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Message du Supérieur Général
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Eveil d’une vocation, E. d’Alzon (1829-1832)

Jean-Paul Perrier-Muzet

Archiviste des Augustins de l' Assomption

 

Parler de l’éveil de la vocation d’E. d’Alzon[1], événement qui s’est déroulé il y a quelque 180 ans pour ce qui regarde l’attrait sacerdotal, ne me semble pas, malgré l’éloignement dans le temps, un défi insoutenable, ceci pour plusieurs raisons :

° Tout d’abord nous possédons son témoignage personnel direct, grâce notamment à deux de ses lettres conservées, la première à son ami Luglien d’Esgrigny, écrite de Paris, en date du 24 janvier 1830[2], la seconde à son cousin Edmond d’Alzon, écrite de Lavagnac, en date du 10 juillet 1832. J’ai moi-même commis à ce sujet deux chapitres, l’un dans l’Anthologie alzonienne, t. I, chap. 3 : Genèse d’une vocation sacerdotale[3], l’autre dans l’Anthologie alzonienne tome II, chap. 5 : Le ressort d’une vocation sacerdotale[4]. Il me suffira dans un premier temps de les relire ici et de les commenter.

° La vocation sacerdotale d’E. d’Alzon appartient, au-delà de son expression personnelle, au vocabulaire biblique, évangélique, théologique typique qui recoupe parfaitement ce que l’on peut connaître dans l’histoire chrétienne comme processus possible de cheminement intérieur d’une âme. Ce sera un deuxième niveau de lecture du récit vocationnel d’E. d’Alzon : A.A.A. (appels, attraits, aptitudes).

° Environnement, médiations, contexte ecclésial et politique sont également à prendre en compte dans la lecture de ce document pour comprendre le parcours de vie d’un homme en son temps. Nous sommes dans la première partie du XIXème siècle, en France, sous la Restauration, dans le contexte concordataire et gallican.

° Les étapes d’un parcours personnel qui ont conduit E. d’Alzon au sacerdoce forment la trame d’un récit historique à purifier d’inévitables scories, mi-légendaires mi- hagiographiques  : plan d’études, plan de vie, conseils de direction et vie spirituelle, formation théologique au grand séminaire, choix d’un régime d’études autodidacte à Rome, réception des ordres.

 

1/ D’abord lecture des deux lettres. On y retrouve bien les ‘ingrédients’ fondamentaux d’un éveil vocationnel, en plusieurs temps ou étapes :

* attrait du sacerdoce dès l’âge de l’adolescence (10-12 ans), désir perçu de façon fugitive et exprimé sous l’angle d’une ‘idée’ qui plaît, d’une grâce. Passivum divinum.

* concurrence d’une autre possibilité, celle d’une carrière militaire, désir contrarié par le milieu familial.

* retour du désir vocationnel exprimé cette fois sous la forme d’une décision, d’un engagement personnels : ‘me vouer à la défense de la religion’, ‘désir de défendre la religion’, expressions typiques de l’époque. Conséquences profondes : dégoût ou désenchantement pour les fonctions publiques (magistrature, politique), primat absolu du religieux, établissement d’une autre échelle de valeurs.

* influence sociale et service ecclésial : société malade, avenir obscur, monde agité, variable, incertain,  désir de rupture d’avec le monde plutôt que d’établissement dans une fonction, une carrière, un emploi. Influencer la conscience morale de l’homme dans le choix ou le sens de l’Amour véritable.

* effacement d’un plan de carrière au bénéfice d’un plan de vie : ‘me consacrer à Dieu’, détachement et sacrifice, acceptation du joug. ‘m’attacher à quelque chose de fixe, d’immuable, de sûr’, une cause qui en vaut la peine.

* La coloration affective de ces passages et transformations est significative du parcours intérieur, réflexif, décisionnel, spirituel d’E. d’Alzon : désir et réflexion, attrait et décision, relativisation des perspectives humaines, alternance de phases d’enthousiasme et de répugnance, assurance dans la joie ‘don de l’Esprit’ et ‘signe d’atteinte de l’intimité de l’être’.

* Coloration éthique ou morale : passer de l’égoïsme envahissant à l’amour purifié ou épuré.

 

2/ Structure biblique et évangélique de la vocation sacerdotale d’Emmanuel d’Alzon.

 

En lisant ce témoignage personnel d’E. d’Alzon, on ne peut manquer d’être frappé par sa résonance biblique :

* la vocation est un appel (vocare) avant d’être un choix réflexif de conscience et de volonté humaine, qui s’exprime sous la forme d’un désir inspiré par Dieu devant lequel cèdent progressivement tous les obstacles ou toutes les alternatives pour faire place à l’engagement personnel, devant lequel les épreuves elles-mêmes, mûries dans la foi, vont être relues comme autant des signes (malaise au grand séminaire, affaire Lamennais, climat d’intrigues à Rome, confiance dans le oui donné à l’Eglise). Dieu appelle en vue d’une mission : ‘défendre la religion’, ‘se préparer par des études fortes’, ‘se consacrer à Dieu’

* L’engagement appelle toutes les ressources de la personne : grâce, réflexion, volonté, jugement, désir, discernement, clarification et simplification. L’appel de Dieu laisse l’homme libre de sa réponse : il peut y avoir acquiescement immédiat ou différé, hésitation, refus ou adhésion etc… Le premier signe de l’engagement d’une personne, c’est son désir de conversion et celui de conformer sa vie à la volonté de Dieu. D’Alzon dira subir une espèce de conversion le jour de la fête de saint Bernard en août 1830 et il fait de la recherche de la volonté de Dieu le leitmotiv de sa vie. En tout, E. d’Alzon va manifester une grande forme de liberté dans son engagement vers le sacerdoce.

* Mais parler d’appel de Dieu ne doit pas laisser croire que Dieu se manifeste directement. Il appelle toujours grâce à des médiations : des événements, des rencontres, des paroles lues ou entendues etc… Il est évident qu’il en fut de même pour d’Alzon, même s’il n’en parle pas, peu ou qu’indirectement, allusivement : la famille, le milieu intellectuel et engagé de la jeunesse parisienne autour de Bailly, l’attachement aux idéaux et aux combats affichés du prêtre Féli de Lamennais, l’adhésion aux doctrines ultramontaines face au courant gallican, la subordination des choix et préférences politiques à l’absolu divin, autant d’appels à engager sa vie, des signes de vie spirituelle forte (prière, participation aux sacrements) etc...

* Le cheminement de d’Alzon est lisible dans l’évolution des expression utilisées : choix d’une carrière, attrait du sacerdoce, d’un plan de formation à un plan de vie, sacrifice des liens, rupture d’établissements, portement du joug ou du poids (‘fardeau du sacerdoce’) obligations de l’état clérical. Evidemment au-delà de toute expression, il y a aussi le champ du mystère personnel, celui du dialogue de l’âme avec Dieu, toute vocation chrétienne, baptismale, à sa naissance étant suscitée, selon la foi, par l’Esprit Saint qui est à l’origine d’un appel à suivre le Christ. On a des repères chronologiques très sûrs pour fêter le bicentenaire d’une naissance physique (30 août 1810) ou spirituelle (baptême : 2 sept. 1810), mais cela devient plus difficile pour fixer la date de naissance d’une vocation sacerdotale dont la maturation s’étend sur plusieurs années! Et pourtant au plan des symboles et des significations, la deuxième date serait plus riche… La référence du calendrier devient alors la date d’ordination (Rome, 26 décembre 1834) qui est une forme d’aboutissement du chemin engagé. D’Alzon le sentait bien puisque déjà il préférait célébrer la date de son baptême à celle de son anniversaire.

 

Cet engagement d’E. d’Alzon dans la voie sacerdotale peut être également lu et interprété à travers la              grille conciliaire de Vatican II avec la triple dimension baptismale du ministère consacré-prêtre qualifiée prophétique, royale et sacerdotale.

Prophétique, c’est l’aspect provocation, rupture.

Royale, c’est l’engagement définitif dans une mission confiée ou reçue en Eglise.

Sacerdotale, c’est l’aspect don de soi et don de sa vie, sans retour, pour l’évangélisation de sa propre vie (conversion) et des autres (salut des âmes), réalité que E. d’Alzon saura évoquer et approfondir plus tard comme religieux avec l’A.R.T. Ce sont là aussi les marques des trois naissances d’E. d’Alzon : naissance spirituelle (baptême), naissance vocationnelle, naissance ministérielle ou ecclésiale.

 

III. Environnement, médiations, contexte ecclésial et politique

 

* Le premier environnement qui compte pour un jeune, c’est celui de sa famille. Or nous connaissons très bien celle d’Emmanuel d’Alzon, notamment pour la période 1829-1832. C’est un milieu humain privilégié, composé de chrétiens-engagés, à partir d’un climat familial[5] équilibré et riche, uni, cultivé et parfaitement soudé. Depuis 1823, la famille d’Alzon (père Henri né en 1774, mère Jeanne-Clémence née en 1787, mariage en 1806, Emmanuel et ses deux sœurs Augustine 1813 et Marie-Françoise, 1819) vit à Paris, rue de Vaugirard par désir de regroupement (le vicomte est élu député, siège au Palais-Bourbon) et pour faciliter le parcours de formation scolaire d’Emmanuel (1823-1824 : collège Saint-Louis ; 1824-1828 : collège Stanislas ; 1828-1830 : faculté de droit place du Panthéon). Pas de dissension interne, au contraire une entente heureuse que semblent favoriser des moyens de vie importants, des relations sociales/publiques et des contacts d’influence, des pratiques et des convictions communes consenties (pratique religieuse, sentiments royalistes, loisirs de qualité). Emmanuel a été catéchisé à Saint-Thomas d’Aquin, communié et confirmé en  juillet 1824 à Saint-Sulpice. Très tôt il s’est adonné à des pratiques apostoliques (ex. visite aux malades de l’Hôtel-Dieu, générosité envers les nécessiteux).

* Un deuxième type d’environnement qui marque le jeune E. d’Alzon parisien est celui de son milieu intellectuel ambiant, particulièrement choisi : c’est celui des conférences et réunions du cercle Bailly rue de l’Estrapade. Il y développe sens de l’amitié, apprentissage de la parole publique, échange des opinions, ouverture aux questions de société. C’est un domaine dans lequel il se sent parfaitement à l’aise, attentif et inventif.

* Pour d’autres aspects de sa vie et de sa vocation, on est renseigné parfois allusivement : lectures (livres, journaux, revues évoqués dans la correspondance), rencontres (qui, quand, où ?), direction spirituelle et intellectuelle (Lamennais), participation à la vie sacramentelle (prière, eucharistie, confession).

* Pour ce qui relève du contexte ecclésial, on ne peut dissimuler de forts contrastes quant aux milieux de la Restauration. Nous avons des témoignages éloquents et contradictoires entre une fraction de la jeunesse et du monde intellectuel  éloignés et hostiles à l’influence religieuse, une reprise forte des ordinations (environ 2000 par an), une bourgeoise libérale détachée des dogmes et, au contraire, des masses rurales sociologiquement imprégnées des traditions chrétiennes. Les journées révolutionnaires de juillet 1830 sont marquées par un courant anticlérical très prononcé (abattage des croix, saccage d’églises, mauvais traitements et insultes à l’égard du clergé).

* Le contexte politique aussi change rapidement entre 1829 et 1832 : on sait les dérives gallicanes de l’alliance du trône et de l’autel sous Charles X, les maladresses de la monarchie, la percée des doctrines ultramontaines, la laïcisation rampante sous la monarchie de Juillet selon l’esprit de la Charte, la revendication des catholiques libéraux, l’opposition à mort entre royalistes légitimistes et orléanistes… L’épiscopat est encore fortement aristocratique, le clergé partagé pour ne pas dire divisé entre les ‘anciens’ en charge qui ont connu la Révolution, les schismes : anti-concordataires, constitutionnels plus ou moins réconciliés, les réfractaires, les gallicans, les ultramontains et les ‘plus jeunes’ qui ont le regard tendu vers l’avenir, vers Lamennais, vers Rome et les idées libérales… A l’époque de d’Alzon, ce n’était pas plus simple, plus apaisé ou plus tranquille que de nos jours entre tendances et sensibilités ecclésiales d’une part et opinions ou rivalités politiques d’autre part.

 

IV Quelques étapes significatives du parcours d’E. d’Alzon vers le sacerdoce.

On peut épingler quelques faits significatifs de son calendrier personnel :

 

1/ Une formation intellectuelle (scolaire) qui ne phagocyte pas les attentions d’une formation religieuse/spirituelle adaptée, ou en d’autres termes une bonne harmonie entre ‘animus et anima’ : première communion le jeudi 1er juillet 1824 et confirmation le jeudi 8 juillet 1824, à Saint-Sulpice par Mgr de Quélen. On sait par la correspondance d’E. d’Alzon qu’il a toujours gardé le souci de pratiques ou d’engagements apostoliques à tout âge : à Paris, visite aux malades ; à Lavagnac, instruction religieuse aux valets entre 1830 et 1832 ; à Montpellier, durant son séminaire, catéchisation d’enfants. Même à l’intention des séminaristes de Montpellier, cette ferveur apostolique ne le quitte pas : création d’une Association du Sacré-Cœur (25 mars 1832), 3 mai 1833 Consécration à Jésus-Christ.

2/ Une soif de formation personnelle et d’ouverture aux attentes spirituelles des hommes de son temps, conjuguée à une piété forte : cela est déjà très manifeste depuis ses années de fin du secondaire (1826-1828) et ses années universitaires (1828-1830) : en octobre 1826, E. d’Alzon s’inscrit à la Congrégation mariale ; le 19 juin 1828, il s’agrège à l’Association pour la défense de la religion catholique ; en 1828 il devient membre de la Conférence religieuse des abbés de Salinis-de Scorbiac, des Bonnes Etudes, de la Société littéraire (11 nov.) ; en 1830 il participe à la diffusion de l’Agence générale pour la défense de la liberté religieuse (Lamennais).

3/ De mai 1830 à mars 1832, il accomplit une sorte de retraite prolongée à Lavagnac où la part des activités intellectuelles et spirituelles est particulièrement développée : lecture des auteurs classiques et ouvrages de théologie, de la Bible, de la Patrologie et exercices religieux quotidiens (messe, prière, confession). Temps de discernement pour sa vocation.

4/ Le mercredi 14 mars 1832, scène fameuse de son départ de Lavagnac pour son entrée au séminaire de Montpellier : « J’étais dans un bouleversement inconcevable » ! C’est le viens-suis-moi évangélique radical du jeune homme riche qui ne regarde pas en arrière, le pas décisif d’une kénose accomplie dans le sens d’une libération intérieure gratuite et totale. Cet engagement est suivi le lendemain, jeudi 15 mars 1832, par le franchissement des portes du grand séminaire : un jeune homme mûr, aristocrate distingué, redingote noire avec un large col au revers rouge, ce qui a frappé l’imaginaire de compagnons d’origine plutôt modeste, plus jeunes, qui sentent la morue ! Passage immédiat à l’habit clérical, la soutane. Le temps de séminaire fut un temps de grâce et d’épreuve : impressions, conviction, corrections chez E. d’Alzon à ce sujet...

5/ Samedi 16 juin 1832 : réception de la tonsure (chapelle de l’évêché ou du grand séminaire ?).

6/ Samedi 1er juin 1833 réception des quatre ordres mineurs (acolyte, portier, lecteur, exorciste) : chapelle du grand séminaire.

7/ novembre 1833-juin 1835 : théologie poursuivie à Rome. Embarquement à Marseille le mercredi 20 novembre ; arrivée à Rome le lundi 25 novembre à 23 h., sous la pluie. Logement chez les Minimes à partir de décembre.

8/ Samedi 29 novembre- vendredi 26 décembre 1834 : retraite préparatoire à Sant’Eusebio chez les jésuites de Rome.

9/ Vendredi 12 décembre 1834 : signature du serment anti-mennaisien.

10/ Dimanche 14décembre 1834 : réception du sous-diaconat (chapelle privée d’Odescalchi)

11/ Samedi 20 décembre 1834 : réception du diaconat à la cathédrale Saint-Jean de Latran.

12/ Vendredi 26 décembre 1834 : réception du sacerdoce dans la chapelle privée du cardinal Carlo Odescalchi.

13/ Samedi 27 décembre 1834 : première messe à l’autel de la confession Saint-Pierre dans les cryptes vaticanes de la basilique.

14/ Mardi 19 mai 1835, départ de Rome. Dimanche 5 juillet : entrevue à Nîmes avec l’évêque de Mgr de Chaffoy.

15/ Samedi 14 novembre 1835 : installation provisoire à Nîmes chez son grand’oncle Liron d’Ayrolles, rue de l’Aspic n° 16.

 

Conclusion…

 

Il n’est jamais facile, même pour la personne concernée, de rendre compte de sa vocation sacerdotale ; a fortiori pour son entourage ou devant les mass-media. Emmanuel d’Alzon l’a tenté à plusieurs reprises dans sa correspondance, à l’endroit de quelques amis et parents. Il sait y faire la part des choses, celles des opinions, des convictions, de l’appel de la grâce et des réponses du cœur, de la volonté et de l’intelligence, mais aussi du mystère. Ce genre de vérité ou de questionnement lucide n’appartient légitimement qu’à la conscience. D’une certaine manière, la vocation sacerdotale d’Emmanuel d’Alzon semble plus éprouvée que celle d’i$un séminariste commun, déjà parce qu’elle fut mise en œuvre à l’age adulte. Ce qui ne lui a épargné ni les tiraillements intérieurs ni les incompréhensions de l’extérieur. Lorsque sa décision fut prise, il s’en ouvrit à sa famille, à quelques proches, consulta des prêtres et s’en remit à la grâce de Dieu. On sait que sa formation théologique fut un peu sui generis, d’une part sur les bancs du séminaire de Montpellier (mars 1832-juin 1833), puis en autodidacte étudiant en chambre à Rome avec l’appui de quelques amis théologiens, avec le complément temporaire de quelques cours au Collège Romain. C’est précisément à Rome qu’il vécut de l’intérieur le drame de l’affaire Lamennais et il en apprit sans doute par là plus sur les pratiques ecclésiastiques que dans les meilleurs traités d’ecclésiologie. Même un prêtre ‘libre’ s’engage par rapport à une institution dont tous les rouages n’ont pas été révélés dans les saintes Ecritures et dont tous les serviteurs ne sont pas élevés aux honneurs de la gloire du Bernin ! Mais une foi qui ne connaît pas le feu de l’épreuve peut-elle délivrer de futurs fruits d’engagement indestructible, de discernement travaillé et d’inventivité libératrice ? Emmanuel a fait le pas du sous-diaconat et du sacerdoce en toute connaissance de cause. Ne l’a-t-on pas obligeamment ‘invité’ à signer un formulaire anti-mennaisien ? N’est-il pas allé se faire ‘frotter’ un mois chez les Jésuites de Saint-Eusèbe, lui qui n’éprouvait pas beaucoup de sympathie pour l’école des ‘apprentis-pharisiens’ ? On peut en effet porter l’habit du moine et préparer dans son officine le venin du mensonge et de la calomnie. Il est dans le cœur d’Emmanuel une certitude qui ne faiblit jamais, celle d’avoir répondu sans détour à l’appel de Dieu, pour le service spirituel de l’homme : « Je suis convaincu avant tout que ce n’est pas en faisant ma volonté que je ferai celle de Dieu. Il y a bien des choses que je n’aurais pas faites, si je n’avais fait que ce que je voulais ». L’Eglise, malgré ses rides et ses faiblesses, n’est pas qu’une institution humaine. Elle passe les générations et les siècles non comme un empire terrestre qui connaît tôt ou tard son apogée et son déclin. Mais plutôt comme cette réalité permanente dans la vie d’un être qui a pris naissance un jour du temps pour être accompagné par son fondateur le Christ durant l’existence jusque dans l’éternité céleste. Prêtre pour l’éternité.

 

© P. J.-P. P.-M, Rome, nov. 2009.

 

 

 

Eveil d’une vocation religieuse chez E. d’Alzon (1844-1845)[6]

 

Parler de l’éveil de la vocation religieuse de « l’abbé- P. d’Alzon » est plus délicat : il n’a pas laissé de grandes notes ou de confidences spécifiquement développées à ce sujet. On s’est demandé à plusieurs reprises sous quelles influences l’abbé d’Alzon s’est-il orienté vers la vie religieuse ? Dans l’ordre de l’inspiration, saint Augustin ? Dans l’ordre des familles de vie religieuse : la congrégation de Saint-Pierre, les prêtres de Saint-Louis[7] ? Dans le genre de vie religieuse, la vita mixta ?

 

Il est clair qu’on joué pour lui fortement trois fondations, celle des R.A. de Mère M.-Eugénie de Jésus en avril 1839[8], celle du Carmel de Nîmes, fondation qu’il a arrachée à l’évêque de Nîmes Mgr Cart, en obtenant l’envoi de quelques carmélites d’Avignon en décembre 1843 et celle enfin d’un collège à reprendre à Nîmes des mains d’un abbé diocésain, Alexandre Vermot, fin 1843-début 1844, en tandem avec l’abbé Goubier, curé de la paroisse Sainte-Perpétue. Cette dernière fondation l’incite à fonder un Tiers-Ordre de laïcs engagés dans l’aventure de l’enseignement. Mais on aimerait en savoir plus sur les motivations intérieures qui ont poussé un prêtre diocésain comme lui, engagé déjà depuis dix ans dans un ministère apostolique fort qui remplissait bien sa vie, pour en arriver à la décision de choisir la vie religieuse, de se former à l’école spirituelle d’un Maître de vie religieuse (se former soi-même avant de former d’autres), de vaincre les résistances de son évêque, au point que cette aspiration trouve un chemin d’aboutissement concret, reconnu, canonique. On est là comme devant la porche d’une cathédrale, le proche de l’intériorité spirituelle qui donnerait accès à la clé de lecture d’une vie ecclésiale déjà unifiée et pourtant qui se cherche encore, un peu à la manière augustinienne, une vie apostolique renforcée par plus de ferveur : ab exterioribus ad interiora, ad intima… Bien sûr, nous avons sous les yeux aujourd’hui l’édifice de cette construction qui a embrassé la vie du P. d’Alzon de 1845 à 1880, l’Assomption A.A.-O.A., mais sans qu’elle puisse nous révéler les passages mystérieux de la grâce dans l’âme de son être à lui, d’Alzon, pour enfanter le corps assomptionniste-oblate.

 

Cependant nous ne sommes quand même pas complètement dépourvus d’indices. En lisant méticuleusement ligne à ligne la correspondance de l’abbé d’Alzon, on trouve quelques petites confidences, des poussières d’allusions voilées sous sa plume qui laissent entendre et deviner sa soif d’une vie ecclésiale régulière, percer son désir de voir renaître des formes de vie religieuse à la fois nouvelles et ancrées dans la tradition, résonner l’appel dynamique pour le choix d’une forme de vie parfaite où la vie commune soit alliée à la passion apostolique en vue du Royaume[9].

L’abbé d’Alzon ne sous-estime pas les valeurs de la vie sacerdotale, mais il croit plus dynamiques, plus radicales, plus libres et plus larges celles de la vie religieuse, parce que ces dernières ne sont pas corsetées par le carcan concordataire et les Articles Organiques, muselées par les prudences de la bureaucratie épiscopale, enfermées dans le cadre restreint d’un territoire local comme la paroisse. Déjà en tant que vicaire général, il opte pour le mouvement et la diffusion des œuvres, associations, confréries à caractère national ou international, qui débordent le cadre administratif local pour embrasser le terrain de l’animation : Propagation de la Foi (Jaricot), Conférence Saint-Vincent de Paul (Ozanam), Adoration diurne et nocturne (de La Bouillerie), action pour la liberté de l’enseignement (Montalembert, Lacordaire), plus tard Association Saint-François de Sales (Mgr de Ségur), Denier de Saint-Pierre (Mgr de Bonald), Œuvre d’Orient (Lavigerie, Lenormant, Cauchy), Comités catholiques etc… Plaisent particulièrement à d’Alzon, au-dessus de tout, les attitudes de franchise, de liberté et de simplicité qui forment le cœur de l’armure spirituelle du prêtre apostolique, du religieux. Ces qualités peuvent être démultipliées selon lui en fer de lance apostolique par le ferment de la vie commune : ‘un seul cœur, une seule âme’. De Turin où il s’est rendu en juin 1844 au chevet de son beau-frère, le comte Anatole de Puységur, il écrit à M. Marie-Eugénie ce qui pour lui est devenu peu à un peu une évidence  de vie : « Une idée que j’avais eue autrefois et qui n’était plus qu’à l’état de souvenir m’est revenue plus forte que jamais, c’est de me consacrer à me former une communauté religieuse »[10]. L’étoile de la vie religieuse a reparu.

 

Les différentes étapes de la mise en œuvre de ce chemin intérieur vers la vie religieuse sont connues, d’après le témoignage exprès des écrits du P. d’Alzon :

 

-         juin 1844, vœu d’humilité sacerdotale à la Consolata de Turin (Lettre 340, t. B, p. 161-162) : « Je vous avouerai d’abord avec une espèce de honte que j’ai fait ici un vœu, dont je ne sais que vous dire… Je sais que le résultat qui me resta fut celui de renoncer à toute idée de dignité ecclésiastique, et le lendemain, à la messe, je fis le vœu de refuser toute charge dans le même sens que le font les Jésuites ». 30 septembre 1845 : « Mgr Cart fut un peu [e]stomaqué, quand je lui dis que j’avais fait vœu de ne pas accepter de dignité, à moins d’un ordre exprès du Pape » : t. B, p. 319.

-         31 mai 1845, communication de sa décision à Germer-Durand (Lettre 383, t. B, p. 253-255) : « Dès que j’ai eu adopté l’œuvre, mon étoile m’est apparue de nouveau. Depuis dix ans, je ne savais plus où j’allais ; aujourd’hui, je crois le savoir ».

 

-         Juin ou juillet 1845, vœux privés à Notre-Dame des Victoires à Paris (E.S., p. 788-790) : il en a parlé aux RA de Paris, fait consigné dans les Origines de l’Assomption. Ensuite, à plusieurs reprises, d’Alzon a transcrit le texte de ses engagements.

