiétez pas pour les questions de nourriture, de vêtements, de prestige et de pouvoir. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice.

Le véritable chrétien est celui qui accepte de s’en remettre totalement dans les mains de Dieu car il est sûr qu’il ne l’abandonnera jamais.

Le religieux est un baptisé qui témoigne de l’absolu de Dieu dans sa vie. Il se donne totalement à Dieu pour tout recevoir de lui. Comme l’oiseau, il n’a pas à se soucier de sa nourriture. Comme la fleur, il ne s’inquiète pas de sa parure. Mais s’il n’a pas à se soucier de cela, ce n’est pas par paresse ou parce qu’il aurait des richesses, mais parce qu’il a la foi l’espérance et la charité. Sa priorité n’est pas les biens de la terre, mais la recherche incessante du Royaume et de la justice. Un religieux est un homme solidaire du peuple avec lequel il partage la vie quotidienne. Si le religieux venait à manquer à la solidarité avec les hommes et les femmes de son temps, il serait à l’opposé du chemin que Jésus lui demande de suivre. Jean-Paul cherche d’abord le Royaume de Dieu. Combats en cette terre d’Afrique pour que la dignité de l’homme soit partout respectée. Travaille pour que personne à nos portes souffre de la faim et de la soif. Nous ne devons pas avoir d’autre richesse que Dieu lui-même, tout le reste est un obstacle à la justice du Royaume. Le religieux qui oublierait cela serait le plus malheureux des hommes.

Matthieu nous donne un message tout simple : que l’on soit riche, que l’on soit pauvre, le danger est le même, celui de se laisser accaparer par le besoin d’avoir, d’avoir plus. On perd alors de désir de la venue du Règne et la confiance en la sollicitude de Dieu. L’évangile n’incite pas à déserter le travail ni la lutte contre la pauvreté ; il s’adresse aux « affamés de justice », à  ceux qui ont faim de correspondre à ce que Dieu attend d’eux. C’est cela être disciple de Jésus-Christ.

L’autre lecture que Jean-Paul nous a proposée est tirée de la première lettre de saint Jean. Jean nous parle de la vie fraternelle. L’Église, frères et sœurs, est la famille de Dieu. Elle est basée sur l’égalité de dignité car nous sommes tous enfants d’un même père. La fraternité est l’autre nom de la communauté, de l’Église. Jean continue de diffuser la bonne nouvelle que Jésus nous a apportée : Dieu est amour et c’est l’amour qui nous permet de découvrir Dieu. Notre mission sur terre est d’aimer, d’aimer sans limites ni restriction. C’est l’amour qui nous permet de voir Dieu. Et pour cela, Dieu nous donne son Esprit.

« Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu ». Le religieux est un homme qui continue de chercher Dieu. C’est la première raison et la plus importante qui fait que des hommes et des femmes choisissent ce genre de vie. Nous sommes des chercheurs de Dieu. Même si nous avons la foi, Dieu nous ne l’avons jamais vu. Alors notre vie est cet effort qui nous pousse à toujours le chercher autour de nous et en nous. Malheureux homme que celui qui devenant religieux croit qu’il a trouvé Dieu. Comme l’évangile de Matthieu nous le rappelle, nous devons toujours chercher le Royaume et sa justice. Notre quête de Dieu ne s’arrêtera que le jour de notre mort. Et chercher Dieu, c’est avant tout aimer. Aimer sans fin.

Jean-Paul, tu as été prêtre diocésain. Tu dois beaucoup à ton église, à ton diocèse, à ton peuple. Dieu nous fait naître dans un monde concret comme Jésus son fils a partagé totalement la réalité du peuple d’Israël. Où que tu sois, continue de vivre la fraternité avec les hommes et les femmes que tu rencontreras. Fais grandir la famille de Dieu en étant le frère de tous.

Tu es aussi un religieux assomptionniste, c’est-à-dire que tu as fait le choix de vivre en communauté apostolique avec des frères. Eux aussi ne sont pas des saints, mais des hommes qui avec toi s’engagent à chercher Dieu tous les jours de leur vie.

La communauté religieuse, comme toute communauté chrétienne, y compris la communauté paroissiale, n’est pas parfaite. Elle est marquée par le péché et les fragilités, mais l’Esprit de Dieu la renouvelle si l’amour est présent en son cœur. Un grand théologien allemand, que tu aimes, Dietrich Bonhoeffer, a beaucoup insisté sur la vie communautaire, base de la vie ecclésiale. Il rappelle avec force qu’il ne faut pas rêver de la communauté idéale : « Dieu hait la rêverie pieuse car elle fait de nous des êtres durs et distants. Elle nous fait exiger l’impossible de Dieu, des autres et de nous-mêmes. Au nom de notre rêve, nous posons des conditions et nous nous érigeons en juges sur nos frères et sur Dieu lui-même. » Alors, nous sommes régulièrement déçus par la communauté, mais cela est nécessaire, écrit-il, car cela nous « fait comprendre que nous ne pouvons absolument pas compter pour vivre ensemble sur nos propres paroles, sur nos propres actions, mais uniquement sur la Parole (de Dieu) et sur l’Action qui réellement nous lient les uns aux autres, c’est-à-dire le pardon de nos péchés par Jésus-Christ ».

Jean-Paul soit cet homme qui continue de chercher Dieu sans se lasser avec des frères dont tu ne douteras jamais de la capacité à progresser malgré tout. Dieu lui ne cessera de t’aimer et de te pardonner pour faire de toi un fils selon son cœur.

Et pour conclure, je me risque à parler gourmantché : « Waamu, waamu, oluomo kpedi ; petit à petit l’éléphant grandi », car c’est bien petit à petit que la ROYAUME grandit et « Da sundi : souviens toi toujours ». Souviens-toi toujours de l’amour de Dieu.

Homélie de la célébration de la profession définitive de Jean-Paul Sagadou

(I Jn 4, 7-13 ; Mt 6, 25-34)