 

-         15 septembre 1845 : « A peine de retour de Paris, j’allais annoncer mon projet à Mgr de Nîmes. Il ne voulait pas que j’allasse loger à l’Assomption. Je tins bon. Je pris un lit à l’infirmerie » : t. B, p. 493.

 

-         29-30 septembre 1845 : commencement de l’Association de l’Assomption, forme de Tiers-Ordre masculin préparatoire à l’Ordre (Lettre, t. B, p. 315) : « A l’instant même vient de se terminer une séance, dans laquelle neuf professeurs ou surveillants ont adopté les notes que je leur ai lues » : il s’agit de d’Alzon, Tissot, Surrel, Henri, Germer-Durand, Monnier, Cardenne, d’Everlange et Cusse. Texte de la Règle de l’Association : t. B, p. 507-512.

 

-         20 octobre 1845, vœu de perfection, à Lavagnac (lettre du 21 octobre, t. B, p. 334) : « Croiriez-vous qu’hier, à la messe, il m’a été impossible de refuser à Dieu de commencer une espèce de noviciat du vœu de perfection ? ».

 

-         décembre 1845 : le P. d’Alzon se donne un Règlement de vie comme chrétien, comme prêtre, comme religieux, et comme supérieur : Texte dans E.S., p. 777-787 ou Lettres, t. B, p. 513-521.

 

-         24 décembre 1845, commencement d’un temps de noviciat au collège de l’Assomption de Nîmes pour les religieux de l’Ordre de l’Assomption (lettre 442, t. B, p. 416-420) : « Nous avons donc commencé à six ; vous commençâtes à cinq. Il faut bien que notre nombre compense le temps que vous avez de plus que nous ». Les 6 novices de déc. 1845 sont d’Alzon, Eugène Cusse, Eugène Henri, Charles Laurent, François Surrel, Elphège Tissot. Texte de la Règle : t. B, p. 503-207. La cérémonie s’est dé&roulée dans la salle de chapitre de la communauté au collège de Nîmes.

 

-         30 juin 1846 : Entretien du P. d’Alzon avec Mgr Cart au sujet de la Congrégation : Lettres du P. d’Alzon, t. C, page 75. Il laisse faire sans autoriser.

 

-         12 juillet 1846 : explication écrite à Mgr Cart : « Vous m’avez demandé , Mgr, de vous dire par écrit ce que je me propose dans mon œuvre. Il me semble que je puis le résumer en deux mots : avant tout, la gloire de Dieu et notre sanctification par le salut des âmes procuré par l’éducation » t. C, p. 77.

 

-         choix de la Règle de saint Augustin : « Je me suis attaché à la règle de saint Augustin, mais pour les dispositions particulières, je ne prends encore que des notes » lettre t. C, p. 81, juillet 1846.

 

-         En août 1846, le P. d’Alzon fonde à Nîmes le Tiers-Ordre féminin : « Nous aurons un petit Tiers-Ordre de femmes : ce sont Mmes Boyer, Réveilhe, Bolze, qui va nous amener sa petite fille, et Mlles Coirard, Bellile, une jeune personne très bien qui peut-être vous viendra un jour, et Walsin. La chose s’est emmanchée, sans que je sache comment » : t. C, p. 108.

 

-         21 mai 1847 : Obtention d’un Indult de Rome pour sa congrégation de l’usage du bréviaire et du calendrier romains : « J’ai la permission pour moi et les prêtres de la Congrégation de l’Assomption, ainsi que pour les postulants, de dire le propre de Rome » : t. C, p. 255.

 

-         27 décembre 1848 : première profession de 4 novices tertiaires : t. C, p. 400 (Germer-Durand, Monnier, d’Everlange et Ferry).

 

-         30 avril 1849 : profession des cinq premières novices du T.O. féminin : « Nos sœurs du Tiers-Ordre sont en retraite : elles feront leur profession le jour de sainte Catherine » :v t. C, p. 426. Il s’agit de Mmes Germer-Durand, Bolze, Rocher, Rigot et Mlle Coirard.

 

-         19 octobre 1849 : Mgr Cart accepte enfin le noviciat des religieux : « Monseigneur approuve enfin le noviciat à Nîmes. J’ai eu ne longue conversation avec lui. Pourvu que j’aille avec prudence, il approuve tout désormais » : t. C, p. 504.

 

-         Du 22 au 25 septembre 1850, à Nîmes, réunion entre les religieux d’Alzon, Brun, Cardenne, Pernet et Saugrain, considérée comme le premier chapitre général : « Nous avons commencé ce matin notre premier Chapitre d’Ordre » : t. C, p. 622.

 

-         24 décembre 1850, profession annuelle des premiers vœux publics de religion par les cinq premiers religieux : d’Alzon, Brun, Cardenne, Pernet, Saugrain. « Tout à coup Monseigneur nous permet, à MM. Hippolyte, Cardenne, Pernet, Brun ert moi, de faire, cette nuit, des vœux pour un an » : t. C, p. 640. Texte de profession dans ES. p. 807. Cérémonie à la chapelle du collège de l’Assomption de Nîmes.

 

-         24 décembre 1851, profession perpétuelle : « Nous avons, dans la nuit de Noël, renouvelé nos vœux pour toujours. Ce matin, nous avons pris les camails, parce qu’ils n’étaient pas arrivés à temps » : t. I, p. 123. Le ‘nous’ représente les PP. d’Alzon, Brun, Pernet, Saugrain pour la profession perpétuelle, et Picard pour la profession annuelle. Cardenne est mort à Fontainebleau le 14 décembre 1851. Cérémonie à la chapelle du collège de l’Assomption de Nîmes.

 

Vie religieuse, chemin de vie chez le P. d’Alzon

 

Si nous interrogeons la pratique religieuse du P. d’Alzon, de 1845 à 1880, nous en concluons aisément qu’elle n’a pas varié dans son intensité ou dans sa ferveur. Elle est perçue par lui comme un incessant appel à la sainteté pour lui et pour ses confrères : soyons des saints, vivons comme des saints. En témoignent de plus les continuels vœux émis qui scandent son chemin de vie : vœu de perfection, vœu pour une guérison, vœu à une intention particulière, etc… avec ce constant recours dans sa prière à la volonté de Dieu, dans l’abandon, la disponibilité.

 

Quant à la façon dont il a vécu les trois vœux de religion eux-mêmes, pauvreté, chasteté et obéissance, il suffit de relire les pages qu’il a écrites sur eux dans le Directoire, les Méditations et les Constitutions[11] pour être convaincus que ce qu’il demandait à ses religieux et religieuses, il commençait par se l’appliquer à lui-même :

Pauvreté dans l’espérance[12] : esprit de détachement, protestation contre l’emprise matérialiste de la société, générosité dans le partage et la liberté apostolique, application et assiduité dans le travail, martyre des écus. Notons sur ce plan qu’Emmanuel d’Alzon, homme riche par la naissance, n’a pas suivi une ligne de promotion sociale en devenant prêtre et religieux, mais qu’inversement il s’est fait pauvre dans la ligne d’une véritable kénose.

 

Chasteté dans l’amour[13] : esprit de détachement, de renoncement aux plaisirs des sens, de dépossession affective, ce qui n’a pas nui aux liens profonds qu’il a toujours entretenus avec sa famille à Lavagnac, avec ses nombreuses relations, liens également de paternité spirituelle avec les religieux et religieuses de l’Assomption. Dans ce domaine, il a su conserver une forme de distance de liberté avec ses amis et âmes-sœurs. Il tenait beaucoup à une pratique de transparence (parloir, porte ouverte), de confiance et de réserve et pratiquait une pédagogie valorisante de l’amitié.

 

Obéissance dans la foi, ‘vertu apostolique’ : esprit surnaturel, accomplissement de la vie du Christ oboediens usque ad mortem, acceptation dans l’épreuve, sacrifice de la volonté propre, soumission à des décisions ecclésiales même contraires à son jugement, confiance en l’avenir même sombre ou bouché (manque de vocations, échec dans les missions), pratique de l’autorité[14] dans le partage et la délégation d’un service plus que d’un pouvoir : il ne manque pas d’exemples de pratique de l’obéissance d’E. d’Alzon vécue jusque dans l’héroïsme.

 

Il reste un autre domaine concernant la pratique de la vie religieuse, celui de la vie communautaire pour E. d’Alzon, avec des expressions et des réalités de son temps qui ne recoupent pas exactement les nôtres. Comment le P. d’Alzon a-t-il été avec chacun(e) des religieux A.A. et religieuses OA? Ce n’était pas forcément un tendre, mais il avait du cœur et le montrait. Il était du genre ‘meneur’, mais avait aussi le sens de l’amitié ; il affectionnait les vertus viriles, mais pour autant il savait aussi parler aux cœurs féminins : il a pratiqué l’harmonie des contraires ! Il avait de la fermeté, de la rondeur, mais montrait aussi de la tendresse et de la délicatesse. S’il avait de l’autorité, il n’était pas autoritaire. Il avait le souci de connaître les personnes par le dedans, savait ce qu’il pouvait attendre et exiger d’eux, les prendre et les reprendre, parler à leur cœur, parler vrai sans brutalité, susciter de l’élan. Il est vrai qu’il avait aussi l’esprit vif et caustique, l’ironie mordante, mais il savait demander pardon. Cf allocution sur la vie fraternelle dans Directoire, chap. 7, ES p. 70. Nul doute que dans ce domaine le P. d’Alzon n’a pas échappé à ce travail qui nous est commun d’avoir à évangéliser sa vie.

 

© P. J.-P. P.-M, Rome, déc. 2009.

Le P. d’Alzon et la presse

 

Ce serait faire injure à des journalistes et à des employés de la maison Bayard que d’y faire passer le P. d’Alzon ou l’Assomption pour de célèbres inconnus[1] ! Et cependant la fonction de la mémoire dans une grande entreprise comme la vôtre qui absorbe quotidiennement l’actualité à haute dose, ne peut être surchargée par le poids sans cesse alourdi de son passé. Je remercie donc l’organisateur de ces conférences, Robert Migliorini, pour l’occasion qui m’est donnée en ces lieux de raviver la figure du P. d’Alzon dans le cadre du bicentenaire de sa naissance (1810-2010) ou de son jubilé.

Je ne vous infligerai pas le rappel des grandes étapes de la vie du P. d’Alzon que l’on trouve maintenant bien détaillées grâce aux ressources d’Internet (www.assomption.org) et à un ensemble de fiches actualisées. Le site qu’a mis en forme depuis une vingtaine d’années le Frère Didier Remiot, est enrichi d’une belle bibliothèque[2] qui peut satisfaire les curiosités les plus exigeantes. A l’occasion des célébrations du Bicentenaire, un ‘musée-lieu de mémoire’ va être inauguré à Nîmes rue Séguier[3], accessible également au public, selon une conception moderne mise en œuvre par un scénographe professionnel, M. Henri Rouvière, de Montpellier.

Ce qui m’a paru le plus approprié pour ce matin et le plus inédit aussi, c’est à propos du P. d’Alzon d’évoquer sa pratique de la presse. Ses opinions et ses convictions à ce sujet ont souvent été traitées soit directement[4] soit à travers la présentation des premiers assomptionnistes ‘journalistes’[5], il n’est pas nécessaire d’y revenir. Leur but est clair : la presse est vue comme outil apostolique d’évangélisation . Par contre l’évocation du P. d’Alzon, homme de presse : lecteur-consommateur et producteur-informateur, mérite le détour, même s’il serait hasardeux et abusif de le qualifier lui-même de journaliste ou de figure du journalisme du XIXème siècle.

 

Emmanuel d’Alzon, lecteur-consommateur de presse.

 

Nous connaissons bien les us et coutumes de la vie quotidienne d’Emmanuel d’Alzon, adolescent, adulte et senior, grâce à son abondante correspondance[6] maintenant intégralement publiée. C’est la consultation par voie informatique de cette masse documentaire (indexation : Titres des périodiques) qui m’a permis de vérifier une donnée statistique essentielle, à savoir que l’on trouve mentionnés pas moins d’une centaine de titres de revues, périodiques et journaux dans sa correspondance conservée de 1822 à 1880 ! Dois-je vous en infliger l’énumération indigeste ? J’ai cru préférable de la relever dans une note avec toutes les occurrences pour les tenants de la critique et de l’acribie textuelle, et de privilégier pour vous une petite présentation synthétique avec à l’occasion l’une ou l’autre citation alzonienne pour assaisonner le menu !

 

Il y a d’abord la catégorie des journaux-quotidiens qu’un homme de condition se doit de fréquenter, selon la nuance politique de son milieu : au château de Lavagnac comme au domicile parisien de la rue de Vaugirard[7], les d’Alzon royalistes sont abonnés à La Quotidienne[8], organe monarchiste par excellence, lancé en 1790 par M. de Coutouly, transformé en 1792 en Tableau de Paris, supprimé sous le Consulat  et ressuscité en 1814 par Joseph-François Michaud. La Quotidienne, à partir de 1830 se transforma en feuille d’opposition légitimiste au gouvernement de Juillet. Emmanuel s’en fait l’écho 6 fois entre 1831 et 1846[9]. Il ne semble pas avoir été un inconditionnel de la ligne politique du journal si l’on en juge cette réflexion de janvier 1831 à son ami d’Esgrigny : « La Quotidienne m'assomme, quand elle ne me fait pas rire ». Il est vrai que le royalisme nuance légitimiste d’E. d’Alzon est devenu mennaisien, anti-gallican : primat absolu du religieux sur toute attache ou préférence politique. Il en va de même pour son appréciation sur La Gazette de France[10], feuille-mère de toutes les Gazettes de province dont celle de Nîmes[11] et du Bas-Languedoc. Le jugement de d’Alzon est sans appel ou sans pitié pour la Gazette ou encore le Drapeau Blanc[12] : « La méprisable, l’hypocrite Gazette : on n’y prend la religion que comme une arme de parti, qu’on délaisse si elle veut être autre chose » : t. A, p. 260 (janvier 1832). L’information d’E. d’Alzon ne se limite cependant pas aux journaux royalistes, il fréquente aussi à l’occasion la presse gouvernementale, notamment les gros titres et gros tirages : Le National (6 mentions), Le Journal des débats (5 mentions), Le Constitutionnel (5 mentions), Le Moniteur universel ((16 mentions), Le Messager (6 mentions), Le Siècle (3 mentions), Le Globe (2 mentions), La Presse (8 mentions), Le Citoyen[13] (16 mentions) ou encore bien sûr les titres régionaux : Le Courrier du Gard (9 mentions), journal de la préfecture à Nîmes adversaire de L’Opinion du Midi (15 mentions), ne fût-ce que pour les besoins de la polémique.

 

Comment expliquer cet intérêt précoce du jeune d’Alzon pour la presse ? Depuis 1828, il fréquente les salons, réunions et conférences de M. Bailly (1794-1861)[14], créateur de presse et éditeur catholique impressionnant. Dans ce groupe de jeunes étudiants, on collabore activement à une pléïade de revues très actives, toutes confessionnelles, plutôt agressives d’après le ton général de la presse de l’époque : Le Mémorial catholique (1824)[15], Le Catholique (1826)[16], Le Correspondant (1829)[17], L’Avenir (1830)[18], La Tribune catholique (1831)[19], La Revue européenne[20]sans oublier un ‘monument contemporain’ : L’Univers (1833)[21]. Un jeune étudiant comme lui ne peut manquer de se lancer à fond dans les débats et controverses de la société. Durant les années de son séminaire (1832-1833), il va être sevré de lectures ‘mondaines’, car elles sont filtrées à la porte ; mais il a trop goûté aux joies et au poids de la presse pour oublier.

Cette faim d’information par la presse chez d’Alzon est accompagnée de la constitution d’une véritable bibliothèque dans le but approfondir sa soif de culture et de compréhension du monde contemporain. La dominante des ouvrages est d’ordre littéraire, religieux, philosophique et théologique, mais avec deux caractéristiques fortes : intérêt pour les questions d’actualité et ouverture au champ européen. D’Alzon lit aisément l’italien, suffisamment l’anglais et s’est mis avec ardeur à l’allemand, en plus des langues bibliques (latin, grec, hébreu). Il n’est pas étonnant de trouver mention de journaux-revues anglais (The Month[22][Moine], The Tablet[23] [Journal]) et italiens (La Civiltà cattolica[24] des Jésuites italiens (équivalent des Etudes[25]), Il Divin Salvatore[26], L’Osservatore[27], L’Unità cattolica[28], La Voce della verità[29]…) sa vie durant. A la fin de sa vie, on le verra passionné dans ses articles donnés au Pèlerin par tout ce qui touche à l’Amérique ou à la Russie, préoccupation apostolique oblige et référence à un horizon catholique romain, ‘ultramontain’, se voulant vraiment universel.

Bien entendu la formation proprement théologique et les fonctions directement ecclésiales du P. d’Alzon lui font fréquenter des revues proprement ecclésiastiques et les bulletins d’informations religieuses donnés dans des revues, à commencer par la Semaine religieuse de Nîmes[30], les Annales de la Propagation de la Foi[31], les Annales des Ecoles d’Orient[32], les Annales de philosophie chrétienne de Bonnetty[33], L’Université catholique[34], le Bulletin de l’Association catholique de Saint-François de Sales[35], le Polybiblion[36], la Revue des Bibliothèques paroissiales[37], la Revue du Monde catholique[38], la Revue des sciences ecclésiastiques[39] etc… La création des Instituts catholiques en France ne commence qu’en 1875, on peut relever la relative faiblesse des instruments de formation et de réflexion proprement théologiques dans l’aire culturelle française, si on la compare à la vigueur allemande. Prolifèrent surtout des bulletins de piété, de mouvements, d’associations et d’œuvres en toutes directions. Pour autant le P. d’Alzon n’a jamais cessé de prêcher en faveur d’une solide formation intellectuelle, religieuse et théologique de la jeunesse, du clergé et des congréganistes. Il a beaucoup lu plume à la main.

Enfin son intérêt pour tout ce qui concerne une presse régionale spécifique n’est pas vain : il guette la parution des Mélanges occitaniques[40], donne des articles à la jeune Revue catholique du Languedoc[41], encourage la fondation du Messager du Midi repris par le musicologue Danjou[42] et des Annales catholiques de Nîmes[43]. On sait par ailleurs qu’il a accueilli avec éclat le groupe du Félibrige (Mistral, Aubanel et Roumanille salués par Reboul) dans son collège le 12 mars 1859[44], marquant ainsi son intérêt pour la renaissance de la culture occitane.

Il reste une petite interrogation à nous poser sur ce qui pourrait nous paraître comme une lacune dans ce tour d’horizon de la presse à propos du P. d’Alzon et de son époque, l’absence de références marquées à une culture technique ou scientifique. Soyons rassurés : le P. d’Alzon n’était pas technophobe : il a même été l’un des premiers à sauter dans un train (1839)[45], à découvrir le téléphone (1878)[46], à utiliser le télégraphe électrique des 1848[47], à être photographié (daguerréotypes de 1838-1839)[48], à acheter une machine à coudre pour les Oblates (1869)[49]… Il est parfaitement au courant des applications touristiques, postales et militaires de l’aérostation[50]. Le P. Germer-Durand lui fait découvrir à Paris en 1875 le procédé de la lanterne magique[51]. S’il est vrai qu’au XIXème siècle le débat entre science et foi est obscurci par les prétentions du scientisme, le monde du clergé ne fait pas spécialement preuve d’inhibition devant les conquêtes de la science qui compta nombre de croyants illustres comme le physicien Ampère (1775-1836), le physicien Biot (1774-1862), le mathématicien Cauchy (1789-1857), le paléontologue protestant Cuvier (1769-1832), le paléontologue Albert Gaudry (1827-1908), l’archéologue Laborde (1807-1869), le médecin Laënnec (1781-1826), l’archéologue Lenormant (1802-1859), l’homme politique et écrivain Ch. de Montalembert (1810-1870), le professeur de lettres et chrétien social Ozanam, le chimiste biologiste Pasteur (1822-1895), le médecin Récamier (1774-1852), le magistrat Riambourg (1776-1836), l’historien de l’art Rio (1797-1874)), l’archéologue de Saulcy (1807-1880), le journaliste Louis Veuillot (1818-1883) etc…

Le P. d’Alzon eut affaire à un prêtre savant mathématicien, ex-jésuite, l’abbé François Moigno (1804-1884) fondateur d’une belle revue de vulgarisation scientifique, la plus ancienne des revues scientifiques françaises, Le Cosmos (1852-1864)[52] dont la trajectoire devait croiser l’histoire de la Bonne Presse. Il y eut de même pourparlers en août 1858 avec un fameux abbé Paul Chantôme (1810-1877) publiciste, prédicateur, auteur d’ouvrages de dévotion[53]. Affaire sans suite. Le P. d’Alzon rencontra et fréquenta d’autres notabilités du monde des sciences religieuses dont Lacordaire, Mgr Affre (1793-1848), le fondateur en 1845 de l’Ecole des Hautes Etudes ecclésiastiques au couvent des Carmes ; il s’intéressa aux ateliers d’imprimerie de l’abbé Migne au Petit Montrouge qu’il visita[54] et d’où sortirent 1019 volumes en trente ans (dont les 369 de la Patrologie). Il entra en contact avec l’abbé François-Denis Martin (1814-1877), curé de Ferney entre 1855-1861, préoccupé comme lui d’apologétique anti-protestante[55]. C’est dans ce même contexte qu’il convient de situer les appréciations louangeuses que le P. d’Alzon porte par exemple sur l’œuvre apologétique d’un Auguste Nicolas, théologien laïque (1807-1888).

Donc la lecture de la presse, au sens large (journaux, périodiques, revues), fait partie des habitudes de vie d’Emmanuel d’Alzon depuis sa jeunesse. Il n’est pas seulement un lecteur passif, mais réactif et, en plus, à l’occasion, un rédacteur collaborateur[56] avec pour prédilection le champ des informations religieuses et ecclésiales, comme on le voit en ce qui concerne le choix d’ouvrages de sa bibliothèque[57].

 

Emmanuel d’Alzon, homme de presse, producteur et communicateur.

 

Plus encore, il convient maintenant d’aborder deux périodes particulières de la vie d’Emmanuel d’Alzon où il est entré directement dans le champ de la presse et du journalisme : les années 1848-1851 et la dernière décennie 1870-1880.

 

En février 1848, le P. d’Alzon est aux premières loges comme observateur de la Révolution parisienne qui renverse la Monarchie de Juillet et proclame la IIème République[58]. On sait que dans l’effervescence et même l’enthousiasme de ce mouvement politique, la presse connut un développement sans précédent mais éphémère. Il est évident que la promulgation du suffrage universel (masculin) y est pour beaucoup, chaque camp politique se donnant pour consigne d’informer l’opinion et de récolter le maximum de voix aux élections législatives à venir : « Ici, on s’agite beaucoup pour faire des journaux. Le P. Lacordaire veut en faire un, Montalembert un autre ; avec L’Univers cela fera trois. C’est absurde. J’ai promis mon concours pour procurer des fonds au P. Lacordaire, mais il n’y a pas moyen d’espérer le moindre succès ; ils ne veulent paraître que dans six semaines, et dans six semaines les élections seront faites. C’est amer de bêtise »[59]. Cette année 1848 qui fut très politique pour le P. d’Alzon[60], devenu ‘républicain du lendemain[61], ne confirme pas ses espérances : les sanglantes émeutes et répressions de juin renforcent le parti de l’Ordre, républicain de surface, conservateur dans l’âme ; les élections municipales de Nîmes en août boycottent la préférence du P. d’Alzon en faveur de listes de panachage confessionnel (liste d’union) ; les élections présidentielles de décembre ne donnent pas la victoire à son candidat, Cavaignac, mais à un dictateur en puissance, Louis Napoléon.

Et pourtant, pour diffuser ses idées, le P. d’Alzon n’a pas lésiné sur les moyens : il a lancé un journal à Nîmes en se faisant inspirateur et bailleur de fonds pour La liberté pour tous, quotidien tri-hebdomadaire, paru la première fois le mardi 21 mars 1848, sous la direction du gérant Eugène Germer-Durand, jusqu’au 31 décembre 1848. Il y donna 9 articles reproduits dans Lettres t. C, pages 664-700[62]. Idées politiques et aventure journalistique : même fiasco final ! Ces mésaventures, aggravées par le martyre des écus, vont éloigner pour un temps le P. d’Alzon et du journalisme et de la politique. On trouve ce titre de journal mentionné 17 fois dans les écrits du P. d’Alzon.

Autre tentative marquante de journalisme de la part du P. d’Alzon, la fondation en 1851 cette fois d’une revue spécialisée, dans le cadre de son combat en faveur de la liberté de l’enseignement : la R.E.C. ou Revue de l’enseignement chrétien[63]. Elle comporte deux séries, la première pour les années 1851-1855 (n° 1 du 1er novembre 1851 au n° 31 décembre 1854 et n° 1 janvier au n° 12 décembre 1855) et la 2ème de 1871 à 1877 (n° 1 mai 1871 à avril 1877) : les articles programmes sont du P. d’Alzon[64]. On peut dire d’elle qu’elle a innové : elle est en effet la première revue de ce type, et qu’elle a cherché à étendre le bénéfice de la loi Falloux d’abord dans le champ assez neuf des établissements autorisés par la loi de 1850, de façon à coordonner les efforts pour tirer le meilleur parti de la liberté accordée à l’enseignement secondaire par cette loi, puis  à partir de 1871 de préparer le vote en faveur de la liberté de l’enseignement supérieur (Laboulaye 1875). Son but étant atteint, elle s’est sabordée, pour renaître sous une autre forme, La Croix-Revue, pour un combat plus général.

 

C’est en effet dans la dernière décennie de sa vie que le P. d’Alzon a davantage pris conscience du rôle et du poids de la presse, sous l’influence certaine des deux ‘religieux parisiens’ (Picard et Vincent de Paul Bailly) qui ont établi et assis la congrégation dans la capitale. Jusque là, le journalisme était le fait du fondateur ; dorénavant il devient le fait d’une petite congrégation. En 1871 est décidée la reprise de la R.E.C. mais l’horizon du combat va grandissant, du champ de l’enseignement à celui de la société toute entière; en juillet 1873 avec la création modeste du petit bulletin Le Pèlerin au comité des pèlerinages de La Salette, le P. Vincent de Paul s’initie modestement au métier de journaliste qu’il a respiré toute sa jeunesse en famille ; à partir de janvier 1877 il transforme la publication en un véritable magazine d’actualité avec illustrations, caricatures, chronique politique ; le P. d’Alzon qui n’y apprécie pas le genre léger qu’il appelle zozo, accepte cependant d’y apporter sa contribution sous la forme d’une centaine d’homélies, écrits à partir de l’évangile des dimanches et fêtes[65] ; pour lui,  il ne s’agit plus seulement d’entraîner les foules dans les centres de pèlerinage, il faut planter le christianisme au cœur de la vie publique et former l’opinion publique trop souvent dégradée par la ‘mauvaise presse’ ; en 1875, le P. d’Alzon, de Nîmes, a senti la nécessité de diffuser un bulletin interne, L’Assomption, pour établir un lien entre les religieux dispersés et leurs activités multiples, développer un réseau de donateurs[66] ; en 1880, on hésite encore sur la marche à suivre en fondant la revue La Croix, perçue comme 3ème série de la R.E.C. (sous-titre) : périodique mensuel (3.000 ex.) se donnant pour programme de combattre la Révolution, c’est-à-dire le laïcisme athée : pour le P. d’Alzon, l’objectif du journalisme chrétien est clair, combattre. Pourtant la controverse autour du titre à choisir donne la mesure de l’obscurité dans laquelle baigne l’entreprise au départ : le P. d’Alzon écrit au P. Picard le 10 décembre 1879 :

« Vous avez pu voir si nous avons pris au sérieux l’idée de la Revue, mais le genre farce que l’on semble vouloir lui donner nous dégoûte assez. Reprenez le titre de Revue de l’enseignement chrétien. Tout à l’heure, en réponse à Charlemagne, P. Laurent a proposé Le roi Dagobert ; P. Edmond, Dagobert ou Pourceaugnac ; moi Le roi David. Charlemagne n’est-il pas un grand pot de chambre ? Nous tenons à être sérieux. Ni L’Apôtre ni Charlemagne ne le sont. Le P. Laurent fait comme moi, il désire que son article lui soit renvoyé, si le titre est absurde. Nous voulons à la Revue un autre genre que Le Pèlerin. Non que nous excluions quelques pages gaies, au contraire. Mais devant les circonstances si graves qui se préparent, il faut plus que le genre badin. Croyez-moi Le Lutteur était un bon titre. Nous avons autre chose à faire qu’à cabrioler. Les cabrioles amusent les bons, agacent les mauvais, mais laissent peu de fruit »[67].

La presse à l’Assomption ne peut avoir comme seule fin la distraction des masses, mais elle a à devenir, à, ses yeux, une véritable arme du combat apostolique. On entre dans le champ du militantisme.

Dans le sillage du Pèlerin et de La Croix-Revue[68] est née le 2 février 1880 une feuille hebdomadaire, La Vie des Saints[69], une sorte de supplément de dévotion qui devint par la suite une véritable publication autonome et fut même reprise en une série de volumes.

Avec cette ultime initiative, prend fin l’aventure journalistique du P. d’Alzon, mais il a passé la relève à ses fils de Paris qui, grâce à leurs multiples relations et à l’engagement de militants chrétiens laïcs, vont se lancer dans une aventure de presse collective qui n’est pas seulement une entreprise commerciale en plus d’un groupe d’édition, mais une passion partagée en vue de l’extension du Règne de Jésus-Christ.

 

© P. J.P. P.-M., octobre 2009.

 

 

 

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Le P. d’Alzon et la presse


[1] Sont sortis des presses Bayard des recueils coloriés 34 pages format PEE, 15 x 16 cm, collection Vienne Ton Règne : n° 1 Découvrir la spiritualité des Augustins de l’Assomption (P. Hervé Stéphan, nov. 2006) ; n° 2 Emmanuel d’Alzon fondateur des Augustins de l’Assomption et des Oblates de l’Assomption (P. J.-P. Périer-Muzet, 2007) ; n° 3 Pèlerinages en Terre sainte. Premiers pas d’une longue tradition des Augustins de l’Assomption (Yves Pitette, 62 p., oct. 2007) ; n° 4 A la suite du Christ avec Emmanuel d’Alzon (P. Claude Maréchal, 2007) ; n° 5 Etienne Pernet et Marie-Antoinette Fage fondateurs des Petites Sœurs de l’Assomption (P.S.A., mai 2008), n° 6 Avec saint Augustin, chercheurs de Dieu et passionnés de l’Eglise (P. J.-François Petit, mai 2008), n° 7 Isabelle de Clermont-Tonnerre et François Picard fondateurs des Orantes de l’Assomption (Ora, février 2009) ; n° 8 La prière à l’Assomption par le P. M-Bernard Kientz (nov. 2009) ; n° 9 Les plus beaux textes de saint Augustin par le P. Marcel Neusch (nov. 2009). Deux autres plaquettes sont prévues pour 2010 : Les Oblates de l’Assomption et L’œcuménisme… Mais ce n’est pas parce que l’on travaille à Bayard qu’on lit forcément tout ce qui sort de Bayard ou tout ce qui porte le label Bayard !

[2] Le chercheur peut se reporter aux Cahiers du Bicentenaire d’Alzon n ° 3 Emmanuel d’Alzon Bibliographie commentée et référencée Sources et travaux, éditions, traductions, Rome, 2007, 344 pages.

[3] Dans les locaux de l’Institut d’Alzon, établissement scolaire privé sous tutelle des Oblates de l’Assomption, au n° 28 de la rue Séguier (Nîmes).

[4] Le P. Emmanuel d’Alzon par lui-même. Anthologie alzonienne, t. I, Rome, 2003, chap. 52 : ‘Ah ! Si nous disposions d’un journal’, pages 253-256. Dans Emmanuel d’Alzon dans la société et l’Eglise du XIXe siècle, Actes du Colloque d’histoire 1980, publiés par Le Centurion, 1982 : article du P. Charles Monsch, Le Père d’Alzon et les débuts de la Bonne Presse, p. 279-300. Pages d’Archives, n° 7, octobre 1965, p. 475-570 (Les origines et les grandes étapes du journal La Croix)…

[5] Paul Castel, Le P. Picard et le P. Vincent de Paul Bailly dans les luttes de presse, Rome, 1962, 602 p. et les  principales biographies consacrées au P. Vincent de Paul Bailly par Lacoste, Michel Guy, Rémi Kokel, Adrien Pépin.

[6] Estimée à plus de 40.000 lettres dont plus de 8.000 conservées et publiées de 1923 à 2003 soit au total 18 volumes, représentant 10.412 pages imprimées, avec apparat critique et notes explicatives, complétées par deux tomes d’études (prosopographie : 1155 p. et géographie 661 p.). En plus deux tomes d’Anthologie (Le  d’Alzon par lui-même) ont été consacrés à l’étude de correspondances particulières du P. d’Alzon recouvrant tout l’espace de sa vie.

[7] Appartement dans l’Hôtel Crapelet, n° 9 rue de Vaugirard, d’octobre 1823 à mai 1830, à l’emplacement d’une école primaire publique de la ville de Paris de nos jours.

[8] En 1847 La Quotidienne fusionna avec La France et L’Echo français pour devenir L’Union monarchiste, dirigée par Pierre Sébastien Laurentie avec la collaboration de Poujoulat. En 1873, le comte de Chambord y fit paraître son fameux manifeste où en refusant le drapeau tricolore, il perdait ses chances d’une autre restauration monarchiste. Le journal continua sa parution jusqu’après la seconde guerre mondiale.

[9] Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 182 (9 janvier 1831) ; 189 (27 janvier 1831 ; 255 (3 janvier 1832) ; 260 (13 janvier 1832) ; 564 (15 mai 1834) ; 567 (20 mai 1834) ; 775 n. 1 (18 janvier 1835) ; t. C, p. 103 (13 août 1846).

[10] Journal cité 18 fois chez d’Alzon. C’est le plus ancien journal politique français, fondé en 1631 par Théophraste Renaudot : journal de la monarchie devenu l’officiel de tous les gouvernements depuis 1762 et contrôlé par le ministère, royaliste légitimiste sous la Restauration, propriété de M. de Genoude avec Janicot comme rédacteur en chef.

[11] Gazette provinciale pour Nîmes et le Gard, mentionnée 35 fois dans les écrits d’Alzon lequel mentionne aussi la Gazette du Midi (9 fois) et la Gazette du Bas-Languedoc (3 fois) qui a paru entre 1833 et 1852 pour devenir L’Opinion du Mid en 1871 : tout d’abord légitimiste, elle passait pour être la tribune officieuse de l’évêché. D’Alzon n’ignore pas non plus la presse gouvernementale ou républicaine du Gard et du Midi en général : Le Constitutionnel du Gard, né en 1831, journal des libéraux avancés ; Le Courrier du Gard (cité 9 fois), organe de la bourgeoisie protestante et orléaniste, organe prépondérant paru entre 1831 et 1873, rallié au second Empire comme L’Opinion du Midi (mais ce dernier dit ‘clérical, pro-évêché’) ; Le Midi, journal républicain et libéral et quotidien paru entre 1873 et 1887 ; Le Républicain du Gard, trihebdomadaire de 1848 à 1851. La suppression de l’autorisation préalable en 1868, celle du droit de timbre en 1870 et surtout la législation libératrice de 1881 permettent alors la création de nombreuses publications. Jean Watelet, Bibliographie de la presse française, Gard, n° 30, Paris (BN) 1985.

[12] Le Drapeau Blanc (cité 1 fois dans d’Alzon) est fondé en 1819 par le fougueux polémiste Martainville, partisan intransigeant de la Contre-Révolution, journal qui cessa de paraître en février 1827.

[13] Sous la Révolution, création de plus de 450 journaux, souvent éphémères. Le Journal des Débats et Le Moniteur Universel (1789), Le Globe (1814-1832), Le Constitutionnel (1815), Le Temps (1829) fondé par Coste dans une optique libérale, protestante et anti-catholique, repris par Nefftzer en 1842 avec une marque républicaine, Le National (1830), Le Siècle fondé en 1836 par Dutacq, journal républicain, Le Citoyen ( ?), La Presse, journal de Girardin fondé le 1er juillet 1836, premier quotidien moderne vendu au numéro 5 centimes etc... Sous Napoléon Ier, 13 quotidiens ; en 1848, 25 titres ; 12 en 1852 ; 60 en 1880 ; 12 en 1980 (Figaro, 1866 ; La Croix, 1883, L’Humanité 1904, Le Monde, 1944 ; Le Parisien libéré, 1944, n° 1 ; France-Soir 1944 ; Libération 1973 ; Info-matin 1994).

[14] On doit à Emmanuel Bailly la création d’une Maison de hautes études (1819), d’une Société des études littéraires et d’une Société des bonnes études (1825, Place de l’Estrapade), de la Conférence Saint-Vincent de Paul (1833). Il est important de souligner que les créateurs de presse catholique et journalistes de renom en ce début de XIXe s. sont très souvent des laïcs.

[15] Le Mémorial Catholique est une revue mensuelle publiée à partir de janvier 1824, première revue catholique de dimension européenne (avant la Revue des deux Mondes, née en 1829), animée par les abbés Gerbet, de Salinis, avec la collaboration de Affre, Lamennais, Martin de Noirlieu, O’Mahony, pour cesser de paraître fin août 1830 au bénéfice de L’Avenir. Revue citée 6 fois dans la correspondance d’Alzon.

[16] Encore un périodique de cette époque, mensuel qui parut de 1826 à 1830, fondé par un juif danois, formé au protestantisme et converti catholique, le baron d’Eckstein qui s’intéressait à l’universalité des connaissances humaines sous le point de vue de l’unité de doctrine, sorte d’équivalent de la revue Der Katholik de l’allemand Goerres. Cité 2 fois par d’Alzon. « Je lis en prenant des notes. En ce moment, j’ai une indigestion du Catholique du baron » : 9 janvier 1831 dans Lettres, t. A, p. 182.

[17] Le Correspondant, paru la première fois le 10 mars 1829, sous la forme d’un journal hebdomadaire, puis bi-hebdomadaire, monarchiste selon la Charte et dévoué à la cause catholique. Il laissa place à une revue mensuelle, La Revue européenne. Le Correspondant reparaît en 1843 et retrouve des couleurs sous le Second Empire avec Cochin, avec un esprit libéral, pour ne cesser de paraître qu’en 1933. C’est dans Le Correspondant qu’Emmanuel d’Alzon signa son premier article connu en juin 1829 intitulé la Fête-Dieu (Lettres, t. A, p. 27). On trouve ce journal cité 54 fois dans les écrits d’Alzon.

[18] Le célèbre journal lancé par Lamennais avec Gerbet, Lacordaire, Montalembert, dans un esprit catholique ultramontain et libéral (16 oct. 1830-15 nov. 1831) avait pour devise : Dieu et Liberté. Très anti-gallican et polémique, il suscita l’opposition des évêques dont beaucoup en interdirent la lecture dans les diocèses, mais aussi des théologiens effrayés de l’audace de certaines expressions et de l’incertitude orthodoxe de certaines idées émises. Le journal soutint les combats des catholiques en Belgique, en Irlande et en Pologne. Il compta 3.000 abonnés. D’Alzon put le consulter en cachette au grand séminaire de Montpellier. Cité 32 fois dans d’Alzon : « Je crois faire bien en n’allant pas à Paris, parce qu’entre L’Avenir et Le Correspondant, il me faudrait choisir, et j’aime mieux suspendre encore mon avis. Ni L’Avenir ni Le Correspondant ne me plaisent absolument. Je trouve l’un plus logique et l’autre plus généreux, l’un plus entraînant, l’autre plus habile dans la conduite de ses doctrines ; mais L’Avenir dit des sottises et des injures, il veut trop être seul » : 16 mai 1831 dans Lettres, t. A, p. 206.

[19] La Tribune Catholique (1832-1833), quotidien lancé par Bailly, tente sans succès après la mort de L’Avenir une sorte de synthèse entre les positions catholiques, la traditionnelle et la libérale. Le journal se fond en octobre 1833 avec L’Univers religieux lancé par Migne en septembre 1833. Cité trois fois chez d’Alzon : « J’ai reçu pendant trois mois la Tribune catholique, mais elle a fini par me paraître si faible que j’ai suspendu mon abonnement. Les doctrines me paraissaient bonnes, mais la manière dont elles étaient présentées m’a paru peu propre à la faire goûter » : 8 juin 1833 in Lettres, t. A, p. 415.

[20] La Revue européenne succède en septembre 1834 à la première formule du Correspondant, mais elle ne semble pas avoir duré plus de dix ans. Citée 26 fois dans d’Alzon : « J’aime assez la Revue européenne. En général, les articles qui me plaisent le plus sont ceux de Cazalès » : 24 février 1832 in Lettres, t. A, p. 271. Il se la fait passer au grand Séminaire de Montpellier sous le couvert de l’abbé Vernières.

[21] Le fameux journal fondé par Migne en 1833 va devenir avec Louis Veuillot en mars 1843 la véritable voix du clergé ultramontain pendant tout le XIXe siècle (tirage maximum 12. 000 ex.). On comprend que d’Alzon l’ait adopté avec enthousiasme. Suspendu entre 1860 et 1867 et remplacé par Le Monde de Taconet, il connut son apogée au concile Vatican I. Louis Veuillot paralysé en passa la direction à son frère Eugène en 1879. On sait que La Croix attendit la mort de Louis Veuillot (7 avril 1883) avant de paraître sous la forme d’un quotidien (16 juin 1883). Elise Veuillot créa un concurrent à L’Univers, La Vérité (1893-1907). Le journal L’Univers disparut en 1914. Cité 198 fois dans les écrits d’Alzon qui y a publié une notice nécrologique sur l’abbé Soulas, le 12 mai 1857..

[22] « J’ai reçu seulement The Month de juillet » : 30 juin 1875 in Lettres, t. XI, p. 150.

[23] « Avez-vous fait demander pour moi le Tablet (journal catholique anglais) ? Somme toute, je préférerais le Weekley [hebdomadaire], mais je n’ai plus ni l’un ni l’autre depuis le 1er février » : 6 avril 1859 in Lettres, t. III, p. 53.

[24] La Civiltà cattolica, citée 20 fois dans d’Alzon,  est la revue romaine de la Compagnie de Jésus, fondée en 1850 par les PP. Cucci et Vasco pour lutter contre la vague d’irréligion qui menaçait l’Italie. Elle prit au départ un ton conservateur déclaré : « Voudriez-vous m’abonner à la Civiltà cattolica ? Je ne prends pas la Correspondance [de Rome, organe de Mgr Chaillot fondé en 1848 pour soutenir les ultramontains français. Le P. d’Alzon le trouvait trop lié à Mgr Darboy et d’un ultramontanisme pâli] » : lettre du 7 janvier 1869 in Lettres, t. VII, p. 215. D’Alzon a donné cependant deux articles dans la Correspondance de Rome en 1861 : Lettres de Madrid.

[25] Les Etudes, citées 1 fois dans d’Alzon indirectement par le biais du P. Gagarin qui en fut avec son confrère Martinov l’un des animateurs et initiateurs principaux en 1856, revue de culture générale.

[26] Il Divin Salvatore, cité 9 fois dans les écrits d’Alzon, était une sorte de semaine religieuse de Rome, fondé en  in Lettres, t. XII, p. 1877 par Paolo Mencacci, contenant les nouvelles de la vie romaine : « Quand vous voudrez savoir la pensée romaine, vous la trouverez dans les Ultime Notizie du Divin Salvatore. Proposez-lui l’échange [avec Le Pèlerin] ou abonnez-vous » : lettre à V. de P. Bailly, 7 avril 1878 in Lettres d’Alzon, t. XII, p. 424.

[27] L’Osservatore ou l’Osservatore romano, cité 4 fois dans d’Alzon, est le nom du journal de nos jours officiel du Saint-Siège qui commença à paraître en juillet 1861, à la fois politique et religieux, journal officieux sous Pie IX dirigé par Marcantonio Pacelli, grand-père du futur Pie XII. Le journal fut acquis par le Vatican en 1890 sous Léon XIII. « Entendons-nous sur le journal français à Rome. Il a été question de deux. L’Echo de Rome, Moniteur du Vatican a joui d’un numéro, et puis il s’est replié dans l’ombre ; celui-là était fait par un curé français. L’autre devait s’appeler l’Observateur Romain. C’était la transformation de l’Osservatore que Franchi a voulu conserver » : lettre du 4 avril 1874 in Lettres d’Alzon, t. XII, p. 419.

[28] L’Unità Cattolica, cité une fois par d’Alzon : « Je connaissais l’article de l’Unità Cattolica. C’est à faire pitié. Trouver le salut dans le suffrage universel, c’est la pure folie. Mais tout doit se voir dans le temps présent » : lettre du 4 nov. 1878 dans Lettres d’Alzon, t. XII, p. 601-601.

[29] La Voce della Verità est la traduction italienne d’un journal français, La Voix de la vérité (1854-1857), encore fondé par l’abbé Migne, dont le rédacteur en chef fut l’abbé M.-Dominique Bouix (1808-1870), canoniste ultramontain, également rédacteur des Instutiones juris canonici et fondateur de la Revue des Sciences ecclésiastiques. D’autres revues et journaux ultramontains virent le jour à Rome : les Analecta juris canonici de Mgr Chaillot, également rédacteur de la Correspondance de Rome (citée 11 fois dans d’Alzon).

[30] Les semaines religieuses des diocèses ont commencé leur existence au milieu du XIXème siècle : celle de Nîmes, lancée en mars 1865 sous Mgr Plantier, où d’Alzon a souvent donné de la copie, est citée par lui 95 fois, ce qui ne l’empêchait pas de s’en moquer en l’appelant l’encensoir officiel (lettre du 21 juillet 1866, Lettres d’Alzon, t. VI, p. 101).

[31] Petite feuille missionnaire du bulletin de l’œuvre de la Propagation de la foi, fondé en 1822 à Lyon par Pauline Jaricot, lien entre les associés donnant des nouvelles des missions. L’abbé d’Alzon fut directeur diocésain de l’œuvre pendant une dizaine d’années. Citée 4 fois dans les écrits d’Alzon, ainsi à Galabert le 18 mai 1864 « La lettre que vous m’avez adressée est on ne peut plus intéressante ; je la fais mettre au net et je la donnerai aux Annales de la Propagation de la foi ou aux Œuvres d’Orient, selon que je le trouverai plus intéressant dans notre sens » : Lettres d’Alzon, t. V, p. 56.

[32] Autre bulletin missionnaire liée à l’œuvre d’Orient fondée en 1856 par Cauchy, Lenormand et Lavigerie. Le P. d’Alzon en fut l’animateur et le diffuseur dans le diocèse de Nîmes. Cité deux fois dont cette lettre du 18 juillet 1865 à Galabert : « Envoyez-moi le plus tôt possible l’esquisse historique dont vous me parlez ; ce qui sera très intéressant pour le bulletin des Annales des écoles d’Orient »  Lettres d’Alzon, t. V, p. 362.

[33] Revue catholique de philosophie fondée en 1830 par Augustin Bonnety (1798-1879) qui soutint les théories fidéistes et traditionalistes analogues à celles de Bautain qui attaquaient la scolastique où il voyait une forme de rationalisme. Revue citée 16 fois par d’Alzon auquel il arriva de donner des articles à publier. Elle se maintint jusqu’en 1913. D’Alzon y a publié en 1838 et 1839 trois articles-recensions : sur le saint Jean Chrisostome de Gaume, sur les Stromates de saint Clément d’Alexandrie par de Genoude et sur un livre de Combalot, La connaissance de Jésus-Christ. En 1835 Bonnetty avait publié la lettre de d’Alzon du 18 janvier à sa sœur sur la découuverte de corps martyrs aux catacombes.

[34] L’Université catholique, citée 4 fois dans les écrits d’Alzon, est une revue fondée en 1836 par l’abbés Gerbet pour les besoins d’un enseignement supérieur qui ne peut alors être dispensé dans des facultés libres de ce rang, seulement autorisées en 1875. Elle fut absorbée en 1855 par les Annales de philosophie chrétienne de Bonnetty. Le P. d’Alzon a gardé toute la collection. Il y a publié en 1838 une recension du livre de Görres sur Athanase.

[35] Ce bulletin, cité 6 fois dans d’Alzon, est celui de l’œuvre du même nom fondée en 1856-1857 à l’initiative notamment du P. d’Alzon par Mgr de Ségur pour combattre l’esprit libéral et maçonnique grâce au réseau des écoles catholiques et des œuvres de jeunesse. D’Alzon y a publié en 1866-1867 six articles sur le mouvement religieux en Angleterre.

[36] Cité trois fois par d’Alzon, le Polybiblion est la Revue bibliographique universelle lancée en 1868 par la Société bibliographique de M. de Beaucourt (1833-1924) déjà créateur en 1866 de la Revue des questions historiques (1866-1939). On voit que le P. d’Alzon  a proposé des collaborateurs à la revue de M. de Beaucourt : « Veuillez dire à M. de Beaucourt que l’abbé Gilly, supérieur du petit séminaire de Beaucaire, accepte de lui faire des comptes-rendus sur tous les livres théologiques, mais surtout sur les livres exégétiques latins et allemands qu’il désirera ; que M. l’abbé de Cabrières lui fait la même proposition, surtout pour les livres anglais ; M. Durand rechigne un peu, à cause de sa manie du parfait » lettre du 11 mars 1869 à Picard dans t. VII, p. 277.

[37] La Revue des Bibliothèques paroissiales, revue hebdomadaire (1850-1857 ?), citée 9 fois dans les écrits d’Alzon est née dans le sillage de l’œuvre du même nom, créée par l’abbé-chanoine Louis-Marie Bernard dit d’Avignon (1808-1895) mais natif de l’Ain, publiciste auteur de petites brochures de propagande catholique et de colportage à destination des campagnes. « Depuis que le Mémoire ci-joint est rédigé, l’archevêque de Reims [Gousset] me presse de me charger de la direction d’une revue théologique, que l’on voulait d’abord confier à Bonnetty. Cette revue subsiste déjà. On en parle dans le Mémoire et l’on pense qu’à Avignon sous la protection d’un archevêque romain [Debelay], on sera plus libre pour tout dire » au nonce Fornari, 15 février 1853 in Lettres, t. I, p. 241. L’abbé d’Alzon qui écrivit dans la revue deux articles en 1853, propagea l’œuvre dans le diocèse de Nîmes.

[38] La Revue du Monde catholique, citée à 4 reprises dans d’Alzon, a été fondée bimensuelle à Paris en 1861 par des membres laïcs et prêtres de L’Univers, parue sous ce titre jusqu’en 1910, puis de 1921 à 1925, avec pour objectif la défense de l’Eglise, au service de la religion : à V. de P. Bailly, le 20 sept. 1880 « Avez-vous remarqué que la Revue du monde catholique devient plus intéressante depuis l’apparition de La Croix ? On vous redoute » Lettres, t. 13, p. 409.

[39]Elle est à porter à l’actif de l’abbé Bouix déjà mentionné. Lancée en 1860 à Arras et passée en 1893 sous la direction de professeurs de l’Institut catholique de Lille, fusionnée en 1906 avec La Science catholique, elle a vécu jusqu’en 1910. Citée 6 fois par d’Alzon : « Je décachète ma lettre pour vous dire que je viens de lire deux articles du P. Montrouzier, dans la Revue des sciences ecclésiastiques, juin et juillet 69, sur les confesseurs des religieuses » : lettre du 16 août 1869 à M..M. E. de J. in Lettres d’Alzon, t. VII, p. 387.

[40] Journal cité à trois reprises. Périodique royaliste publié à Montpellier entre 1831 et 1834 : « L’on va publier, à Montpellier, un journal sous le titre de Mélanges Occitaniques. Si vous ne le connaissez pas déjà au Correspondant, je vous donnerai des détails sur son esprit, son but etc… quand j’aurai été à Montpellier » lettre du 9 janvier 1831 à d’Esgrigny in Lettres, t. A, p. 183.

[41] Revue catholique du Languedoc, citée à 24 reprises dans d’Alzon, bimensuel lancé en mars 1859 où d’Alzon publia quelques articles dont une riposte contre le pasteur Puaux, supprimée en 1861 lors de l’affrontement avec le pouvoir sur la question des Etats de l’Eglise et une présentation du livre de Wiseman. « La future Revue catholique de Nîmes compte seulement dans la ville plus de 300 abonnés. Le département, à coup sûr, en fournira autant, et avec cela nous pourrons marcher » 6 avril 1859 à Picard, Lettres t. III, p. 53.

[42] Le Messager du Midi, quotidien montpelliérain (1848-1892), cité dans d’Alzon deux fois. Danjou a aussi créé en 1845 la Revue de la Musique religieuse, populaire et classique (1845-1849). « J’écrirai à Veuillot pour Poujoulat. Si celui-ci veut m’envoyer un exemplaire  de Saint Augustin, je lui ferai un article pour le Messager du Midi qui a cinq à six mille abonnés » : 10 mars 1858 in Lettres, t. II, p. 404-405.

[43] Reprise éphémère par Baragnon (février 1862-janvier 1863) de la Revue catholique de Nîmes. 7 mentions dans d’Alzon qui y a publié un article en 1862 sur saint Augustin et la liberté de conscience.

[44] Aucune allusion dans Lettres d’Alzon, t. III !  Pour l’événement, se reporter au récit donné dans L’Assomption [de Nîmes], 1er juin 1876, n° 35, pages 82-84. Anthologie, t. II, chap. 30, pages 142-146 (Le Père d’Alzon et son ami le poète Jean Reboul 1859).

[45] Ligne établie entre Alès et Beaucaire. On dit que le nouveau vicaire général fut de la cérémonie d’inauguration, le 14 mars 1839 jour de son installation en titre !

[46] « J’ai vu des téléphones. Le P. Vincent de Paul ne rêve que téléphones. Je vous en procurerai quand ils auront été suffisamment perfectionnés » : lettre du 7 février 1878 dans Lettres, t. XII, p. 305.

[47] Le télégraphe optique remonte à Chappe en juillet 1793 ; on commença les premiers essais de télégraphie électrique en France en 1844.

[48] « Le P. Emmanuel vous aura remis deux daguerréotypes de votre serviteur : ils remontent à 1838 ou 1840, au plus tard, si je ne me trompe » : lettre du 15 avril 1869 in Lettres, t. VII, p. 294. Le célèbre Disraéli est venu à Nîmes, au collège de l’Assomption, en 1852-1853 et Nîmes a eu son atelier photographique avec Antoine Crespon..

[49] « Voulez-vous que je vous donne quelque chose de ma retraite pour une machine à coudre ? On dit que ces machines font l’ouvrage de quatre ouvrières » lettre du 23 janvier 1869 dans Lettres, t. VII, p. 230.

[50] Lettre du 15 juillet 1850 : t. C, p. 589. Lors du siège parisien de 1870, on développe l’aérostation militaire et le ballon postal.

[51] Lettre du 11 octobre 1875 : tome XI, p. 270. La lanterne magique est un appareil de projection qui agrandit sur écran grâce à une source lumineuse, la lumière oxhydrique, des images peintes sur verre.

[52] Le Cosmos, cité deux fois dans d’Alzon, fut repris par la Bonne Presse en 1884. Le frère des PP. Bailly, Bernard (1835-1920) en devint le directeur, l’améliora et l’agrandit. La revue Le Cosmos de la B.P. a vécu de 1885 à 1914 ; elle reparut e n 1922 et supprimée en 1935. Bayard a tenté de ressusciter en 1995 un magazine de vulgarisation scientifique de même type,  Euréka, essai sans lendemain.

[53] Cet abbé républicain écrivit dans L’Ere nouvelle et fonda la Revue des réformes et du progrès (juin-déc. 1849), Le Drapeau du peuple, journal, de la démocratie et du socialisme chrétien (+ juin 1850).

[54] Samedi 12 juillet 1845 : Lettres, t. B, pages 525.

[55] Lettres, t. II, p. 137 n. 2 ; 155 n. 3, 156, p. 219…

[56] Dans ce domaine, je pense que l’on est loin d’avoir prospecté tous les possibles articles inédits du P. d’Alzon dans la presse de son époque : souvent les articles n’étaient pas signés et pour ce qui est de ceux que nous  avons pu signaler, on le doit exclusivement au fait que le P. d’Alzon y a fait allusion dans sa correspondance conservée. Ainsi la découverte des Lettres de Madrid dans La Correspondance de Rome de juin 1861 ne remonte qu’à l’année 1993 : cf Lettres d’Alzon, t. XV, p. 110-124.

[57] A supposer que la bibliothèque personnelle du P. d’Alzon ait été intégralement ou partiellement fondue dans celle du collège de l’Assomption de Nîmes, il reste impossible, en dehors d’un inventaire détaillé constitué en 1857, d’en préciser le contenu exact en raison des déménagements, partitions, démembrements et pertes qu’elle a subis au cours du temps : 1880, 1909, 1968. Une partie qui avait échoué au Vigan, a été rassemblée et inventoriée à partir de 2005 à Rome où elle a pris place dans une salle-musée consacrée à cet effet.

[58] Le P. d’Alzon arrive à Paris le 15 janvier 1848 où il demeure jusqu’au 13 mars pour n’être à Nîmes que le 17. Le but de ce voyage est l’obtention du plein exercice pour son collège que lui promet son compatriote M. Guizot, rencontré le 17 février.

[59] Lettres du P. d’Alzon, t. C, pages 323-324. Le premier numéro de L’Ere nouvelle journal chrétien du trio Lacordaire, Ozanam et Maret, libéral et social, est daté du 15 avril 1848 ; mais Lacordaire se retira de la direction en septembre. En 1849, un légitimiste, de La Rochejacquelein, racheta le journal qui disparut le 15 avril 1849. Montalembert et le Comité central pour la défense religieuse lancèrent une feuille bihebdomadaire, L’Election populaire. Les élections législatives au suffrage universel et au scrutin de liste départementale de 1848 eurent lieu le 23/24 avril 1848 avec 16% d’abstentions seulement. 880 députés ; victoire des républicains modérés avec 600 élus, 200 légitimistes et catholiques. Echec des socialistes avec une centaine d’élus seulement. Pour le Gard, 10 députés. Le 10 décembre 1848, élection du président de la République au suffrage universel : 5. 434. 280 voix à Louis Napoléon et 1. 448. 100 à Cavaignac.

[60] L’évêque de Nîmes, Mgr Cart, aurait bien voulu que le P. d’Alzon se porte candidat à la députation, mais le vicaire général a résisté à cette pression.

[61] Par cette expression on désigne ceux qui acceptent de fait le régime républicain né après la révolution de 1848, non pour des raisons idéologiques, mais par opportunisme. D’Alzon en fait partie, en posant la condition que le nouveau régime respecte l’Eglise et développe à son bénéfice les libertés promises par la Charte. Cette étiquette lui coûta cher, en plus de la crise financière : des familles légitimistes retirèrent leurs enfants du collège.

[62] Le titre primitif prévu était La Démocratie catholique, avec un programme religieux et républicain. Le journal coûtait 20 francs d’abonnement annuel, il ne tira au mieux qu’à 500 numéros. Les élèves du collège en firent la critique avec une feuille de potache intitulée : La liberté entre quatre murs !

1.      Adresse aux habitants de Paris, samedi 25  mars 1848, La Liberté pour tous n° 3.

2.      Ce que nous sommes, jeudi 30 mars 1848, La Liberté pour tous  n° 5. Lettres, t. C, p. 329.

3.      A propos d’une lettre d’Hippolyte Carnot, jeudi 30 mars 1848, La Liberté pour tous  n° 5. Lettres, t. C, p. 329.

4.      Du maintien de tous les droits par l’union et la liberté : mardi 11 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 10. Lettres, t. C, p. 334.

5.      Au rédacteur de ‘La Liberté pour tous’ : mardi 11 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 10. Lettres, t. C, p. 334.

6.      Les élections législatives : jeudi 27 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 18. Lettres, t. C, p. 338-339.

7.      Aux catholiques de Nîmes : mardi 2 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 21. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 683 n. 1.

8.      Aux protestants de Nîmes : mardi 9 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 24. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 683 n. 1, 687 n. 1.

9.      Emeute de mai : samedi 20 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 31. Voir à son sujet Lettres, t. C, 692 n. 1.

10.  Erratum : vendredi 28 juillet 1848, La Liberté pour tous  n° 67.  Lettres, t. C, p. 363.

11.  Les élections municipales : dimanche 20 août 1848, La Liberté pour tous  n° 79. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 696-697 n. 1.

Ce journal de La Liberté pour tous a fait l’objet d’une étude spécifique par André Pezziardi, Université Paul Valéry de Montpellier : Un journal catholique et démocrate en 1848 : La Liberté pour tous, 1977, 101 p.

[63] Malheureusement cette Revue n’a jamais fait l’objet d’une étude un tant soit peu spécifique alors qu’elle le mériterait. Le P. d’Alzon qui avait aussi en tête son projet d’une Université libre catholique Saint-Augustin à Nîmes, avait un moment espéré acquérir la revue mensuelle L’Université catholique passée aux mains de Bonnetty dont le but était semblable. On se contenta dans l’immédiat à Nîmes de publier avec le concours des professeurs du collège de l’Assomption une collection d’auteurs classiques chrétiens, textes latins et grecs, dans l’esprit de ce qu’allait entreprendre Gaume. La contribution du P. d’Alzon pour la R.E.C., de 1851 à 1877 constitue un volume de 308 pages dans le Corpus Causae.

[64] On trouve 71 citations du titre ou allusions à la revue dans les écrits du P. d’Alzon. Description globale de la collection (1ère formule : Nîmes-Paris : 1851-1855 : 31 numéros de la série I en 3 volumes 1851-déc. 1854 : 660 pages + 784 p. + ; 768 p. puis une série II en 1 volume 1855, 12 numéros,  767 pages, donc 4 vol. pour 1851-1855 ; 2ème formule : Paris : 1871-1877, nouvelle série en XI volumes (vol. I : 1871 n° 1 à 6, vol. II 1871-1872 n° 7 à 12, vol. III 1872 n° 13 à 18, vol IV 1872-1873 n° 19 à 24, 640 p., volume V 1873 n° 25 à 30, 586 p., vol. VI 1873-1874, n° 31 à36, 576 p., vol. VII 1874 n° 37 à 42, 576 p., vol. VIII 1874-1875, n° 43 à 48, 574 p., t. IX 1875 n° 49 à 54, 576 p., t. X 1875-1876 n° 55 à 60, 584 p., vol. XI, 1876, six numéros, 576 p., vol. XII 1876-1877 six numéros 568 p., vol . XII  : au total pour cette série 1871-1877 : une collection de 12 volumes. Chaque numéro possède une table analytique du contenu. Mais le nombre d’abonnements trop faible n’a jamais dépassé les 450.

[65] Au total une centaine de prônes et 14 articles sur des sujets divers, ce qui représente un volume de 346 pages dans le Corpus Causae. Il y eut annuellement une table des matières et des gravures jusqu’en 1915 inclus. Jusqu’en 1895 inclus, la pagination est continue. On est passé des centaines d’abonnés de 1873 à 80. 000 en 1879 pour culminer à 500.000 dans les années 1950-1960. L’Almanach du Pèlerin est créé en 1879, son succès fut rapide et l’on dépassa rapidement les 500. 000 exemplaires.

[66] Cette revue, appelée L’Assomption de Nîmes (1875-1879), publiée au profit de l’œuvre de N.-D. des Vocations, pour la différencier d’une autre postérieure aujourd’hui déjà centenaire (fondée en 1897) dite L’Assomption et ses œuvres, comporte beaucoup d’articles du P. d’Alzon dont les connus Mémoires d’un ancien de la vieille Assomption, encore repris dans Souvenirs en 1893. Au total 48 numéros, consultables grâce à trois tables (I 213-216 ; II 389-396 ; III 382-388. Texte imprimé chez Lafare à Nîmes.

[67] Lettres du P. d’Alzon, t. XIII, p. 230. Il y eut au moins  douze réunions préparatoires auxquelles ont participé le P. d’Alzon et les AA de Paris, de décembre 1879 à mai 1880 (CD 325).

[68] Le P. d’Alzon a donné dans La Croix-Revue une série d’articles, consacrés notamment à la Russie et à la persécution religieuse en France, au total un volume représentant 236 pages : ce sont là ses derniers écrits, notamment l’article intitulé Etat-Dieu, paru dans le n° de novembre 1880, p. 497-501, article souvent republié ailleurs. Revue savante, renouvelant la Revue de l’Enseignement chrétien : l’ensemble forme une collection de trois volumes 1880-1883 : t. I 1880-1881, n° 1 à 12, 986 pages ; t. II 1881-1882 n° 13 à 24, 964 pages ; t. III juin 1882 à avril 1883 n° 25 à 35, 880 pages avec à chaque tome une table analytique des matières et des gravures

[69] Le P. d’Alzon a écrit en 1880 la Préface de cette publication et quelques notices dont à coup sûr : n° 4 Saint Benoît, n° 5 Sainte Scholastique, n° 6 Saint Patrice et n° 32 Sainte Agnès. Par la suite la formule devint autonome et on brocha des séries par mois.

Le P. d’Alzon et la presse

 

Ce serait faire injure à des journalistes et à des employés de la maison Bayard que d’y faire passer le P. d’Alzon ou l’Assomption pour de célèbres inconnus[1] ! Et cependant la fonction de la mémoire dans une grande entreprise comme la vôtre qui absorbe quotidiennement l’actualité à haute dose, ne peut être surchargée par le poids sans cesse alourdi de son passé. Je remercie donc l’organisateur de ces conférences, Robert Migliorini, pour l’occasion qui m’est donnée en ces lieux de raviver la figure du P. d’Alzon dans le cadre du bicentenaire de sa naissance (1810-2010) ou de son jubilé.

Je ne vous infligerai pas le rappel des grandes étapes de la vie du P. d’Alzon que l’on trouve maintenant bien détaillées grâce aux ressources d’Internet (www.assomption.org) et à un ensemble de fiches actualisées. Le site qu’a mis en forme depuis une vingtaine d’années le Frère Didier Remiot, est enrichi d’une belle bibliothèque[2] qui peut satisfaire les curiosités les plus exigeantes. A l’occasion des célébrations du Bicentenaire, un ‘musée-lieu de mémoire’ va être inauguré à Nîmes rue Séguier[3], accessible également au public, selon une conception moderne mise en œuvre par un scénographe professionnel, M. Henri Rouvière, de Montpellier.

Ce qui m’a paru le plus approprié pour ce matin et le plus inédit aussi, c’est à propos du P. d’Alzon d’évoquer sa pratique de la presse. Ses opinions et ses convictions à ce sujet ont souvent été traitées soit directement[4] soit à travers la présentation des premiers assomptionnistes ‘journalistes’[5], il n’est pas nécessaire d’y revenir. Leur but est clair : la presse est vue comme outil apostolique d’évangélisation . Par contre l’évocation du P. d’Alzon, homme de presse : lecteur-consommateur et producteur-informateur, mérite le détour, même s’il serait hasardeux et abusif de le qualifier lui-même de journaliste ou de figure du journalisme du XIXème siècle.

 

Emmanuel d’Alzon, lecteur-consommateur de presse.

 

Nous connaissons bien les us et coutumes de la vie quotidienne d’Emmanuel d’Alzon, adolescent, adulte et senior, grâce à son abondante correspondance[6] maintenant intégralement publiée. C’est la consultation par voie informatique de cette masse documentaire (indexation : Titres des périodiques) qui m’a permis de vérifier une donnée statistique essentielle, à savoir que l’on trouve mentionnés pas moins d’une centaine de titres de revues, périodiques et journaux dans sa correspondance conservée de 1822 à 1880 ! Dois-je vous en infliger l’énumération indigeste ? J’ai cru préférable de la relever dans une note avec toutes les occurrences pour les tenants de la critique et de l’acribie textuelle, et de privilégier pour vous une petite présentation synthétique avec à l’occasion l’une ou l’autre citation alzonienne pour assaisonner le menu !

 

Il y a d’abord la catégorie des journaux-quotidiens qu’un homme de condition se doit de fréquenter, selon la nuance politique de son milieu : au château de Lavagnac comme au domicile parisien de la rue de Vaugirard[7], les d’Alzon royalistes sont abonnés à La Quotidienne[8], organe monarchiste par excellence, lancé en 1790 par M. de Coutouly, transformé en 1792 en Tableau de Paris, supprimé sous le Consulat  et ressuscité en 1814 par Joseph-François Michaud. La Quotidienne, à partir de 1830 se transforma en feuille d’opposition légitimiste au gouvernement de Juillet. Emmanuel s’en fait l’écho 6 fois entre 1831 et 1846[9]. Il ne semble pas avoir été un inconditionnel de la ligne politique du journal si l’on en juge cette réflexion de janvier 1831 à son ami d’Esgrigny : « La Quotidienne m'assomme, quand elle ne me fait pas rire ». Il est vrai que le royalisme nuance légitimiste d’E. d’Alzon est devenu mennaisien, anti-gallican : primat absolu du religieux sur toute attache ou préférence politique. Il en va de même pour son appréciation sur La Gazette de France[10], feuille-mère de toutes les Gazettes de province dont celle de Nîmes[11] et du Bas-Languedoc. Le jugement de d’Alzon est sans appel ou sans pitié pour la Gazette ou encore le Drapeau Blanc[12] : « La méprisable, l’hypocrite Gazette : on n’y prend la religion que comme une arme de parti, qu’on délaisse si elle veut être autre chose » : t. A, p. 260 (janvier 1832). L’information d’E. d’Alzon ne se limite cependant pas aux journaux royalistes, il fréquente aussi à l’occasion la presse gouvernementale, notamment les gros titres et gros tirages : Le National (6 mentions), Le Journal des débats (5 mentions), Le Constitutionnel (5 mentions), Le Moniteur universel ((16 mentions), Le Messager (6 mentions), Le Siècle (3 mentions), Le Globe (2 mentions), La Presse (8 mentions), Le Citoyen[13] (16 mentions) ou encore bien sûr les titres régionaux : Le Courrier du Gard (9 mentions), journal de la préfecture à Nîmes adversaire de L’Opinion du Midi (15 mentions), ne fût-ce que pour les besoins de la polémique.

 

Comment expliquer cet intérêt précoce du jeune d’Alzon pour la presse ? Depuis 1828, il fréquente les salons, réunions et conférences de M. Bailly (1794-1861)[14], créateur de presse et éditeur catholique impressionnant. Dans ce groupe de jeunes étudiants, on collabore activement à une pléïade de revues très actives, toutes confessionnelles, plutôt agressives d’après le ton général de la presse de l’époque : Le Mémorial catholique (1824)[15], Le Catholique (1826)[16], Le Correspondant (1829)[17], L’Avenir (1830)[18], La Tribune catholique (1831)[19], La Revue européenne[20]sans oublier un ‘monument contemporain’ : L’Univers (1833)[21]. Un jeune étudiant comme lui ne peut manquer de se lancer à fond dans les débats et controverses de la société. Durant les années de son séminaire (1832-1833), il va être sevré de lectures ‘mondaines’, car elles sont filtrées à la porte ; mais il a trop goûté aux joies et au poids de la presse pour oublier.

Cette faim d’information par la presse chez d’Alzon est accompagnée de la constitution d’une véritable bibliothèque dans le but approfondir sa soif de culture et de compréhension du monde contemporain. La dominante des ouvrages est d’ordre littéraire, religieux, philosophique et théologique, mais avec deux caractéristiques fortes : intérêt pour les questions d’actualité et ouverture au champ européen. D’Alzon lit aisément l’italien, suffisamment l’anglais et s’est mis avec ardeur à l’allemand, en plus des langues bibliques (latin, grec, hébreu). Il n’est pas étonnant de trouver mention de journaux-revues anglais (The Month[22][Moine], The Tablet[23] [Journal]) et italiens (La Civiltà cattolica[24] des Jésuites italiens (équivalent des Etudes[25]), Il Divin Salvatore[26], L’Osservatore[27], L’Unità cattolica[28], La Voce della verità[29]…) sa vie durant. A la fin de sa vie, on le verra passionné dans ses articles donnés au Pèlerin par tout ce qui touche à l’Amérique ou à la Russie, préoccupation apostolique oblige et référence à un horizon catholique romain, ‘ultramontain’, se voulant vraiment universel.

Bien entendu la formation proprement théologique et les fonctions directement ecclésiales du P. d’Alzon lui font fréquenter des revues proprement ecclésiastiques et les bulletins d’informations religieuses donnés dans des revues, à commencer par la Semaine religieuse de Nîmes[30], les Annales de la Propagation de la Foi[31], les Annales des Ecoles d’Orient[32], les Annales de philosophie chrétienne de Bonnetty[33], L’Université catholique[34], le Bulletin de l’Association catholique de Saint-François de Sales[35], le Polybiblion[36], la Revue des Bibliothèques paroissiales[37], la Revue du Monde catholique[38], la Revue des sciences ecclésiastiques[39] etc… La création des Instituts catholiques en France ne commence qu’en 1875, on peut relever la relative faiblesse des instruments de formation et de réflexion proprement théologiques dans l’aire culturelle française, si on la compare à la vigueur allemande. Prolifèrent surtout des bulletins de piété, de mouvements, d’associations et d’œuvres en toutes directions. Pour autant le P. d’Alzon n’a jamais cessé de prêcher en faveur d’une solide formation intellectuelle, religieuse et théologique de la jeunesse, du clergé et des congréganistes. Il a beaucoup lu plume à la main.

Enfin son intérêt pour tout ce qui concerne une presse régionale spécifique n’est pas vain : il guette la parution des Mélanges occitaniques[40], donne des articles à la jeune Revue catholique du Languedoc[41], encourage la fondation du Messager du Midi repris par le musicologue Danjou[42] et des Annales catholiques de Nîmes[43]. On sait par ailleurs qu’il a accueilli avec éclat le groupe du Félibrige (Mistral, Aubanel et Roumanille salués par Reboul) dans son collège le 12 mars 1859[44], marquant ainsi son intérêt pour la renaissance de la culture occitane.

Il reste une petite interrogation à nous poser sur ce qui pourrait nous paraître comme une lacune dans ce tour d’horizon de la presse à propos du P. d’Alzon et de son époque, l’absence de références marquées à une culture technique ou scientifique. Soyons rassurés : le P. d’Alzon n’était pas technophobe : il a même été l’un des premiers à sauter dans un train (1839)[45], à découvrir le téléphone (1878)[46], à utiliser le télégraphe électrique des 1848[47], à être photographié (daguerréotypes de 1838-1839)[48], à acheter une machine à coudre pour les Oblates (1869)[49]… Il est parfaitement au courant des applications touristiques, postales et militaires de l’aérostation[50]. Le P. Germer-Durand lui fait découvrir à Paris en 1875 le procédé de la lanterne magique[51]. S’il est vrai qu’au XIXème siècle le débat entre science et foi est obscurci par les prétentions du scientisme, le monde du clergé ne fait pas spécialement preuve d’inhibition devant les conquêtes de la science qui compta nombre de croyants illustres comme le physicien Ampère (1775-1836), le physicien Biot (1774-1862), le mathématicien Cauchy (1789-1857), le paléontologue protestant Cuvier (1769-1832), le paléontologue Albert Gaudry (1827-1908), l’archéologue Laborde (1807-1869), le médecin Laënnec (1781-1826), l’archéologue Lenormant (1802-1859), l’homme politique et écrivain Ch. de Montalembert (1810-1870), le professeur de lettres et chrétien social Ozanam, le chimiste biologiste Pasteur (1822-1895), le médecin Récamier (1774-1852), le magistrat Riambourg (1776-1836), l’historien de l’art Rio (1797-1874)), l’archéologue de Saulcy (1807-1880), le journaliste Louis Veuillot (1818-1883) etc…

Le P. d’Alzon eut affaire à un prêtre savant mathématicien, ex-jésuite, l’abbé François Moigno (1804-1884) fondateur d’une belle revue de vulgarisation scientifique, la plus ancienne des revues scientifiques françaises, Le Cosmos (1852-1864)[52] dont la trajectoire devait croiser l’histoire de la Bonne Presse. Il y eut de même pourparlers en août 1858 avec un fameux abbé Paul Chantôme (1810-1877) publiciste, prédicateur, auteur d’ouvrages de dévotion[53]. Affaire sans suite. Le P. d’Alzon rencontra et fréquenta d’autres notabilités du monde des sciences religieuses dont Lacordaire, Mgr Affre (1793-1848), le fondateur en 1845 de l’Ecole des Hautes Etudes ecclésiastiques au couvent des Carmes ; il s’intéressa aux ateliers d’imprimerie de l’abbé Migne au Petit Montrouge qu’il visita[54] et d’où sortirent 1019 volumes en trente ans (dont les 369 de la Patrologie). Il entra en contact avec l’abbé François-Denis Martin (1814-1877), curé de Ferney entre 1855-1861, préoccupé comme lui d’apologétique anti-protestante[55]. C’est dans ce même contexte qu’il convient de situer les appréciations louangeuses que le P. d’Alzon porte par exemple sur l’œuvre apologétique d’un Auguste Nicolas, théologien laïque (1807-1888).

Donc la lecture de la presse, au sens large (journaux, périodiques, revues), fait partie des habitudes de vie d’Emmanuel d’Alzon depuis sa jeunesse. Il n’est pas seulement un lecteur passif, mais réactif et, en plus, à l’occasion, un rédacteur collaborateur[56] avec pour prédilection le champ des informations religieuses et ecclésiales, comme on le voit en ce qui concerne le choix d’ouvrages de sa bibliothèque[57].

 

Emmanuel d’Alzon, homme de presse, producteur et communicateur.

 

Plus encore, il convient maintenant d’aborder deux périodes particulières de la vie d’Emmanuel d’Alzon où il est entré directement dans le champ de la presse et du journalisme : les années 1848-1851 et la dernière décennie 1870-1880.

 

En février 1848, le P. d’Alzon est aux premières loges comme observateur de la Révolution parisienne qui renverse la Monarchie de Juillet et proclame la IIème République[58]. On sait que dans l’effervescence et même l’enthousiasme de ce mouvement politique, la presse connut un développement sans précédent mais éphémère. Il est évident que la promulgation du suffrage universel (masculin) y est pour beaucoup, chaque camp politique se donnant pour consigne d’informer l’opinion et de récolter le maximum de voix aux élections législatives à venir : « Ici, on s’agite beaucoup pour faire des journaux. Le P. Lacordaire veut en faire un, Montalembert un autre ; avec L’Univers cela fera trois. C’est absurde. J’ai promis mon concours pour procurer des fonds au P. Lacordaire, mais il n’y a pas moyen d’espérer le moindre succès ; ils ne veulent paraître que dans six semaines, et dans six semaines les élections seront faites. C’est amer de bêtise »[59]. Cette année 1848 qui fut très politique pour le P. d’Alzon[60], devenu ‘républicain du lendemain[61], ne confirme pas ses espérances : les sanglantes émeutes et répressions de juin renforcent le parti de l’Ordre, républicain de surface, conservateur dans l’âme ; les élections municipales de Nîmes en août boycottent la préférence du P. d’Alzon en faveur de listes de panachage confessionnel (liste d’union) ; les élections présidentielles de décembre ne donnent pas la victoire à son candidat, Cavaignac, mais à un dictateur en puissance, Louis Napoléon.

Et pourtant, pour diffuser ses idées, le P. d’Alzon n’a pas lésiné sur les moyens : il a lancé un journal à Nîmes en se faisant inspirateur et bailleur de fonds pour La liberté pour tous, quotidien tri-hebdomadaire, paru la première fois le mardi 21 mars 1848, sous la direction du gérant Eugène Germer-Durand, jusqu’au 31 décembre 1848. Il y donna 9 articles reproduits dans Lettres t. C, pages 664-700[62]. Idées politiques et aventure journalistique : même fiasco final ! Ces mésaventures, aggravées par le martyre des écus, vont éloigner pour un temps le P. d’Alzon et du journalisme et de la politique. On trouve ce titre de journal mentionné 17 fois dans les écrits du P. d’Alzon.

Autre tentative marquante de journalisme de la part du P. d’Alzon, la fondation en 1851 cette fois d’une revue spécialisée, dans le cadre de son combat en faveur de la liberté de l’enseignement : la R.E.C. ou Revue de l’enseignement chrétien[63]. Elle comporte deux séries, la première pour les années 1851-1855 (n° 1 du 1er novembre 1851 au n° 31 décembre 1854 et n° 1 janvier au n° 12 décembre 1855) et la 2ème de 1871 à 1877 (n° 1 mai 1871 à avril 1877) : les articles programmes sont du P. d’Alzon[64]. On peut dire d’elle qu’elle a innové : elle est en effet la première revue de ce type, et qu’elle a cherché à étendre le bénéfice de la loi Falloux d’abord dans le champ assez neuf des établissements autorisés par la loi de 1850, de façon à coordonner les efforts pour tirer le meilleur parti de la liberté accordée à l’enseignement secondaire par cette loi, puis  à partir de 1871 de préparer le vote en faveur de la liberté de l’enseignement supérieur (Laboulaye 1875). Son but étant atteint, elle s’est sabordée, pour renaître sous une autre forme, La Croix-Revue, pour un combat plus général.

 

C’est en effet dans la dernière décennie de sa vie que le P. d’Alzon a davantage pris conscience du rôle et du poids de la presse, sous l’influence certaine des deux ‘religieux parisiens’ (Picard et Vincent de Paul Bailly) qui ont établi et assis la congrégation dans la capitale. Jusque là, le journalisme était le fait du fondateur ; dorénavant il devient le fait d’une petite congrégation. En 1871 est décidée la reprise de la R.E.C. mais l’horizon du combat va grandissant, du champ de l’enseignement à celui de la société toute entière; en juillet 1873 avec la création modeste du petit bulletin Le Pèlerin au comité des pèlerinages de La Salette, le P. Vincent de Paul s’initie modestement au métier de journaliste qu’il a respiré toute sa jeunesse en famille ; à partir de janvier 1877 il transforme la publication en un véritable magazine d’actualité avec illustrations, caricatures, chronique politique ; le P. d’Alzon qui n’y apprécie pas le genre léger qu’il appelle zozo, accepte cependant d’y apporter sa contribution sous la forme d’une centaine d’homélies, écrits à partir de l’évangile des dimanches et fêtes[65] ; pour lui,  il ne s’agit plus seulement d’entraîner les foules dans les centres de pèlerinage, il faut planter le christianisme au cœur de la vie publique et former l’opinion publique trop souvent dégradée par la ‘mauvaise presse’ ; en 1875, le P. d’Alzon, de Nîmes, a senti la nécessité de diffuser un bulletin interne, L’Assomption, pour établir un lien entre les religieux dispersés et leurs activités multiples, développer un réseau de donateurs[66] ; en 1880, on hésite encore sur la marche à suivre en fondant la revue La Croix, perçue comme 3ème série de la R.E.C. (sous-titre) : périodique mensuel (3.000 ex.) se donnant pour programme de combattre la Révolution, c’est-à-dire le laïcisme athée : pour le P. d’Alzon, l’objectif du journalisme chrétien est clair, combattre. Pourtant la controverse autour du titre à choisir donne la mesure de l’obscurité dans laquelle baigne l’entreprise au départ : le P. d’Alzon écrit au P. Picard le 10 décembre 1879 :

« Vous avez pu voir si nous avons pris au sérieux l’idée de la Revue, mais le genre farce que l’on semble vouloir lui donner nous dégoûte assez. Reprenez le titre de Revue de l’enseignement chrétien. Tout à l’heure, en réponse à Charlemagne, P. Laurent a proposé Le roi Dagobert ; P. Edmond, Dagobert ou Pourceaugnac ; moi Le roi David. Charlemagne n’est-il pas un grand pot de chambre ? Nous tenons à être sérieux. Ni L’Apôtre ni Charlemagne ne le sont. Le P. Laurent fait comme moi, il désire que son article lui soit renvoyé, si le titre est absurde. Nous voulons à la Revue un autre genre que Le Pèlerin. Non que nous excluions quelques pages gaies, au contraire. Mais devant les circonstances si graves qui se préparent, il faut plus que le genre badin. Croyez-moi Le Lutteur était un bon titre. Nous avons autre chose à faire qu’à cabrioler. Les cabrioles amusent les bons, agacent les mauvais, mais laissent peu de fruit »[67].

La presse à l’Assomption ne peut avoir comme seule fin la distraction des masses, mais elle a à devenir, à, ses yeux, une véritable arme du combat apostolique. On entre dans le champ du militantisme.

Dans le sillage du Pèlerin et de La Croix-Revue[68] est née le 2 février 1880 une feuille hebdomadaire, La Vie des Saints[69], une sorte de supplément de dévotion qui devint par la suite une véritable publication autonome et fut même reprise en une série de volumes.

Avec cette ultime initiative, prend fin l’aventure journalistique du P. d’Alzon, mais il a passé la relève à ses fils de Paris qui, grâce à leurs multiples relations et à l’engagement de militants chrétiens laïcs, vont se lancer dans une aventure de presse collective qui n’est pas seulement une entreprise commerciale en plus d’un groupe d’édition, mais une passion partagée en vue de l’extension du Règne de Jésus-Christ.

 

© P. J.P. P.-M., octobre 2009.

 

 

 

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Le P. d’Alzon et la presse


[1] Sont sortis des presses Bayard des recueils coloriés 34 pages format PEE, 15 x 16 cm, collection Vienne Ton Règne : n° 1 Découvrir la spiritualité des Augustins de l’Assomption (P. Hervé Stéphan, nov. 2006) ; n° 2 Emmanuel d’Alzon fondateur des Augustins de l’Assomption et des Oblates de l’Assomption (P. J.-P. Périer-Muzet, 2007) ; n° 3 Pèlerinages en Terre sainte. Premiers pas d’une longue tradition des Augustins de l’Assomption (Yves Pitette, 62 p., oct. 2007) ; n° 4 A la suite du Christ avec Emmanuel d’Alzon (P. Claude Maréchal, 2007) ; n° 5 Etienne Pernet et Marie-Antoinette Fage fondateurs des Petites Sœurs de l’Assomption (P.S.A., mai 2008), n° 6 Avec saint Augustin, chercheurs de Dieu et passionnés de l’Eglise (P. J.-François Petit, mai 2008), n° 7 Isabelle de Clermont-Tonnerre et François Picard fondateurs des Orantes de l’Assomption (Ora, février 2009) ; n° 8 La prière à l’Assomption par le P. M-Bernard Kientz (nov. 2009) ; n° 9 Les plus beaux textes de saint Augustin par le P. Marcel Neusch (nov. 2009). Deux autres plaquettes sont prévues pour 2010 : Les Oblates de l’Assomption et L’œcuménisme… Mais ce n’est pas parce que l’on travaille à Bayard qu’on lit forcément tout ce qui sort de Bayard ou tout ce qui porte le label Bayard !

[2] Le chercheur peut se reporter aux Cahiers du Bicentenaire d’Alzon n ° 3 Emmanuel d’Alzon Bibliographie commentée et référencée Sources et travaux, éditions, traductions, Rome, 2007, 344 pages.

[3] Dans les locaux de l’Institut d’Alzon, établissement scolaire privé sous tutelle des Oblates de l’Assomption, au n° 28 de la rue Séguier (Nîmes).

[4] Le P. Emmanuel d’Alzon par lui-même. Anthologie alzonienne, t. I, Rome, 2003, chap. 52 : ‘Ah ! Si nous disposions d’un journal’, pages 253-256. Dans Emmanuel d’Alzon dans la société et l’Eglise du XIXe siècle, Actes du Colloque d’histoire 1980, publiés par Le Centurion, 1982 : article du P. Charles Monsch, Le Père d’Alzon et les débuts de la Bonne Presse, p. 279-300. Pages d’Archives, n° 7, octobre 1965, p. 475-570 (Les origines et les grandes étapes du journal La Croix)…

[5] Paul Castel, Le P. Picard et le P. Vincent de Paul Bailly dans les luttes de presse, Rome, 1962, 602 p. et les  principales biographies consacrées au P. Vincent de Paul Bailly par Lacoste, Michel Guy, Rémi Kokel, Adrien Pépin.

[6] Estimée à plus de 40.000 lettres dont plus de 8.000 conservées et publiées de 1923 à 2003 soit au total 18 volumes, représentant 10.412 pages imprimées, avec apparat critique et notes explicatives, complétées par deux tomes d’études (prosopographie : 1155 p. et géographie 661 p.). En plus deux tomes d’Anthologie (Le  d’Alzon par lui-même) ont été consacrés à l’étude de correspondances particulières du P. d’Alzon recouvrant tout l’espace de sa vie.

[7] Appartement dans l’Hôtel Crapelet, n° 9 rue de Vaugirard, d’octobre 1823 à mai 1830, à l’emplacement d’une école primaire publique de la ville de Paris de nos jours.

[8] En 1847 La Quotidienne fusionna avec La France et L’Echo français pour devenir L’Union monarchiste, dirigée par Pierre Sébastien Laurentie avec la collaboration de Poujoulat. En 1873, le comte de Chambord y fit paraître son fameux manifeste où en refusant le drapeau tricolore, il perdait ses chances d’une autre restauration monarchiste. Le journal continua sa parution jusqu’après la seconde guerre mondiale.

[9] Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 182 (9 janvier 1831) ; 189 (27 janvier 1831 ; 255 (3 janvier 1832) ; 260 (13 janvier 1832) ; 564 (15 mai 1834) ; 567 (20 mai 1834) ; 775 n. 1 (18 janvier 1835) ; t. C, p. 103 (13 août 1846).

[10] Journal cité 18 fois chez d’Alzon. C’est le plus ancien journal politique français, fondé en 1631 par Théophraste Renaudot : journal de la monarchie devenu l’officiel de tous les gouvernements depuis 1762 et contrôlé par le ministère, royaliste légitimiste sous la Restauration, propriété de M. de Genoude avec Janicot comme rédacteur en chef.

[11] Gazette provinciale pour Nîmes et le Gard, mentionnée 35 fois dans les écrits d’Alzon lequel mentionne aussi la Gazette du Midi (9 fois) et la Gazette du Bas-Languedoc (3 fois) qui a paru entre 1833 et 1852 pour devenir L’Opinion du Mid en 1871 : tout d’abord légitimiste, elle passait pour être la tribune officieuse de l’évêché. D’Alzon n’ignore pas non plus la presse gouvernementale ou républicaine du Gard et du Midi en général : Le Constitutionnel du Gard, né en 1831, journal des libéraux avancés ; Le Courrier du Gard (cité 9 fois), organe de la bourgeoisie protestante et orléaniste, organe prépondérant paru entre 1831 et 1873, rallié au second Empire comme L’Opinion du Midi (mais ce dernier dit ‘clérical, pro-évêché’) ; Le Midi, journal républicain et libéral et quotidien paru entre 1873 et 1887 ; Le Républicain du Gard, trihebdomadaire de 1848 à 1851. La suppression de l’autorisation préalable en 1868, celle du droit de timbre en 1870 et surtout la législation libératrice de 1881 permettent alors la création de nombreuses publications. Jean Watelet, Bibliographie de la presse française, Gard, n° 30, Paris (BN) 1985.

[12] Le Drapeau Blanc (cité 1 fois dans d’Alzon) est fondé en 1819 par le fougueux polémiste Martainville, partisan intransigeant de la Contre-Révolution, journal qui cessa de paraître en février 1827.

[13] Sous la Révolution, création de plus de 450 journaux, souvent éphémères. Le Journal des Débats et Le Moniteur Universel (1789), Le Globe (1814-1832), Le Constitutionnel (1815), Le Temps (1829) fondé par Coste dans une optique libérale, protestante et anti-catholique, repris par Nefftzer en 1842 avec une marque républicaine, Le National (1830), Le Siècle fondé en 1836 par Dutacq, journal républicain, Le Citoyen ( ?), La Presse, journal de Girardin fondé le 1er juillet 1836, premier quotidien moderne vendu au numéro 5 centimes etc... Sous Napoléon Ier, 13 quotidiens ; en 1848, 25 titres ; 12 en 1852 ; 60 en 1880 ; 12 en 1980 (Figaro, 1866 ; La Croix, 1883, L’Humanité 1904, Le Monde, 1944 ; Le Parisien libéré, 1944, n° 1 ; France-Soir 1944 ; Libération 1973 ; Info-matin 1994).

[14] On doit à Emmanuel Bailly la création d’une Maison de hautes études (1819), d’une Société des études littéraires et d’une Société des bonnes études (1825, Place de l’Estrapade), de la Conférence Saint-Vincent de Paul (1833). Il est important de souligner que les créateurs de presse catholique et journalistes de renom en ce début de XIXe s. sont très souvent des laïcs.

[15] Le Mémorial Catholique est une revue mensuelle publiée à partir de janvier 1824, première revue catholique de dimension européenne (avant la Revue des deux Mondes, née en 1829), animée par les abbés Gerbet, de Salinis, avec la collaboration de Affre, Lamennais, Martin de Noirlieu, O’Mahony, pour cesser de paraître fin août 1830 au bénéfice de L’Avenir. Revue citée 6 fois dans la correspondance d’Alzon.

[16] Encore un périodique de cette époque, mensuel qui parut de 1826 à 1830, fondé par un juif danois, formé au protestantisme et converti catholique, le baron d’Eckstein qui s’intéressait à l’universalité des connaissances humaines sous le point de vue de l’unité de doctrine, sorte d’équivalent de la revue Der Katholik de l’allemand Goerres. Cité 2 fois par d’Alzon. « Je lis en prenant des notes. En ce moment, j’ai une indigestion du Catholique du baron » : 9 janvier 1831 dans Lettres, t. A, p. 182.

[17] Le Correspondant, paru la première fois le 10 mars 1829, sous la forme d’un journal hebdomadaire, puis bi-hebdomadaire, monarchiste selon la Charte et dévoué à la cause catholique. Il laissa place à une revue mensuelle, La Revue européenne. Le Correspondant reparaît en 1843 et retrouve des couleurs sous le Second Empire avec Cochin, avec un esprit libéral, pour ne cesser de paraître qu’en 1933. C’est dans Le Correspondant qu’Emmanuel d’Alzon signa son premier article connu en juin 1829 intitulé la Fête-Dieu (Lettres, t. A, p. 27). On trouve ce journal cité 54 fois dans les écrits d’Alzon.

[18] Le célèbre journal lancé par Lamennais avec Gerbet, Lacordaire, Montalembert, dans un esprit catholique ultramontain et libéral (16 oct. 1830-15 nov. 1831) avait pour devise : Dieu et Liberté. Très anti-gallican et polémique, il suscita l’opposition des évêques dont beaucoup en interdirent la lecture dans les diocèses, mais aussi des théologiens effrayés de l’audace de certaines expressions et de l’incertitude orthodoxe de certaines idées émises. Le journal soutint les combats des catholiques en Belgique, en Irlande et en Pologne. Il compta 3.000 abonnés. D’Alzon put le consulter en cachette au grand séminaire de Montpellier. Cité 32 fois dans d’Alzon : « Je crois faire bien en n’allant pas à Paris, parce qu’entre L’Avenir et Le Correspondant, il me faudrait choisir, et j’aime mieux suspendre encore mon avis. Ni L’Avenir ni Le Correspondant ne me plaisent absolument. Je trouve l’un plus logique et l’autre plus généreux, l’un plus entraînant, l’autre plus habile dans la conduite de ses doctrines ; mais L’Avenir dit des sottises et des injures, il veut trop être seul » : 16 mai 1831 dans Lettres, t. A, p. 206.

[19] La Tribune Catholique (1832-1833), quotidien lancé par Bailly, tente sans succès après la mort de L’Avenir une sorte de synthèse entre les positions catholiques, la traditionnelle et la libérale. Le journal se fond en octobre 1833 avec L’Univers religieux lancé par Migne en septembre 1833. Cité trois fois chez d’Alzon : « J’ai reçu pendant trois mois la Tribune catholique, mais elle a fini par me paraître si faible que j’ai suspendu mon abonnement. Les doctrines me paraissaient bonnes, mais la manière dont elles étaient présentées m’a paru peu propre à la faire goûter » : 8 juin 1833 in Lettres, t. A, p. 415.

[20] La Revue européenne succède en septembre 1834 à la première formule du Correspondant, mais elle ne semble pas avoir duré plus de dix ans. Citée 26 fois dans d’Alzon : « J’aime assez la Revue européenne. En général, les articles qui me plaisent le plus sont ceux de Cazalès » : 24 février 1832 in Lettres, t. A, p. 271. Il se la fait passer au grand Séminaire de Montpellier sous le couvert de l’abbé Vernières.

[21] Le fameux journal fondé par Migne en 1833 va devenir avec Louis Veuillot en mars 1843 la véritable voix du clergé ultramontain pendant tout le XIXe siècle (tirage maximum 12. 000 ex.). On comprend que d’Alzon l’ait adopté avec enthousiasme. Suspendu entre 1860 et 1867 et remplacé par Le Monde de Taconet, il connut son apogée au concile Vatican I. Louis Veuillot paralysé en passa la direction à son frère Eugène en 1879. On sait que La Croix attendit la mort de Louis Veuillot (7 avril 1883) avant de paraître sous la forme d’un quotidien (16 juin 1883). Elise Veuillot créa un concurrent à L’Univers, La Vérité (1893-1907). Le journal L’Univers disparut en 1914. Cité 198 fois dans les écrits d’Alzon qui y a publié une notice nécrologique sur l’abbé Soulas, le 12 mai 1857..

[22] « J’ai reçu seulement The Month de juillet » : 30 juin 1875 in Lettres, t. XI, p. 150.

[23] « Avez-vous fait demander pour moi le Tablet (journal catholique anglais) ? Somme toute, je préférerais le Weekley [hebdomadaire], mais je n’ai plus ni l’un ni l’autre depuis le 1er février » : 6 avril 1859 in Lettres, t. III, p. 53.

[24] La Civiltà cattolica, citée 20 fois dans d’Alzon,  est la revue romaine de la Compagnie de Jésus, fondée en 1850 par les PP. Cucci et Vasco pour lutter contre la vague d’irréligion qui menaçait l’Italie. Elle prit au départ un ton conservateur déclaré : « Voudriez-vous m’abonner à la Civiltà cattolica ? Je ne prends pas la Correspondance [de Rome, organe de Mgr Chaillot fondé en 1848 pour soutenir les ultramontains français. Le P. d’Alzon le trouvait trop lié à Mgr Darboy et d’un ultramontanisme pâli] » : lettre du 7 janvier 1869 in Lettres, t. VII, p. 215. D’Alzon a donné cependant deux articles dans la Correspondance de Rome en 1861 : Lettres de Madrid.

[25] Les Etudes, citées 1 fois dans d’Alzon indirectement par le biais du P. Gagarin qui en fut avec son confrère Martinov l’un des animateurs et initiateurs principaux en 1856, revue de culture générale.

[26] Il Divin Salvatore, cité 9 fois dans les écrits d’Alzon, était une sorte de semaine religieuse de Rome, fondé en  in Lettres, t. XII, p. 1877 par Paolo Mencacci, contenant les nouvelles de la vie romaine : « Quand vous voudrez savoir la pensée romaine, vous la trouverez dans les Ultime Notizie du Divin Salvatore. Proposez-lui l’échange [avec Le Pèlerin] ou abonnez-vous » : lettre à V. de P. Bailly, 7 avril 1878 in Lettres d’Alzon, t. XII, p. 424.

[27] L’Osservatore ou l’Osservatore romano, cité 4 fois dans d’Alzon, est le nom du journal de nos jours officiel du Saint-Siège qui commença à paraître en juillet 1861, à la fois politique et religieux, journal officieux sous Pie IX dirigé par Marcantonio Pacelli, grand-père du futur Pie XII. Le journal fut acquis par le Vatican en 1890 sous Léon XIII. « Entendons-nous sur le journal français à Rome. Il a été question de deux. L’Echo de Rome, Moniteur du Vatican a joui d’un numéro, et puis il s’est replié dans l’ombre ; celui-là était fait par un curé français. L’autre devait s’appeler l’Observateur Romain. C’était la transformation de l’Osservatore que Franchi a voulu conserver » : lettre du 4 avril 1874 in Lettres d’Alzon, t. XII, p. 419.

[28] L’Unità Cattolica, cité une fois par d’Alzon : « Je connaissais l’article de l’Unità Cattolica. C’est à faire pitié. Trouver le salut dans le suffrage universel, c’est la pure folie. Mais tout doit se voir dans le temps présent » : lettre du 4 nov. 1878 dans Lettres d’Alzon, t. XII, p. 601-601.

[29] La Voce della Verità est la traduction italienne d’un journal français, La Voix de la vérité (1854-1857), encore fondé par l’abbé Migne, dont le rédacteur en chef fut l’abbé M.-Dominique Bouix (1808-1870), canoniste ultramontain, également rédacteur des Instutiones juris canonici et fondateur de la Revue des Sciences ecclésiastiques. D’autres revues et journaux ultramontains virent le jour à Rome : les Analecta juris canonici de Mgr Chaillot, également rédacteur de la Correspondance de Rome (citée 11 fois dans d’Alzon).

[30] Les semaines religieuses des diocèses ont commencé leur existence au milieu du XIXème siècle : celle de Nîmes, lancée en mars 1865 sous Mgr Plantier, où d’Alzon a souvent donné de la copie, est citée par lui 95 fois, ce qui ne l’empêchait pas de s’en moquer en l’appelant l’encensoir officiel (lettre du 21 juillet 1866, Lettres d’Alzon, t. VI, p. 101).

[31] Petite feuille missionnaire du bulletin de l’œuvre de la Propagation de la foi, fondé en 1822 à Lyon par Pauline Jaricot, lien entre les associés donnant des nouvelles des missions. L’abbé d’Alzon fut directeur diocésain de l’œuvre pendant une dizaine d’années. Citée 4 fois dans les écrits d’Alzon, ainsi à Galabert le 18 mai 1864 « La lettre que vous m’avez adressée est on ne peut plus intéressante ; je la fais mettre au net et je la donnerai aux Annales de la Propagation de la foi ou aux Œuvres d’Orient, selon que je le trouverai plus intéressant dans notre sens » : Lettres d’Alzon, t. V, p. 56.

[32] Autre bulletin missionnaire liée à l’œuvre d’Orient fondée en 1856 par Cauchy, Lenormand et Lavigerie. Le P. d’Alzon en fut l’animateur et le diffuseur dans le diocèse de Nîmes. Cité deux fois dont cette lettre du 18 juillet 1865 à Galabert : « Envoyez-moi le plus tôt possible l’esquisse historique dont vous me parlez ; ce qui sera très intéressant pour le bulletin des Annales des écoles d’Orient »  Lettres d’Alzon, t. V, p. 362.

[33] Revue catholique de philosophie fondée en 1830 par Augustin Bonnety (1798-1879) qui soutint les théories fidéistes et traditionalistes analogues à celles de Bautain qui attaquaient la scolastique où il voyait une forme de rationalisme. Revue citée 16 fois par d’Alzon auquel il arriva de donner des articles à publier. Elle se maintint jusqu’en 1913. D’Alzon y a publié en 1838 et 1839 trois articles-recensions : sur le saint Jean Chrisostome de Gaume, sur les Stromates de saint Clément d’Alexandrie par de Genoude et sur un livre de Combalot, La connaissance de Jésus-Christ. En 1835 Bonnetty avait publié la lettre de d’Alzon du 18 janvier à sa sœur sur la découuverte de corps martyrs aux catacombes.

[34] L’Université catholique, citée 4 fois dans les écrits d’Alzon, est une revue fondée en 1836 par l’abbés Gerbet pour les besoins d’un enseignement supérieur qui ne peut alors être dispensé dans des facultés libres de ce rang, seulement autorisées en 1875. Elle fut absorbée en 1855 par les Annales de philosophie chrétienne de Bonnetty. Le P. d’Alzon a gardé toute la collection. Il y a publié en 1838 une recension du livre de Görres sur Athanase.

[35] Ce bulletin, cité 6 fois dans d’Alzon, est celui de l’œuvre du même nom fondée en 1856-1857 à l’initiative notamment du P. d’Alzon par Mgr de Ségur pour combattre l’esprit libéral et maçonnique grâce au réseau des écoles catholiques et des œuvres de jeunesse. D’Alzon y a publié en 1866-1867 six articles sur le mouvement religieux en Angleterre.

[36] Cité trois fois par d’Alzon, le Polybiblion est la Revue bibliographique universelle lancée en 1868 par la Société bibliographique de M. de Beaucourt (1833-1924) déjà créateur en 1866 de la Revue des questions historiques (1866-1939). On voit que le P. d’Alzon  a proposé des collaborateurs à la revue de M. de Beaucourt : « Veuillez dire à M. de Beaucourt que l’abbé Gilly, supérieur du petit séminaire de Beaucaire, accepte de lui faire des comptes-rendus sur tous les livres théologiques, mais surtout sur les livres exégétiques latins et allemands qu’il désirera ; que M. l’abbé de Cabrières lui fait la même proposition, surtout pour les livres anglais ; M. Durand rechigne un peu, à cause de sa manie du parfait » lettre du 11 mars 1869 à Picard dans t. VII, p. 277.

[37] La Revue des Bibliothèques paroissiales, revue hebdomadaire (1850-1857 ?), citée 9 fois dans les écrits d’Alzon est née dans le sillage de l’œuvre du même nom, créée par l’abbé-chanoine Louis-Marie Bernard dit d’Avignon (1808-1895) mais natif de l’Ain, publiciste auteur de petites brochures de propagande catholique et de colportage à destination des campagnes. « Depuis que le Mémoire ci-joint est rédigé, l’archevêque de Reims [Gousset] me presse de me charger de la direction d’une revue théologique, que l’on voulait d’abord confier à Bonnetty. Cette revue subsiste déjà. On en parle dans le Mémoire et l’on pense qu’à Avignon sous la protection d’un archevêque romain [Debelay], on sera plus libre pour tout dire » au nonce Fornari, 15 février 1853 in Lettres, t. I, p. 241. L’abbé d’Alzon qui écrivit dans la revue deux articles en 1853, propagea l’œuvre dans le diocèse de Nîmes.

[38] La Revue du Monde catholique, citée à 4 reprises dans d’Alzon, a été fondée bimensuelle à Paris en 1861 par des membres laïcs et prêtres de L’Univers, parue sous ce titre jusqu’en 1910, puis de 1921 à 1925, avec pour objectif la défense de l’Eglise, au service de la religion : à V. de P. Bailly, le 20 sept. 1880 « Avez-vous remarqué que la Revue du monde catholique devient plus intéressante depuis l’apparition de La Croix ? On vous redoute » Lettres, t. 13, p. 409.

[39]Elle est à porter à l’actif de l’abbé Bouix déjà mentionné. Lancée en 1860 à Arras et passée en 1893 sous la direction de professeurs de l’Institut catholique de Lille, fusionnée en 1906 avec La Science catholique, elle a vécu jusqu’en 1910. Citée 6 fois par d’Alzon : « Je décachète ma lettre pour vous dire que je viens de lire deux articles du P. Montrouzier, dans la Revue des sciences ecclésiastiques, juin et juillet 69, sur les confesseurs des religieuses » : lettre du 16 août 1869 à M..M. E. de J. in Lettres d’Alzon, t. VII, p. 387.

[40] Journal cité à trois reprises. Périodique royaliste publié à Montpellier entre 1831 et 1834 : « L’on va publier, à Montpellier, un journal sous le titre de Mélanges Occitaniques. Si vous ne le connaissez pas déjà au Correspondant, je vous donnerai des détails sur son esprit, son but etc… quand j’aurai été à Montpellier » lettre du 9 janvier 1831 à d’Esgrigny in Lettres, t. A, p. 183.

[41] Revue catholique du Languedoc, citée à 24 reprises dans d’Alzon, bimensuel lancé en mars 1859 où d’Alzon publia quelques articles dont une riposte contre le pasteur Puaux, supprimée en 1861 lors de l’affrontement avec le pouvoir sur la question des Etats de l’Eglise et une présentation du livre de Wiseman. « La future Revue catholique de Nîmes compte seulement dans la ville plus de 300 abonnés. Le département, à coup sûr, en fournira autant, et avec cela nous pourrons marcher » 6 avril 1859 à Picard, Lettres t. III, p. 53.

[42] Le Messager du Midi, quotidien montpelliérain (1848-1892), cité dans d’Alzon deux fois. Danjou a aussi créé en 1845 la Revue de la Musique religieuse, populaire et classique (1845-1849). « J’écrirai à Veuillot pour Poujoulat. Si celui-ci veut m’envoyer un exemplaire  de Saint Augustin, je lui ferai un article pour le Messager du Midi qui a cinq à six mille abonnés » : 10 mars 1858 in Lettres, t. II, p. 404-405.

[43] Reprise éphémère par Baragnon (février 1862-janvier 1863) de la Revue catholique de Nîmes. 7 mentions dans d’Alzon qui y a publié un article en 1862 sur saint Augustin et la liberté de conscience.

[44] Aucune allusion dans Lettres d’Alzon, t. III !  Pour l’événement, se reporter au récit donné dans L’Assomption [de Nîmes], 1er juin 1876, n° 35, pages 82-84. Anthologie, t. II, chap. 30, pages 142-146 (Le Père d’Alzon et son ami le poète Jean Reboul 1859).

[45] Ligne établie entre Alès et Beaucaire. On dit que le nouveau vicaire général fut de la cérémonie d’inauguration, le 14 mars 1839 jour de son installation en titre !

[46] « J’ai vu des téléphones. Le P. Vincent de Paul ne rêve que téléphones. Je vous en procurerai quand ils auront été suffisamment perfectionnés » : lettre du 7 février 1878 dans Lettres, t. XII, p. 305.

[47] Le télégraphe optique remonte à Chappe en juillet 1793 ; on commença les premiers essais de télégraphie électrique en France en 1844.

[48] « Le P. Emmanuel vous aura remis deux daguerréotypes de votre serviteur : ils remontent à 1838 ou 1840, au plus tard, si je ne me trompe » : lettre du 15 avril 1869 in Lettres, t. VII, p. 294. Le célèbre Disraéli est venu à Nîmes, au collège de l’Assomption, en 1852-1853 et Nîmes a eu son atelier photographique avec Antoine Crespon..

[49] « Voulez-vous que je vous donne quelque chose de ma retraite pour une machine à coudre ? On dit que ces machines font l’ouvrage de quatre ouvrières » lettre du 23 janvier 1869 dans Lettres, t. VII, p. 230.

[50] Lettre du 15 juillet 1850 : t. C, p. 589. Lors du siège parisien de 1870, on développe l’aérostation militaire et le ballon postal.

[51] Lettre du 11 octobre 1875 : tome XI, p. 270. La lanterne magique est un appareil de projection qui agrandit sur écran grâce à une source lumineuse, la lumière oxhydrique, des images peintes sur verre.

[52] Le Cosmos, cité deux fois dans d’Alzon, fut repris par la Bonne Presse en 1884. Le frère des PP. Bailly, Bernard (1835-1920) en devint le directeur, l’améliora et l’agrandit. La revue Le Cosmos de la B.P. a vécu de 1885 à 1914 ; elle reparut e n 1922 et supprimée en 1935. Bayard a tenté de ressusciter en 1995 un magazine de vulgarisation scientifique de même type,  Euréka, essai sans lendemain.

[53] Cet abbé républicain écrivit dans L’Ere nouvelle et fonda la Revue des réformes et du progrès (juin-déc. 1849), Le Drapeau du peuple, journal, de la démocratie et du socialisme chrétien (+ juin 1850).

[54] Samedi 12 juillet 1845 : Lettres, t. B, pages 525.

[55] Lettres, t. II, p. 137 n. 2 ; 155 n. 3, 156, p. 219…

[56] Dans ce domaine, je pense que l’on est loin d’avoir prospecté tous les possibles articles inédits du P. d’Alzon dans la presse de son époque : souvent les articles n’étaient pas signés et pour ce qui est de ceux que nous  avons pu signaler, on le doit exclusivement au fait que le P. d’Alzon y a fait allusion dans sa correspondance conservée. Ainsi la découverte des Lettres de Madrid dans La Correspondance de Rome de juin 1861 ne remonte qu’à l’année 1993 : cf Lettres d’Alzon, t. XV, p. 110-124.

[57] A supposer que la bibliothèque personnelle du P. d’Alzon ait été intégralement ou partiellement fondue dans celle du collège de l’Assomption de Nîmes, il reste impossible, en dehors d’un inventaire détaillé constitué en 1857, d’en préciser le contenu exact en raison des déménagements, partitions, démembrements et pertes qu’elle a subis au cours du temps : 1880, 1909, 1968. Une partie qui avait échoué au Vigan, a été rassemblée et inventoriée à partir de 2005 à Rome où elle a pris place dans une salle-musée consacrée à cet effet.

[58] Le P. d’Alzon arrive à Paris le 15 janvier 1848 où il demeure jusqu’au 13 mars pour n’être à Nîmes que le 17. Le but de ce voyage est l’obtention du plein exercice pour son collège que lui promet son compatriote M. Guizot, rencontré le 17 février.

[59] Lettres du P. d’Alzon, t. C, pages 323-324. Le premier numéro de L’Ere nouvelle journal chrétien du trio Lacordaire, Ozanam et Maret, libéral et social, est daté du 15 avril 1848 ; mais Lacordaire se retira de la direction en septembre. En 1849, un légitimiste, de La Rochejacquelein, racheta le journal qui disparut le 15 avril 1849. Montalembert et le Comité central pour la défense religieuse lancèrent une feuille bihebdomadaire, L’Election populaire. Les élections législatives au suffrage universel et au scrutin de liste départementale de 1848 eurent lieu le 23/24 avril 1848 avec 16% d’abstentions seulement. 880 députés ; victoire des républicains modérés avec 600 élus, 200 légitimistes et catholiques. Echec des socialistes avec une centaine d’élus seulement. Pour le Gard, 10 députés. Le 10 décembre 1848, élection du président de la République au suffrage universel : 5. 434. 280 voix à Louis Napoléon et 1. 448. 100 à Cavaignac.

[60] L’évêque de Nîmes, Mgr Cart, aurait bien voulu que le P. d’Alzon se porte candidat à la députation, mais le vicaire général a résisté à cette pression.

[61] Par cette expression on désigne ceux qui acceptent de fait le régime républicain né après la révolution de 1848, non pour des raisons idéologiques, mais par opportunisme. D’Alzon en fait partie, en posant la condition que le nouveau régime respecte l’Eglise et développe à son bénéfice les libertés promises par la Charte. Cette étiquette lui coûta cher, en plus de la crise financière : des familles légitimistes retirèrent leurs enfants du collège.

[62] Le titre primitif prévu était La Démocratie catholique, avec un programme religieux et républicain. Le journal coûtait 20 francs d’abonnement annuel, il ne tira au mieux qu’à 500 numéros. Les élèves du collège en firent la critique avec une feuille de potache intitulée : La liberté entre quatre murs !

1.      Adresse aux habitants de Paris, samedi 25  mars 1848, La Liberté pour tous n° 3.

2.      Ce que nous sommes, jeudi 30 mars 1848, La Liberté pour tous  n° 5. Lettres, t. C, p. 329.

3.      A propos d’une lettre d’Hippolyte Carnot, jeudi 30 mars 1848, La Liberté pour tous  n° 5. Lettres, t. C, p. 329.

4.      Du maintien de tous les droits par l’union et la liberté : mardi 11 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 10. Lettres, t. C, p. 334.

5.      Au rédacteur de ‘La Liberté pour tous’ : mardi 11 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 10. Lettres, t. C, p. 334.

6.      Les élections législatives : jeudi 27 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 18. Lettres, t. C, p. 338-339.

7.      Aux catholiques de Nîmes : mardi 2 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 21. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 683 n. 1.

8.      Aux protestants de Nîmes : mardi 9 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 24. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 683 n. 1, 687 n. 1.

9.      Emeute de mai : samedi 20 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 31. Voir à son sujet Lettres, t. C, 692 n. 1.

10.  Erratum : vendredi 28 juillet 1848, La Liberté pour tous  n° 67.  Lettres, t. C, p. 363.

11.  Les élections municipales : dimanche 20 août 1848, La Liberté pour tous  n° 79. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 696-697 n. 1.

Ce journal de La Liberté pour tous a fait l’objet d’une étude spécifique par André Pezziardi, Université Paul Valéry de Montpellier : Un journal catholique et démocrate en 1848 : La Liberté pour tous, 1977, 101 p.

[63] Malheureusement cette Revue n’a jamais fait l’objet d’une étude un tant soit peu spécifique alors qu’elle le mériterait. Le P. d’Alzon qui avait aussi en tête son projet d’une Université libre catholique Saint-Augustin à Nîmes, avait un moment espéré acquérir la revue mensuelle L’Université catholique passée aux mains de Bonnetty dont le but était semblable. On se contenta dans l’immédiat à Nîmes de publier avec le concours des professeurs du collège de l’Assomption une collection d’auteurs classiques chrétiens, textes latins et grecs, dans l’esprit de ce qu’allait entreprendre Gaume. La contribution du P. d’Alzon pour la R.E.C., de 1851 à 1877 constitue un volume de 308 pages dans le Corpus Causae.

[64] On trouve 71 citations du titre ou allusions à la revue dans les écrits du P. d’Alzon. Description globale de la collection (1ère formule : Nîmes-Paris : 1851-1855 : 31 numéros de la série I en 3 volumes 1851-déc. 1854 : 660 pages + 784 p. + ; 768 p. puis une série II en 1 volume 1855, 12 numéros,  767 pages, donc 4 vol. pour 1851-1855 ; 2ème formule : Paris : 1871-1877, nouvelle série en XI volumes (vol. I : 1871 n° 1 à 6, vol. II 1871-1872 n° 7 à 12, vol. III 1872 n° 13 à 18, vol IV 1872-1873 n° 19 à 24, 640 p., volume V 1873 n° 25 à 30, 586 p., vol. VI 1873-1874, n° 31 à36, 576 p., vol. VII 1874 n° 37 à 42, 576 p., vol. VIII 1874-1875, n° 43 à 48, 574 p., t. IX 1875 n° 49 à 54, 576 p., t. X 1875-1876 n° 55 à 60, 584 p., vol. XI, 1876, six numéros, 576 p., vol. XII 1876-1877 six numéros 568 p., vol . XII  : au total pour cette série 1871-1877 : une collection de 12 volumes. Chaque numéro possède une table analytique du contenu. Mais le nombre d’abonnements trop faible n’a jamais dépassé les 450.

[65] Au total une centaine de prônes et 14 articles sur des sujets divers, ce qui représente un volume de 346 pages dans le Corpus Causae. Il y eut annuellement une table des matières et des gravures jusqu’en 1915 inclus. Jusqu’en 1895 inclus, la pagination est continue. On est passé des centaines d’abonnés de 1873 à 80. 000 en 1879 pour culminer à 500.000 dans les années 1950-1960. L’Almanach du Pèlerin est créé en 1879, son succès fut rapide et l’on dépassa rapidement les 500. 000 exemplaires.

[66] Cette revue, appelée L’Assomption de Nîmes (1875-1879), publiée au profit de l’œuvre de N.-D. des Vocations, pour la différencier d’une autre postérieure aujourd’hui déjà centenaire (fondée en 1897) dite L’Assomption et ses œuvres, comporte beaucoup d’articles du P. d’Alzon dont les connus Mémoires d’un ancien de la vieille Assomption, encore repris dans Souvenirs en 1893. Au total 48 numéros, consultables grâce à trois tables (I 213-216 ; II 389-396 ; III 382-388. Texte imprimé chez Lafare à Nîmes.

[67] Lettres du P. d’Alzon, t. XIII, p. 230. Il y eut au moins  douze réunions préparatoires auxquelles ont participé le P. d’Alzon et les AA de Paris, de décembre 1879 à mai 1880 (CD 325).

[68] Le P. d’Alzon a donné dans La Croix-Revue une série d’articles, consacrés notamment à la Russie et à la persécution religieuse en France, au total un volume représentant 236 pages : ce sont là ses derniers écrits, notamment l’article intitulé Etat-Dieu, paru dans le n° de novembre 1880, p. 497-501, article souvent republié ailleurs. Revue savante, renouvelant la Revue de l’Enseignement chrétien : l’ensemble forme une collection de trois volumes 1880-1883 : t. I 1880-1881, n° 1 à 12, 986 pages ; t. II 1881-1882 n° 13 à 24, 964 pages ; t. III juin 1882 à avril 1883 n° 25 à 35, 880 pages avec à chaque tome une table analytique des matières et des gravures

[69] Le P. d’Alzon a écrit en 1880 la Préface de cette publication et quelques notices dont à coup sûr : n° 4 Saint Benoît, n° 5 Sainte Scholastique, n° 6 Saint Patrice et n° 32 Sainte Agnès. Par la suite la formule devint autonome et on brocha des séries par mois.

Le P. d’Alzon et la presse

 

Ce serait faire injure à des journalistes et à des employés de la maison Bayard que d’y faire passer le P. d’Alzon ou l’Assomption pour de célèbres inconnus[1] ! Et cependant la fonction de la mémoire dans une grande entreprise comme la vôtre qui absorbe quotidiennement l’actualité à haute dose, ne peut être surchargée par le poids sans cesse alourdi de son passé. Je remercie donc l’organisateur de ces conférences, Robert Migliorini, pour l’occasion qui m’est donnée en ces lieux de raviver la figure du P. d’Alzon dans le cadre du bicentenaire de sa naissance (1810-2010) ou de son jubilé.

Je ne vous infligerai pas le rappel des grandes étapes de la vie du P. d’Alzon que l’on trouve maintenant bien détaillées grâce aux ressources d’Internet (www.assomption.org) et à un ensemble de fiches actualisées. Le site qu’a mis en forme depuis une vingtaine d’années le Frère Didier Remiot, est enrichi d’une belle bibliothèque[2] qui peut satisfaire les curiosités les plus exigeantes. A l’occasion des célébrations du Bicentenaire, un ‘musée-lieu de mémoire’ va être inauguré à Nîmes rue Séguier[3], accessible également au public, selon une conception moderne mise en œuvre par un scénographe professionnel, M. Henri Rouvière, de Montpellier.

Ce qui m’a paru le plus approprié pour ce matin et le plus inédit aussi, c’est à propos du P. d’Alzon d’évoquer sa pratique de la presse. Ses opinions et ses convictions à ce sujet ont souvent été traitées soit directement[4] soit à travers la présentation des premiers assomptionnistes ‘journalistes’[5], il n’est pas nécessaire d’y revenir. Leur but est clair : la presse est vue comme outil apostolique d’évangélisation . Par contre l’évocation du P. d’Alzon, homme de presse : lecteur-consommateur et producteur-informateur, mérite le détour, même s’il serait hasardeux et abusif de le qualifier lui-même de journaliste ou de figure du journalisme du XIXème siècle.

 

Emmanuel d’Alzon, lecteur-consommateur de presse.

 

Nous connaissons bien les us et coutumes de la vie quotidienne d’Emmanuel d’Alzon, adolescent, adulte et senior, grâce à son abondante correspondance[6] maintenant intégralement publiée. C’est la consultation par voie informatique de cette masse documentaire (indexation : Titres des périodiques) qui m’a permis de vérifier une donnée statistique essentielle, à savoir que l’on trouve mentionnés pas moins d’une centaine de titres de revues, périodiques et journaux dans sa correspondance conservée de 1822 à 1880 ! Dois-je vous en infliger l’énumération indigeste ? J’ai cru préférable de la relever dans une note avec toutes les occurrences pour les tenants de la critique et de l’acribie textuelle, et de privilégier pour vous une petite présentation synthétique avec à l’occasion l’une ou l’autre citation alzonienne pour assaisonner le menu !

 

Il y a d’abord la catégorie des journaux-quotidiens qu’un homme de condition se doit de fréquenter, selon la nuance politique de son milieu : au château de Lavagnac comme au domicile parisien de la rue de Vaugirard[7], les d’Alzon royalistes sont abonnés à La Quotidienne[8], organe monarchiste par excellence, lancé en 1790 par M. de Coutouly, transformé en 1792 en Tableau de Paris, supprimé sous le Consulat  et ressuscité en 1814 par Joseph-François Michaud. La Quotidienne, à partir de 1830 se transforma en feuille d’opposition légitimiste au gouvernement de Juillet. Emmanuel s’en fait l’écho 6 fois entre 1831 et 1846[9]. Il ne semble pas avoir été un inconditionnel de la ligne politique du journal si l’on en juge cette réflexion de janvier 1831 à son ami d’Esgrigny : « La Quotidienne m'assomme, quand elle ne me fait pas rire ». Il est vrai que le royalisme nuance légitimiste d’E. d’Alzon est devenu mennaisien, anti-gallican : primat absolu du religieux sur toute attache ou préférence politique. Il en va de même pour son appréciation sur La Gazette de France[10], feuille-mère de toutes les Gazettes de province dont celle de Nîmes[11] et du Bas-Languedoc. Le jugement de d’Alzon est sans appel ou sans pitié pour la Gazette ou encore le Drapeau Blanc[12] : « La méprisable, l’hypocrite Gazette : on n’y prend la religion que comme une arme de parti, qu’on délaisse si elle veut être autre chose » : t. A, p. 260 (janvier 1832). L’information d’E. d’Alzon ne se limite cependant pas aux journaux royalistes, il fréquente aussi à l’occasion la presse gouvernementale, notamment les gros titres et gros tirages : Le National (6 mentions), Le Journal des débats (5 mentions), Le Constitutionnel (5 mentions), Le Moniteur universel ((16 mentions), Le Messager (6 mentions), Le Siècle (3 mentions), Le Globe (2 mentions), La Presse (8 mentions), Le Citoyen[13] (16 mentions) ou encore bien sûr les titres régionaux : Le Courrier du Gard (9 mentions), journal de la préfecture à Nîmes adversaire de L’Opinion du Midi (15 mentions), ne fût-ce que pour les besoins de la polémique.

 

Comment expliquer cet intérêt précoce du jeune d’Alzon pour la presse ? Depuis 1828, il fréquente les salons, réunions et conférences de M. Bailly (1794-1861)[14], créateur de presse et éditeur catholique impressionnant. Dans ce groupe de jeunes étudiants, on collabore activement à une pléïade de revues très actives, toutes confessionnelles, plutôt agressives d’après le ton général de la presse de l’époque : Le Mémorial catholique (1824)[15], Le Catholique (1826)[16], Le Correspondant (1829)[17], L’Avenir (1830)[18], La Tribune catholique (1831)[19], La Revue européenne[20]sans oublier un ‘monument contemporain’ : L’Univers (1833)[21]. Un jeune étudiant comme lui ne peut manquer de se lancer à fond dans les débats et controverses de la société. Durant les années de son séminaire (1832-1833), il va être sevré de lectures ‘mondaines’, car elles sont filtrées à la porte ; mais il a trop goûté aux joies et au poids de la presse pour oublier.

Cette faim d’information par la presse chez d’Alzon est accompagnée de la constitution d’une véritable bibliothèque dans le but approfondir sa soif de culture et de compréhension du monde contemporain. La dominante des ouvrages est d’ordre littéraire, religieux, philosophique et théologique, mais avec deux caractéristiques fortes : intérêt pour les questions d’actualité et ouverture au champ européen. D’Alzon lit aisément l’italien, suffisamment l’anglais et s’est mis avec ardeur à l’allemand, en plus des langues bibliques (latin, grec, hébreu). Il n’est pas étonnant de trouver mention de journaux-revues anglais (The Month[22][Moine], The Tablet[23] [Journal]) et italiens (La Civiltà cattolica[24] des Jésuites italiens (équivalent des Etudes[25]), Il Divin Salvatore[26], L’Osservatore[27], L’Unità cattolica[28], La Voce della verità[29]…) sa vie durant. A la fin de sa vie, on le verra passionné dans ses articles donnés au Pèlerin par tout ce qui touche à l’Amérique ou à la Russie, préoccupation apostolique oblige et référence à un horizon catholique romain, ‘ultramontain’, se voulant vraiment universel.

Bien entendu la formation proprement théologique et les fonctions directement ecclésiales du P. d’Alzon lui font fréquenter des revues proprement ecclésiastiques et les bulletins d’informations religieuses donnés dans des revues, à commencer par la Semaine religieuse de Nîmes[30], les Annales de la Propagation de la Foi[31], les Annales des Ecoles d’Orient[32], les Annales de philosophie chrétienne de Bonnetty[33], L’Université catholique[34], le Bulletin de l’Association catholique de Saint-François de Sales[35], le Polybiblion[36], la Revue des Bibliothèques paroissiales[37], la Revue du Monde catholique[38], la Revue des sciences ecclésiastiques[39] etc… La création des Instituts catholiques en France ne commence qu’en 1875, on peut relever la relative faiblesse des instruments de formation et de réflexion proprement théologiques dans l’aire culturelle française, si on la compare à la vigueur allemande. Prolifèrent surtout des bulletins de piété, de mouvements, d’associations et d’œuvres en toutes directions. Pour autant le P. d’Alzon n’a jamais cessé de prêcher en faveur d’une solide formation intellectuelle, religieuse et théologique de la jeunesse, du clergé et des congréganistes. Il a beaucoup lu plume à la main.

Enfin son intérêt pour tout ce qui concerne une presse régionale spécifique n’est pas vain : il guette la parution des Mélanges occitaniques[40], donne des articles à la jeune Revue catholique du Languedoc[41], encourage la fondation du Messager du Midi repris par le musicologue Danjou[42] et des Annales catholiques de Nîmes[43]. On sait par ailleurs qu’il a accueilli avec éclat le groupe du Félibrige (Mistral, Aubanel et Roumanille salués par Reboul) dans son collège le 12 mars 1859[44], marquant ainsi son intérêt pour la renaissance de la culture occitane.

Il reste une petite interrogation à nous poser sur ce qui pourrait nous paraître comme une lacune dans ce tour d’horizon de la presse à propos du P. d’Alzon et de son époque, l’absence de références marquées à une culture technique ou scientifique. Soyons rassurés : le P. d’Alzon n’était pas technophobe : il a même été l’un des premiers à sauter dans un train (1839)[45], à découvrir le téléphone (1878)[46], à utiliser le télégraphe électrique des 1848[47], à être photographié (daguerréotypes de 1838-1839)[48], à acheter une machine à coudre pour les Oblates (1869)[49]… Il est parfaitement au courant des applications touristiques, postales et militaires de l’aérostation[50]. Le P. Germer-Durand lui fait découvrir à Paris en 1875 le procédé de la lanterne magique[51]. S’il est vrai qu’au XIXème siècle le débat entre science et foi est obscurci par les prétentions du scientisme, le monde du clergé ne fait pas spécialement preuve d’inhibition devant les conquêtes de la science qui compta nombre de croyants illustres comme le physicien Ampère (1775-1836), le physicien Biot (1774-1862), le mathématicien Cauchy (1789-1857), le paléontologue protestant Cuvier (1769-1832), le paléontologue Albert Gaudry (1827-1908), l’archéologue Laborde (1807-1869), le médecin Laënnec (1781-1826), l’archéologue Lenormant (1802-1859), l’homme politique et écrivain Ch. de Montalembert (1810-1870), le professeur de lettres et chrétien social Ozanam, le chimiste biologiste Pasteur (1822-1895), le médecin Récamier (1774-1852), le magistrat Riambourg (1776-1836), l’historien de l’art Rio (1797-1874)), l’archéologue de Saulcy (1807-1880), le journaliste Louis Veuillot (1818-1883) etc…

Le P. d’Alzon eut affaire à un prêtre savant mathématicien, ex-jésuite, l’abbé François Moigno (1804-1884) fondateur d’une belle revue de vulgarisation scientifique, la plus ancienne des revues scientifiques françaises, Le Cosmos (1852-1864)[52] dont la trajectoire devait croiser l’histoire de la Bonne Presse. Il y eut de même pourparlers en août 1858 avec un fameux abbé Paul Chantôme (1810-1877) publiciste, prédicateur, auteur d’ouvrages de dévotion[53]. Affaire sans suite. Le P. d’Alzon rencontra et fréquenta d’autres notabilités du monde des sciences religieuses dont Lacordaire, Mgr Affre (1793-1848), le fondateur en 1845 de l’Ecole des Hautes Etudes ecclésiastiques au couvent des Carmes ; il s’intéressa aux ateliers d’imprimerie de l’abbé Migne au Petit Montrouge qu’il visita[54] et d’où sortirent 1019 volumes en trente ans (dont les 369 de la Patrologie). Il entra en contact avec l’abbé François-Denis Martin (1814-1877), curé de Ferney entre 1855-1861, préoccupé comme lui d’apologétique anti-protestante[55]. C’est dans ce même contexte qu’il convient de situer les appréciations louangeuses que le P. d’Alzon porte par exemple sur l’œuvre apologétique d’un Auguste Nicolas, théologien laïque (1807-1888).

Donc la lecture de la presse, au sens large (journaux, périodiques, revues), fait partie des habitudes de vie d’Emmanuel d’Alzon depuis sa jeunesse. Il n’est pas seulement un lecteur passif, mais réactif et, en plus, à l’occasion, un rédacteur collaborateur[56] avec pour prédilection le champ des informations religieuses et ecclésiales, comme on le voit en ce qui concerne le choix d’ouvrages de sa bibliothèque[57].

 

Emmanuel d’Alzon, homme de presse, producteur et communicateur.

 

Plus encore, il convient maintenant d’aborder deux périodes particulières de la vie d’Emmanuel d’Alzon où il est entré directement dans le champ de la presse et du journalisme : les années 1848-1851 et la dernière décennie 1870-1880.

 

En février 1848, le P. d’Alzon est aux premières loges comme observateur de la Révolution parisienne qui renverse la Monarchie de Juillet et proclame la IIème République[58]. On sait que dans l’effervescence et même l’enthousiasme de ce mouvement politique, la presse connut un développement sans précédent mais éphémère. Il est évident que la promulgation du suffrage universel (masculin) y est pour beaucoup, chaque camp politique se donnant pour consigne d’informer l’opinion et de récolter le maximum de voix aux élections législatives à venir : « Ici, on s’agite beaucoup pour faire des journaux. Le P. Lacordaire veut en faire un, Montalembert un autre ; avec L’Univers cela fera trois. C’est absurde. J’ai promis mon concours pour procurer des fonds au P. Lacordaire, mais il n’y a pas moyen d’espérer le moindre succès ; ils ne veulent paraître que dans six semaines, et dans six semaines les élections seront faites. C’est amer de bêtise »[59]. Cette année 1848 qui fut très politique pour le P. d’Alzon[60], devenu ‘républicain du lendemain[61], ne confirme pas ses espérances : les sanglantes émeutes et répressions de juin renforcent le parti de l’Ordre, républicain de surface, conservateur dans l’âme ; les élections municipales de Nîmes en août boycottent la préférence du P. d’Alzon en faveur de listes de panachage confessionnel (liste d’union) ; les élections présidentielles de décembre ne donnent pas la victoire à son candidat, Cavaignac, mais à un dictateur en puissance, Louis Napoléon.

Et pourtant, pour diffuser ses idées, le P. d’Alzon n’a pas lésiné sur les moyens : il a lancé un journal à Nîmes en se faisant inspirateur et bailleur de fonds pour La liberté pour tous, quotidien tri-hebdomadaire, paru la première fois le mardi 21 mars 1848, sous la direction du gérant Eugène Germer-Durand, jusqu’au 31 décembre 1848. Il y donna 9 articles reproduits dans Lettres t. C, pages 664-700[62]. Idées politiques et aventure journalistique : même fiasco final ! Ces mésaventures, aggravées par le martyre des écus, vont éloigner pour un temps le P. d’Alzon et du journalisme et de la politique. On trouve ce titre de journal mentionné 17 fois dans les écrits du P. d’Alzon.

Autre tentative marquante de journalisme de la part du P. d’Alzon, la fondation en 1851 cette fois d’une revue spécialisée, dans le cadre de son combat en faveur de la liberté de l’enseignement : la R.E.C. ou Revue de l’enseignement chrétien[63]. Elle comporte deux séries, la première pour les années 1851-1855 (n° 1 du 1er novembre 1851 au n° 31 décembre 1854 et n° 1 janvier au n° 12 décembre 1855) et la 2ème de 1871 à 1877 (n° 1 mai 1871 à avril 1877) : les articles programmes sont du P. d’Alzon[64]. On peut dire d’elle qu’elle a innové : elle est en effet la première revue de ce type, et qu’elle a cherché à étendre le bénéfice de la loi Falloux d’abord dans le champ assez neuf des établissements autorisés par la loi de 1850, de façon à coordonner les efforts pour tirer le meilleur parti de la liberté accordée à l’enseignement secondaire par cette loi, puis  à partir de 1871 de préparer le vote en faveur de la liberté de l’enseignement supérieur (Laboulaye 1875). Son but étant atteint, elle s’est sabordée, pour renaître sous une autre forme, La Croix-Revue, pour un combat plus général.

 

C’est en effet dans la dernière décennie de sa vie que le P. d’Alzon a davantage pris conscience du rôle et du poids de la presse, sous l’influence certaine des deux ‘religieux parisiens’ (Picard et Vincent de Paul Bailly) qui ont établi et assis la congrégation dans la capitale. Jusque là, le journalisme était le fait du fondateur ; dorénavant il devient le fait d’une petite congrégation. En 1871 est décidée la reprise de la R.E.C. mais l’horizon du combat va grandissant, du champ de l’enseignement à celui de la société toute entière; en juillet 1873 avec la création modeste du petit bulletin Le Pèlerin au comité des pèlerinages de La Salette, le P. Vincent de Paul s’initie modestement au métier de journaliste qu’il a respiré toute sa jeunesse en famille ; à partir de janvier 1877 il transforme la publication en un véritable magazine d’actualité avec illustrations, caricatures, chronique politique ; le P. d’Alzon qui n’y apprécie pas le genre léger qu’il appelle zozo, accepte cependant d’y apporter sa contribution sous la forme d’une centaine d’homélies, écrits à partir de l’évangile des dimanches et fêtes[65] ; pour lui,  il ne s’agit plus seulement d’entraîner les foules dans les centres de pèlerinage, il faut planter le christianisme au cœur de la vie publique et former l’opinion publique trop souvent dégradée par la ‘mauvaise presse’ ; en 1875, le P. d’Alzon, de Nîmes, a senti la nécessité de diffuser un bulletin interne, L’Assomption, pour établir un lien entre les religieux dispersés et leurs activités multiples, développer un réseau de donateurs[66] ; en 1880, on hésite encore sur la marche à suivre en fondant la revue La Croix, perçue comme 3ème série de la R.E.C. (sous-titre) : périodique mensuel (3.000 ex.) se donnant pour programme de combattre la Révolution, c’est-à-dire le laïcisme athée : pour le P. d’Alzon, l’objectif du journalisme chrétien est clair, combattre. Pourtant la controverse autour du titre à choisir donne la mesure de l’obscurité dans laquelle baigne l’entreprise au départ : le P. d’Alzon écrit au P. Picard le 10 décembre 1879 :

« Vous avez pu voir si nous avons pris au sérieux l’idée de la Revue, mais le genre farce que l’on semble vouloir lui donner nous dégoûte assez. Reprenez le titre de Revue de l’enseignement chrétien. Tout à l’heure, en réponse à Charlemagne, P. Laurent a proposé Le roi Dagobert ; P. Edmond, Dagobert ou Pourceaugnac ; moi Le roi David. Charlemagne n’est-il pas un grand pot de chambre ? Nous tenons à être sérieux. Ni L’Apôtre ni Charlemagne ne le sont. Le P. Laurent fait comme moi, il désire que son article lui soit renvoyé, si le titre est absurde. Nous voulons à la Revue un autre genre que Le Pèlerin. Non que nous excluions quelques pages gaies, au contraire. Mais devant les circonstances si graves qui se préparent, il faut plus que le genre badin. Croyez-moi Le Lutteur était un bon titre. Nous avons autre chose à faire qu’à cabrioler. Les cabrioles amusent les bons, agacent les mauvais, mais laissent peu de fruit »[67].

La presse à l’Assomption ne peut avoir comme seule fin la distraction des masses, mais elle a à devenir, à, ses yeux, une véritable arme du combat apostolique. On entre dans le champ du militantisme.

Dans le sillage du Pèlerin et de La Croix-Revue[68] est née le 2 février 1880 une feuille hebdomadaire, La Vie des Saints[69], une sorte de supplément de dévotion qui devint par la suite une véritable publication autonome et fut même reprise en une série de volumes.

Avec cette ultime initiative, prend fin l’aventure journalistique du P. d’Alzon, mais il a passé la relève à ses fils de Paris qui, grâce à leurs multiples relations et à l’engagement de militants chrétiens laïcs, vont se lancer dans une aventure de presse collective qui n’est pas seulement une entreprise commerciale en plus d’un groupe d’édition, mais une passion partagée en vue de l’extension du Règne de Jésus-Christ.

 

© P. J.P. P.-M., octobre 2009.

 

 

 

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Le P. d’Alzon et la presse


[1] Sont sortis des presses Bayard des recueils coloriés 34 pages format PEE, 15 x 16 cm, collection Vienne Ton Règne : n° 1 Découvrir la spiritualité des Augustins de l’Assomption (P. Hervé Stéphan, nov. 2006) ; n° 2 Emmanuel d’Alzon fondateur des Augustins de l’Assomption et des Oblates de l’Assomption (P. J.-P. Périer-Muzet, 2007) ; n° 3 Pèlerinages en Terre sainte. Premiers pas d’une longue tradition des Augustins de l’Assomption (Yves Pitette, 62 p., oct. 2007) ; n° 4 A la suite du Christ avec Emmanuel d’Alzon (P. Claude Maréchal, 2007) ; n° 5 Etienne Pernet et Marie-Antoinette Fage fondateurs des Petites Sœurs de l’Assomption (P.S.A., mai 2008), n° 6 Avec saint Augustin, chercheurs de Dieu et passionnés de l’Eglise (P. J.-François Petit, mai 2008), n° 7 Isabelle de Clermont-Tonnerre et François Picard fondateurs des Orantes de l’Assomption (Ora, février 2009) ; n° 8 La prière à l’Assomption par le P. M-Bernard Kientz (nov. 2009) ; n° 9 Les plus beaux textes de saint Augustin par le P. Marcel Neusch (nov. 2009). Deux autres plaquettes sont prévues pour 2010 : Les Oblates de l’Assomption et L’œcuménisme… Mais ce n’est pas parce que l’on travaille à Bayard qu’on lit forcément tout ce qui sort de Bayard ou tout ce qui porte le label Bayard !

[2] Le chercheur peut se reporter aux Cahiers du Bicentenaire d’Alzon n ° 3 Emmanuel d’Alzon Bibliographie commentée et référencée Sources et travaux, éditions, traductions, Rome, 2007, 344 pages.

[3] Dans les locaux de l’Institut d’Alzon, établissement scolaire privé sous tutelle des Oblates de l’Assomption, au n° 28 de la rue Séguier (Nîmes).

[4] Le P. Emmanuel d’Alzon par lui-même. Anthologie alzonienne, t. I, Rome, 2003, chap. 52 : ‘Ah ! Si nous disposions d’un journal’, pages 253-256. Dans Emmanuel d’Alzon dans la société et l’Eglise du XIXe siècle, Actes du Colloque d’histoire 1980, publiés par Le Centurion, 1982 : article du P. Charles Monsch, Le Père d’Alzon et les débuts de la Bonne Presse, p. 279-300. Pages d’Archives, n° 7, octobre 1965, p. 475-570 (Les origines et les grandes étapes du journal La Croix)…

[5] Paul Castel, Le P. Picard et le P. Vincent de Paul Bailly dans les luttes de presse, Rome, 1962, 602 p. et les  principales biographies consacrées au P. Vincent de Paul Bailly par Lacoste, Michel Guy, Rémi Kokel, Adrien Pépin.

[6] Estimée à plus de 40.000 lettres dont plus de 8.000 conservées et publiées de 1923 à 2003 soit au total 18 volumes, représentant 10.412 pages imprimées, avec apparat critique et notes explicatives, complétées par deux tomes d’études (prosopographie : 1155 p. et géographie 661 p.). En plus deux tomes d’Anthologie (Le  d’Alzon par lui-même) ont été consacrés à l’étude de correspondances particulières du P. d’Alzon recouvrant tout l’espace de sa vie.

[7] Appartement dans l’Hôtel Crapelet, n° 9 rue de Vaugirard, d’octobre 1823 à mai 1830, à l’emplacement d’une école primaire publique de la ville de Paris de nos jours.

[8] En 1847 La Quotidienne fusionna avec La France et L’Echo français pour devenir L’Union monarchiste, dirigée par Pierre Sébastien Laurentie avec la collaboration de Poujoulat. En 1873, le comte de Chambord y fit paraître son fameux manifeste où en refusant le drapeau tricolore, il perdait ses chances d’une autre restauration monarchiste. Le journal continua sa parution jusqu’après la seconde guerre mondiale.

[9] Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 182 (9 janvier 1831) ; 189 (27 janvier 1831 ; 255 (3 janvier 1832) ; 260 (13 janvier 1832) ; 564 (15 mai 1834) ; 567 (20 mai 1834) ; 775 n. 1 (18 janvier 1835) ; t. C, p. 103 (13 août 1846).

[10] Journal cité 18 fois chez d’Alzon. C’est le plus ancien journal politique français, fondé en 1631 par Théophraste Renaudot : journal de la monarchie devenu l’officiel de tous les gouvernements depuis 1762 et contrôlé par le ministère, royaliste légitimiste sous la Restauration, propriété de M. de Genoude avec Janicot comme rédacteur en chef.

[11] Gazette provinciale pour Nîmes et le Gard, mentionnée 35 fois dans les écrits d’Alzon lequel mentionne aussi la Gazette du Midi (9 fois) et la Gazette du Bas-Languedoc (3 fois) qui a paru entre 1833 et 1852 pour devenir L’Opinion du Mid en 1871 : tout d’abord légitimiste, elle passait pour être la tribune officieuse de l’évêché. D’Alzon n’ignore pas non plus la presse gouvernementale ou républicaine du Gard et du Midi en général : Le Constitutionnel du Gard, né en 1831, journal des libéraux avancés ; Le Courrier du Gard (cité 9 fois), organe de la bourgeoisie protestante et orléaniste, organe prépondérant paru entre 1831 et 1873, rallié au second Empire comme L’Opinion du Midi (mais ce dernier dit ‘clérical, pro-évêché’) ; Le Midi, journal républicain et libéral et quotidien paru entre 1873 et 1887 ; Le Républicain du Gard, trihebdomadaire de 1848 à 1851. La suppression de l’autorisation préalable en 1868, celle du droit de timbre en 1870 et surtout la législation libératrice de 1881 permettent alors la création de nombreuses publications. Jean Watelet, Bibliographie de la presse française, Gard, n° 30, Paris (BN) 1985.

[12] Le Drapeau Blanc (cité 1 fois dans d’Alzon) est fondé en 1819 par le fougueux polémiste Martainville, partisan intransigeant de la Contre-Révolution, journal qui cessa de paraître en février 1827.

[13] Sous la Révolution, création de plus de 450 journaux, souvent éphémères. Le Journal des Débats et Le Moniteur Universel (1789), Le Globe (1814-1832), Le Constitutionnel (1815), Le Temps (1829) fondé par Coste dans une optique libérale, protestante et anti-catholique, repris par Nefftzer en 1842 avec une marque républicaine, Le National (1830), Le Siècle fondé en 1836 par Dutacq, journal républicain, Le Citoyen ( ?), La Presse, journal de Girardin fondé le 1er juillet 1836, premier quotidien moderne vendu au numéro 5 centimes etc... Sous Napoléon Ier, 13 quotidiens ; en 1848, 25 titres ; 12 en 1852 ; 60 en 1880 ; 12 en 1980 (Figaro, 1866 ; La Croix, 1883, L’Humanité 1904, Le Monde, 1944 ; Le Parisien libéré, 1944, n° 1 ; France-Soir 1944 ; Libération 1973 ; Info-matin 1994).

[14] On doit à Emmanuel Bailly la création d’une Maison de hautes études (1819), d’une Société des études littéraires et d’une Société des bonnes études (1825, Place de l’Estrapade), de la Conférence Saint-Vincent de Paul (1833). Il est important de souligner que les créateurs de presse catholique et journalistes de renom en ce début de XIXe s. sont très souvent des laïcs.

[15] Le Mémorial Catholique est une revue mensuelle publiée à partir de janvier 1824, première revue catholique de dimension européenne (avant la Revue des deux Mondes, née en 1829), animée par les abbés Gerbet, de Salinis, avec la collaboration de Affre, Lamennais, Martin de Noirlieu, O’Mahony, pour cesser de paraître fin août 1830 au bénéfice de L’Avenir. Revue citée 6 fois dans la correspondance d’Alzon.

[16] Encore un périodique de cette époque, mensuel qui parut de 1826 à 1830, fondé par un juif danois, formé au protestantisme et converti catholique, le baron d’Eckstein qui s’intéressait à l’universalité des connaissances humaines sous le point de vue de l’unité de doctrine, sorte d’équivalent de la revue Der Katholik de l’allemand Goerres. Cité 2 fois par d’Alzon. « Je lis en prenant des notes. En ce moment, j’ai une indigestion du Catholique du baron » : 9 janvier 1831 dans Lettres, t. A, p. 182.

[17] Le Correspondant, paru la première fois le 10 mars 1829, sous la forme d’un journal hebdomadaire, puis bi-hebdomadaire, monarchiste selon la Charte et dévoué à la cause catholique. Il laissa place à une revue mensuelle, La Revue européenne. Le Correspondant reparaît en 1843 et retrouve des couleurs sous le Second Empire avec Cochin, avec un esprit libéral, pour ne cesser de paraître qu’en 1933. C’est dans Le Correspondant qu’Emmanuel d’Alzon signa son premier article connu en juin 1829 intitulé la Fête-Dieu (Lettres, t. A, p. 27). On trouve ce journal cité 54 fois dans les écrits d’Alzon.

[18] Le célèbre journal lancé par Lamennais avec Gerbet, Lacordaire, Montalembert, dans un esprit catholique ultramontain et libéral (16 oct. 1830-15 nov. 1831) avait pour devise : Dieu et Liberté. Très anti-gallican et polémique, il suscita l’opposition des évêques dont beaucoup en interdirent la lecture dans les diocèses, mais aussi des théologiens effrayés de l’audace de certaines expressions et de l’incertitude orthodoxe de certaines idées émises. Le journal soutint les combats des catholiques en Belgique, en Irlande et en Pologne. Il compta 3.000 abonnés. D’Alzon put le consulter en cachette au grand séminaire de Montpellier. Cité 32 fois dans d’Alzon : « Je crois faire bien en n’allant pas à Paris, parce qu’entre L’Avenir et Le Correspondant, il me faudrait choisir, et j’aime mieux suspendre encore mon avis. Ni L’Avenir ni Le Correspondant ne me plaisent absolument. Je trouve l’un plus logique et l’autre plus généreux, l’un plus entraînant, l’autre plus habile dans la conduite de ses doctrines ; mais L’Avenir dit des sottises et des injures, il veut trop être seul » : 16 mai 1831 dans Lettres, t. A, p. 206.

[19] La Tribune Catholique (1832-1833), quotidien lancé par Bailly, tente sans succès après la mort de L’Avenir une sorte de synthèse entre les positions catholiques, la traditionnelle et la libérale. Le journal se fond en octobre 1833 avec L’Univers religieux lancé par Migne en septembre 1833. Cité trois fois chez d’Alzon : « J’ai reçu pendant trois mois la Tribune catholique, mais elle a fini par me paraître si faible que j’ai suspendu mon abonnement. Les doctrines me paraissaient bonnes, mais la manière dont elles étaient présentées m’a paru peu propre à la faire goûter » : 8 juin 1833 in Lettres, t. A, p. 415.

[20] La Revue européenne succède en septembre 1834 à la première formule du Correspondant, mais elle ne semble pas avoir duré plus de dix ans. Citée 26 fois dans d’Alzon : « J’aime assez la Revue européenne. En général, les articles qui me plaisent le plus sont ceux de Cazalès » : 24 février 1832 in Lettres, t. A, p. 271. Il se la fait passer au grand Séminaire de Montpellier sous le couvert de l’abbé Vernières.

[21] Le fameux journal fondé par Migne en 1833 va devenir avec Louis Veuillot en mars 1843 la véritable voix du clergé ultramontain pendant tout le XIXe siècle (tirage maximum 12. 000 ex.). On comprend que d’Alzon l’ait adopté avec enthousiasme. Suspendu entre 1860 et 1867 et remplacé par Le Monde de Taconet, il connut son apogée au concile Vatican I. Louis Veuillot paralysé en passa la direction à son frère Eugène en 1879. On sait que La Croix attendit la mort de Louis Veuillot (7 avril 1883) avant de paraître sous la forme d’un quotidien (16 juin 1883). Elise Veuillot créa un concurrent à L’Univers, La Vérité (1893-1907). Le journal L’Univers disparut en 1914. Cité 198 fois dans les écrits d’Alzon qui y a publié une notice nécrologique sur l’abbé Soulas, le 12 mai 1857..

[22] « J’ai reçu seulement The Month de juillet » : 30 juin 1875 in Lettres, t. XI, p. 150.

[23] « Avez-vous fait demander pour moi le Tablet (journal catholique anglais) ? Somme toute, je préférerais le Weekley [hebdomadaire], mais je n’ai plus ni l’un ni l’autre depuis le 1er février » : 6 avril 1859 in Lettres, t. III, p. 53.

[24] La Civiltà cattolica, citée 20 fois dans d’Alzon,  est la revue romaine de la Compagnie de Jésus, fondée en 1850 par les PP. Cucci et Vasco pour lutter contre la vague d’irréligion qui menaçait l’Italie. Elle prit au départ un ton conservateur déclaré : « Voudriez-vous m’abonner à la Civiltà cattolica ? Je ne prends pas la Correspondance [de Rome, organe de Mgr Chaillot fondé en 1848 pour soutenir les ultramontains français. Le P. d’Alzon le trouvait trop lié à Mgr Darboy et d’un ultramontanisme pâli] » : lettre du 7 janvier 1869 in Lettres, t. VII, p. 215. D’Alzon a donné cependant deux articles dans la Correspondance de Rome en 1861 : Lettres de Madrid.

[25] Les Etudes, citées 1 fois dans d’Alzon indirectement par le biais du P. Gagarin qui en fut avec son confrère Martinov l’un des animateurs et initiateurs principaux en 1856, revue de culture générale.

[26] Il Divin Salvatore, cité 9 fois dans les écrits d’Alzon, était une sorte de semaine religieuse de Rome, fondé en  in Lettres, t. XII, p. 1877 par Paolo Mencacci, contenant les nouvelles de la vie romaine : « Quand vous voudrez savoir la pensée romaine, vous la trouverez dans les Ultime Notizie du Divin Salvatore. Proposez-lui l’échange [avec Le Pèlerin] ou abonnez-vous » : lettre à V. de P. Bailly, 7 avril 1878 in Lettres d’Alzon, t. XII, p. 424.

[27] L’Osservatore ou l’Osservatore romano, cité 4 fois dans d’Alzon, est le nom du journal de nos jours officiel du Saint-Siège qui commença à paraître en juillet 1861, à la fois politique et religieux, journal officieux sous Pie IX dirigé par Marcantonio Pacelli, grand-père du futur Pie XII. Le journal fut acquis par le Vatican en 1890 sous Léon XIII. « Entendons-nous sur le journal français à Rome. Il a été question de deux. L’Echo de Rome, Moniteur du Vatican a joui d’un numéro, et puis il s’est replié dans l’ombre ; celui-là était fait par un curé français. L’autre devait s’appeler l’Observateur Romain. C’était la transformation de l’Osservatore que Franchi a voulu conserver » : lettre du 4 avril 1874 in Lettres d’Alzon, t. XII, p. 419.

[28] L’Unità Cattolica, cité une fois par d’Alzon : « Je connaissais l’article de l’Unità Cattolica. C’est à faire pitié. Trouver le salut dans le suffrage universel, c’est la pure folie. Mais tout doit se voir dans le temps présent » : lettre du 4 nov. 1878 dans Lettres d’Alzon, t. XII, p. 601-601.

[29] La Voce della Verità est la traduction italienne d’un journal français, La Voix de la vérité (1854-1857), encore fondé par l’abbé Migne, dont le rédacteur en chef fut l’abbé M.-Dominique Bouix (1808-1870), canoniste ultramontain, également rédacteur des Instutiones juris canonici et fondateur de la Revue des Sciences ecclésiastiques. D’autres revues et journaux ultramontains virent le jour à Rome : les Analecta juris canonici de Mgr Chaillot, également rédacteur de la Correspondance de Rome (citée 11 fois dans d’Alzon).

[30] Les semaines religieuses des diocèses ont commencé leur existence au milieu du XIXème siècle : celle de Nîmes, lancée en mars 1865 sous Mgr Plantier, où d’Alzon a souvent donné de la copie, est citée par lui 95 fois, ce qui ne l’empêchait pas de s’en moquer en l’appelant l’encensoir officiel (lettre du 21 juillet 1866, Lettres d’Alzon, t. VI, p. 101).

[31] Petite feuille missionnaire du bulletin de l’œuvre de la Propagation de la foi, fondé en 1822 à Lyon par Pauline Jaricot, lien entre les associés donnant des nouvelles des missions. L’abbé d’Alzon fut directeur diocésain de l’œuvre pendant une dizaine d’années. Citée 4 fois dans les écrits d’Alzon, ainsi à Galabert le 18 mai 1864 « La lettre que vous m’avez adressée est on ne peut plus intéressante ; je la fais mettre au net et je la donnerai aux Annales de la Propagation de la foi ou aux Œuvres d’Orient, selon que je le trouverai plus intéressant dans notre sens » : Lettres d’Alzon, t. V, p. 56.

[32] Autre bulletin missionnaire liée à l’œuvre d’Orient fondée en 1856 par Cauchy, Lenormand et Lavigerie. Le P. d’Alzon en fut l’animateur et le diffuseur dans le diocèse de Nîmes. Cité deux fois dont cette lettre du 18 juillet 1865 à Galabert : « Envoyez-moi le plus tôt possible l’esquisse historique dont vous me parlez ; ce qui sera très intéressant pour le bulletin des Annales des écoles d’Orient »  Lettres d’Alzon, t. V, p. 362.

[33] Revue catholique de philosophie fondée en 1830 par Augustin Bonnety (1798-1879) qui soutint les théories fidéistes et traditionalistes analogues à celles de Bautain qui attaquaient la scolastique où il voyait une forme de rationalisme. Revue citée 16 fois par d’Alzon auquel il arriva de donner des articles à publier. Elle se maintint jusqu’en 1913. D’Alzon y a publié en 1838 et 1839 trois articles-recensions : sur le saint Jean Chrisostome de Gaume, sur les Stromates de saint Clément d’Alexandrie par de Genoude et sur un livre de Combalot, La connaissance de Jésus-Christ. En 1835 Bonnetty avait publié la lettre de d’Alzon du 18 janvier à sa sœur sur la découuverte de corps martyrs aux catacombes.

[34] L’Université catholique, citée 4 fois dans les écrits d’Alzon, est une revue fondée en 1836 par l’abbés Gerbet pour les besoins d’un enseignement supérieur qui ne peut alors être dispensé dans des facultés libres de ce rang, seulement autorisées en 1875. Elle fut absorbée en 1855 par les Annales de philosophie chrétienne de Bonnetty. Le P. d’Alzon a gardé toute la collection. Il y a publié en 1838 une recension du livre de Görres sur Athanase.

[35] Ce bulletin, cité 6 fois dans d’Alzon, est celui de l’œuvre du même nom fondée en 1856-1857 à l’initiative notamment du P. d’Alzon par Mgr de Ségur pour combattre l’esprit libéral et maçonnique grâce au réseau des écoles catholiques et des œuvres de jeunesse. D’Alzon y a publié en 1866-1867 six articles sur le mouvement religieux en Angleterre.

[36] Cité trois fois par d’Alzon, le Polybiblion est la Revue bibliographique universelle lancée en 1868 par la Société bibliographique de M. de Beaucourt (1833-1924) déjà créateur en 1866 de la Revue des questions historiques (1866-1939). On voit que le P. d’Alzon  a proposé des collaborateurs à la revue de M. de Beaucourt : « Veuillez dire à M. de Beaucourt que l’abbé Gilly, supérieur du petit séminaire de Beaucaire, accepte de lui faire des comptes-rendus sur tous les livres théologiques, mais surtout sur les livres exégétiques latins et allemands qu’il désirera ; que M. l’abbé de Cabrières lui fait la même proposition, surtout pour les livres anglais ; M. Durand rechigne un peu, à cause de sa manie du parfait » lettre du 11 mars 1869 à Picard dans t. VII, p. 277.

[37] La Revue des Bibliothèques paroissiales, revue hebdomadaire (1850-1857 ?), citée 9 fois dans les écrits d’Alzon est née dans le sillage de l’œuvre du même nom, créée par l’abbé-chanoine Louis-Marie Bernard dit d’Avignon (1808-1895) mais natif de l’Ain, publiciste auteur de petites brochures de propagande catholique et de colportage à destination des campagnes. « Depuis que le Mémoire ci-joint est rédigé, l’archevêque de Reims [Gousset] me presse de me charger de la direction d’une revue théologique, que l’on voulait d’abord confier à Bonnetty. Cette revue subsiste déjà. On en parle dans le Mémoire et l’on pense qu’à Avignon sous la protection d’un archevêque romain [Debelay], on sera plus libre pour tout dire » au nonce Fornari, 15 février 1853 in Lettres, t. I, p. 241. L’abbé d’Alzon qui écrivit dans la revue deux articles en 1853, propagea l’œuvre dans le diocèse de Nîmes.

[38] La Revue du Monde catholique, citée à 4 reprises dans d’Alzon, a été fondée bimensuelle à Paris en 1861 par des membres laïcs et prêtres de L’Univers, parue sous ce titre jusqu’en 1910, puis de 1921 à 1925, avec pour objectif la défense de l’Eglise, au service de la religion : à V. de P. Bailly, le 20 sept. 1880 « Avez-vous remarqué que la Revue du monde catholique devient plus intéressante depuis l’apparition de La Croix ? On vous redoute » Lettres, t. 13, p. 409.

[39]Elle est à porter à l’actif de l’abbé Bouix déjà mentionné. Lancée en 1860 à Arras et passée en 1893 sous la direction de professeurs de l’Institut catholique de Lille, fusionnée en 1906 avec La Science catholique, elle a vécu jusqu’en 1910. Citée 6 fois par d’Alzon : « Je décachète ma lettre pour vous dire que je viens de lire deux articles du P. Montrouzier, dans la Revue des sciences ecclésiastiques, juin et juillet 69, sur les confesseurs des religieuses » : lettre du 16 août 1869 à M..M. E. de J. in Lettres d’Alzon, t. VII, p. 387.

[40] Journal cité à trois reprises. Périodique royaliste publié à Montpellier entre 1831 et 1834 : « L’on va publier, à Montpellier, un journal sous le titre de Mélanges Occitaniques. Si vous ne le connaissez pas déjà au Correspondant, je vous donnerai des détails sur son esprit, son but etc… quand j’aurai été à Montpellier » lettre du 9 janvier 1831 à d’Esgrigny in Lettres, t. A, p. 183.

[41] Revue catholique du Languedoc, citée à 24 reprises dans d’Alzon, bimensuel lancé en mars 1859 où d’Alzon publia quelques articles dont une riposte contre le pasteur Puaux, supprimée en 1861 lors de l’affrontement avec le pouvoir sur la question des Etats de l’Eglise et une présentation du livre de Wiseman. « La future Revue catholique de Nîmes compte seulement dans la ville plus de 300 abonnés. Le département, à coup sûr, en fournira autant, et avec cela nous pourrons marcher » 6 avril 1859 à Picard, Lettres t. III, p. 53.

[42] Le Messager du Midi, quotidien montpelliérain (1848-1892), cité dans d’Alzon deux fois. Danjou a aussi créé en 1845 la Revue de la Musique religieuse, populaire et classique (1845-1849). « J’écrirai à Veuillot pour Poujoulat. Si celui-ci veut m’envoyer un exemplaire  de Saint Augustin, je lui ferai un article pour le Messager du Midi qui a cinq à six mille abonnés » : 10 mars 1858 in Lettres, t. II, p. 404-405.

[43] Reprise éphémère par Baragnon (février 1862-janvier 1863) de la Revue catholique de Nîmes. 7 mentions dans d’Alzon qui y a publié un article en 1862 sur saint Augustin et la liberté de conscience.

[44] Aucune allusion dans Lettres d’Alzon, t. III !  Pour l’événement, se reporter au récit donné dans L’Assomption [de Nîmes], 1er juin 1876, n° 35, pages 82-84. Anthologie, t. II, chap. 30, pages 142-146 (Le Père d’Alzon et son ami le poète Jean Reboul 1859).

[45] Ligne établie entre Alès et Beaucaire. On dit que le nouveau vicaire général fut de la cérémonie d’inauguration, le 14 mars 1839 jour de son installation en titre !

[46] « J’ai vu des téléphones. Le P. Vincent de Paul ne rêve que téléphones. Je vous en procurerai quand ils auront été suffisamment perfectionnés » : lettre du 7 février 1878 dans Lettres, t. XII, p. 305.

[47] Le télégraphe optique remonte à Chappe en juillet 1793 ; on commença les premiers essais de télégraphie électrique en France en 1844.

[48] « Le P. Emmanuel vous aura remis deux daguerréotypes de votre serviteur : ils remontent à 1838 ou 1840, au plus tard, si je ne me trompe » : lettre du 15 avril 1869 in Lettres, t. VII, p. 294. Le célèbre Disraéli est venu à Nîmes, au collège de l’Assomption, en 1852-1853 et Nîmes a eu son atelier photographique avec Antoine Crespon..

[49] « Voulez-vous que je vous donne quelque chose de ma retraite pour une machine à coudre ? On dit que ces machines font l’ouvrage de quatre ouvrières » lettre du 23 janvier 1869 dans Lettres, t. VII, p. 230.

[50] Lettre du 15 juillet 1850 : t. C, p. 589. Lors du siège parisien de 1870, on développe l’aérostation militaire et le ballon postal.

[51] Lettre du 11 octobre 1875 : tome XI, p. 270. La lanterne magique est un appareil de projection qui agrandit sur écran grâce à une source lumineuse, la lumière oxhydrique, des images peintes sur verre.

[52] Le Cosmos, cité deux fois dans d’Alzon, fut repris par la Bonne Presse en 1884. Le frère des PP. Bailly, Bernard (1835-1920) en devint le directeur, l’améliora et l’agrandit. La revue Le Cosmos de la B.P. a vécu de 1885 à 1914 ; elle reparut e n 1922 et supprimée en 1935. Bayard a tenté de ressusciter en 1995 un magazine de vulgarisation scientifique de même type,  Euréka, essai sans lendemain.

[53] Cet abbé républicain écrivit dans L’Ere nouvelle et fonda la Revue des réformes et du progrès (juin-déc. 1849), Le Drapeau du peuple, journal, de la démocratie et du socialisme chrétien (+ juin 1850).

[54] Samedi 12 juillet 1845 : Lettres, t. B, pages 525.

[55] Lettres, t. II, p. 137 n. 2 ; 155 n. 3, 156, p. 219…

[56] Dans ce domaine, je pense que l’on est loin d’avoir prospecté tous les possibles articles inédits du P. d’Alzon dans la presse de son époque : souvent les articles n’étaient pas signés et pour ce qui est de ceux que nous  avons pu signaler, on le doit exclusivement au fait que le P. d’Alzon y a fait allusion dans sa correspondance conservée. Ainsi la découverte des Lettres de Madrid dans La Correspondance de Rome de juin 1861 ne remonte qu’à l’année 1993 : cf Lettres d’Alzon, t. XV, p. 110-124.

[57] A supposer que la bibliothèque personnelle du P. d’Alzon ait été intégralement ou partiellement fondue dans celle du collège de l’Assomption de Nîmes, il reste impossible, en dehors d’un inventaire détaillé constitué en 1857, d’en préciser le contenu exact en raison des déménagements, partitions, démembrements et pertes qu’elle a subis au cours du temps : 1880, 1909, 1968. Une partie qui avait échoué au Vigan, a été rassemblée et inventoriée à partir de 2005 à Rome où elle a pris place dans une salle-musée consacrée à cet effet.

[58] Le P. d’Alzon arrive à Paris le 15 janvier 1848 où il demeure jusqu’au 13 mars pour n’être à Nîmes que le 17. Le but de ce voyage est l’obtention du plein exercice pour son collège que lui promet son compatriote M. Guizot, rencontré le 17 février.

[59] Lettres du P. d’Alzon, t. C, pages 323-324. Le premier numéro de L’Ere nouvelle journal chrétien du trio Lacordaire, Ozanam et Maret, libéral et social, est daté du 15 avril 1848 ; mais Lacordaire se retira de la direction en septembre. En 1849, un légitimiste, de La Rochejacquelein, racheta le journal qui disparut le 15 avril 1849. Montalembert et le Comité central pour la défense religieuse lancèrent une feuille bihebdomadaire, L’Election populaire. Les élections législatives au suffrage universel et au scrutin de liste départementale de 1848 eurent lieu le 23/24 avril 1848 avec 16% d’abstentions seulement. 880 députés ; victoire des républicains modérés avec 600 élus, 200 légitimistes et catholiques. Echec des socialistes avec une centaine d’élus seulement. Pour le Gard, 10 députés. Le 10 décembre 1848, élection du président de la République au suffrage universel : 5. 434. 280 voix à Louis Napoléon et 1. 448. 100 à Cavaignac.

[60] L’évêque de Nîmes, Mgr Cart, aurait bien voulu que le P. d’Alzon se porte candidat à la députation, mais le vicaire général a résisté à cette pression.

[61] Par cette expression on désigne ceux qui acceptent de fait le régime républicain né après la révolution de 1848, non pour des raisons idéologiques, mais par opportunisme. D’Alzon en fait partie, en posant la condition que le nouveau régime respecte l’Eglise et développe à son bénéfice les libertés promises par la Charte. Cette étiquette lui coûta cher, en plus de la crise financière : des familles légitimistes retirèrent leurs enfants du collège.

[62] Le titre primitif prévu était La Démocratie catholique, avec un programme religieux et républicain. Le journal coûtait 20 francs d’abonnement annuel, il ne tira au mieux qu’à 500 numéros. Les élèves du collège en firent la critique avec une feuille de potache intitulée : La liberté entre quatre murs !

1.      Adresse aux habitants de Paris, samedi 25  mars 1848, La Liberté pour tous n° 3.

2.      Ce que nous sommes, jeudi 30 mars 1848, La Liberté pour tous  n° 5. Lettres, t. C, p. 329.

3.      A propos d’une lettre d’Hippolyte Carnot, jeudi 30 mars 1848, La Liberté pour tous  n° 5. Lettres, t. C, p. 329.

4.      Du maintien de tous les droits par l’union et la liberté : mardi 11 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 10. Lettres, t. C, p. 334.

5.      Au rédacteur de ‘La Liberté pour tous’ : mardi 11 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 10. Lettres, t. C, p. 334.

6.      Les élections législatives : jeudi 27 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 18. Lettres, t. C, p. 338-339.

7.      Aux catholiques de Nîmes : mardi 2 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 21. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 683 n. 1.

8.      Aux protestants de Nîmes : mardi 9 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 24. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 683 n. 1, 687 n. 1.

9.      Emeute de mai : samedi 20 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 31. Voir à son sujet Lettres, t. C, 692 n. 1.

10.  Erratum : vendredi 28 juillet 1848, La Liberté pour tous  n° 67.  Lettres, t. C, p. 363.

11.  Les élections municipales : dimanche 20 août 1848, La Liberté pour tous  n° 79. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 696-697 n. 1.

Ce journal de La Liberté pour tous a fait l’objet d’une étude spécifique par André Pezziardi, Université Paul Valéry de Montpellier : Un journal catholique et démocrate en 1848 : La Liberté pour tous, 1977, 101 p.

[63] Malheureusement cette Revue n’a jamais fait l’objet d’une étude un tant soit peu spécifique alors qu’elle le mériterait. Le P. d’Alzon qui avait aussi en tête son projet d’une Université libre catholique Saint-Augustin à Nîmes, avait un moment espéré acquérir la revue mensuelle L’Université catholique passée aux mains de Bonnetty dont le but était semblable. On se contenta dans l’immédiat à Nîmes de publier avec le concours des professeurs du collège de l’Assomption une collection d’auteurs classiques chrétiens, textes latins et grecs, dans l’esprit de ce qu’allait entreprendre Gaume. La contribution du P. d’Alzon pour la R.E.C., de 1851 à 1877 constitue un volume de 308 pages dans le Corpus Causae.

[64] On trouve 71 citations du titre ou allusions à la revue dans les écrits du P. d’Alzon. Description globale de la collection (1ère formule : Nîmes-Paris : 1851-1855 : 31 numéros de la série I en 3 volumes 1851-déc. 1854 : 660 pages + 784 p. + ; 768 p. puis une série II en 1 volume 1855, 12 numéros,  767 pages, donc 4 vol. pour 1851-1855 ; 2ème formule : Paris : 1871-1877, nouvelle série en XI volumes (vol. I : 1871 n° 1 à 6, vol. II 1871-1872 n° 7 à 12, vol. III 1872 n° 13 à 18, vol IV 1872-1873 n° 19 à 24, 640 p., volume V 1873 n° 25 à 30, 586 p., vol. VI 1873-1874, n° 31 à36, 576 p., vol. VII 1874 n° 37 à 42, 576 p., vol. VIII 1874-1875, n° 43 à 48, 574 p., t. IX 1875 n° 49 à 54, 576 p., t. X 1875-1876 n° 55 à 60, 584 p., vol. XI, 1876, six numéros, 576 p., vol. XII 1876-1877 six numéros 568 p., vol . XII  : au total pour cette série 1871-1877 : une collection de 12 volumes. Chaque numéro possède une table analytique du contenu. Mais le nombre d’abonnements trop faible n’a jamais dépassé les 450.

[65] Au total une centaine de prônes et 14 articles sur des sujets divers, ce qui représente un volume de 346 pages dans le Corpus Causae. Il y eut annuellement une table des matières et des gravures jusqu’en 1915 inclus. Jusqu’en 1895 inclus, la pagination est continue. On est passé des centaines d’abonnés de 1873 à 80. 000 en 1879 pour culminer à 500.000 dans les années 1950-1960. L’Almanach du Pèlerin est créé en 1879, son succès fut rapide et l’on dépassa rapidement les 500. 000 exemplaires.

[66] Cette revue, appelée L’Assomption de Nîmes (1875-1879), publiée au profit de l’œuvre de N.-D. des Vocations, pour la différencier d’une autre postérieure aujourd’hui déjà centenaire (fondée en 1897) dite L’Assomption et ses œuvres, comporte beaucoup d’articles du P. d’Alzon dont les connus Mémoires d’un ancien de la vieille Assomption, encore repris dans Souvenirs en 1893. Au total 48 numéros, consultables grâce à trois tables (I 213-216 ; II 389-396 ; III 382-388. Texte imprimé chez Lafare à Nîmes.

[67] Lettres du P. d’Alzon, t. XIII, p. 230. Il y eut au moins  douze réunions préparatoires auxquelles ont participé le P. d’Alzon et les AA de Paris, de décembre 1879 à mai 1880 (CD 325).

[68] Le P. d’Alzon a donné dans La Croix-Revue une série d’articles, consacrés notamment à la Russie et à la persécution religieuse en France, au total un volume représentant 236 pages : ce sont là ses derniers écrits, notamment l’article intitulé Etat-Dieu, paru dans le n° de novembre 1880, p. 497-501, article souvent republié ailleurs. Revue savante, renouvelant la Revue de l’Enseignement chrétien : l’ensemble forme une collection de trois volumes 1880-1883 : t. I 1880-1881, n° 1 à 12, 986 pages ; t. II 1881-1882 n° 13 à 24, 964 pages ; t. III juin 1882 à avril 1883 n° 25 à 35, 880 pages avec à chaque tome une table analytique des matières et des gravures

[69] Le P. d’Alzon a écrit en 1880 la Préface de cette publication et quelques notices dont à coup sûr : n° 4 Saint Benoît, n° 5 Sainte Scholastique, n° 6 Saint Patrice et n° 32 Sainte Agnès. Par la suite la formule devint autonome et on brocha des séries par mois.

Le P. d’Alzon et la presse

 

Ce serait faire injure à des journalistes et à des employés de la maison Bayard que d’y faire passer le P. d’Alzon ou l’Assomption pour de célèbres inconnus[1] ! Et cependant la fonction de la mémoire dans une grande entreprise comme la vôtre qui absorbe quotidiennement l’actualité à haute dose, ne peut être surchargée par le poids sans cesse alourdi de son passé. Je remercie donc l’organisateur de ces conférences, Robert Migliorini, pour l’occasion qui m’est donnée en ces lieux de raviver la figure du P. d’Alzon dans le cadre du bicentenaire de sa naissance (1810-2010) ou de son jubilé.

Je ne vous infligerai pas le rappel des grandes étapes de la vie du P. d’Alzon que l’on trouve maintenant bien détaillées grâce aux ressources d’Internet (www.assomption.org) et à un ensemble de fiches actualisées. Le site qu’a mis en forme depuis une vingtaine d’années le Frère Didier Remiot, est enrichi d’une belle bibliothèque[2] qui peut satisfaire les curiosités les plus exigeantes. A l’occasion des célébrations du Bicentenaire, un ‘musée-lieu de mémoire’ va être inauguré à Nîmes rue Séguier[3], accessible également au public, selon une conception moderne mise en œuvre par un scénographe professionnel, M. Henri Rouvière, de Montpellier.

Ce qui m’a paru le plus approprié pour ce matin et le plus inédit aussi, c’est à propos du P. d’Alzon d’évoquer sa pratique de la presse. Ses opinions et ses convictions à ce sujet ont souvent été traitées soit directement[4] soit à travers la présentation des premiers assomptionnistes ‘journalistes’[5], il n’est pas nécessaire d’y revenir. Leur but est clair : la presse est vue comme outil apostolique d’évangélisation . Par contre l’évocation du P. d’Alzon, homme de presse : lecteur-consommateur et producteur-informateur, mérite le détour, même s’il serait hasardeux et abusif de le qualifier lui-même de journaliste ou de figure du journalisme du XIXème siècle.

 

Emmanuel d’Alzon, lecteur-consommateur de presse.

 

Nous connaissons bien les us et coutumes de la vie quotidienne d’Emmanuel d’Alzon, adolescent, adulte et senior, grâce à son abondante correspondance[6] maintenant intégralement publiée. C’est la consultation par voie informatique de cette masse documentaire (indexation : Titres des périodiques) qui m’a permis de vérifier une donnée statistique essentielle, à savoir que l’on trouve mentionnés pas moins d’une centaine de titres de revues, périodiques et journaux dans sa correspondance conservée de 1822 à 1880 ! Dois-je vous en infliger l’énumération indigeste ? J’ai cru préférable de la relever dans une note avec toutes les occurrences pour les tenants de la critique et de l’acribie textuelle, et de privilégier pour vous une petite présentation synthétique avec à l’occasion l’une ou l’autre citation alzonienne pour assaisonner le menu !

 

Il y a d’abord la catégorie des journaux-quotidiens qu’un homme de condition se doit de fréquenter, selon la nuance politique de son milieu : au château de Lavagnac comme au domicile parisien de la rue de Vaugirard[7], les d’Alzon royalistes sont abonnés à La Quotidienne[8], organe monarchiste par excellence, lancé en 1790 par M. de Coutouly, transformé en 1792 en Tableau de Paris, supprimé sous le Consulat  et ressuscité en 1814 par Joseph-François Michaud. La Quotidienne, à partir de 1830 se transforma en feuille d’opposition légitimiste au gouvernement de Juillet. Emmanuel s’en fait l’écho 6 fois entre 1831 et 1846[9]. Il ne semble pas avoir été un inconditionnel de la ligne politique du journal si l’on en juge cette réflexion de janvier 1831 à son ami d’Esgrigny : « La Quotidienne m'assomme, quand elle ne me fait pas rire ». Il est vrai que le royalisme nuance légitimiste d’E. d’Alzon est devenu mennaisien, anti-gallican : primat absolu du religieux sur toute attache ou préférence politique. Il en va de même pour son appréciation sur La Gazette de France[10], feuille-mère de toutes les Gazettes de province dont celle de Nîmes[11] et du Bas-Languedoc. Le jugement de d’Alzon est sans appel ou sans pitié pour la Gazette ou encore le Drapeau Blanc[12] : « La méprisable, l’hypocrite Gazette : on n’y prend la religion que comme une arme de parti, qu’on délaisse si elle veut être autre chose » : t. A, p. 260 (janvier 1832). L’information d’E. d’Alzon ne se limite cependant pas aux journaux royalistes, il fréquente aussi à l’occasion la presse gouvernementale, notamment les gros titres et gros tirages : Le National (6 mentions), Le Journal des débats (5 mentions), Le Constitutionnel (5 mentions), Le Moniteur universel ((16 mentions), Le Messager (6 mentions), Le Siècle (3 mentions), Le Globe (2 mentions), La Presse (8 mentions), Le Citoyen[13] (16 mentions) ou encore bien sûr les titres régionaux : Le Courrier du Gard (9 mentions), journal de la préfecture à Nîmes adversaire de L’Opinion du Midi (15 mentions), ne fût-ce que pour les besoins de la polémique.

 

Comment expliquer cet intérêt précoce du jeune d’Alzon pour la presse ? Depuis 1828, il fréquente les salons, réunions et conférences de M. Bailly (1794-1861)[14], créateur de presse et éditeur catholique impressionnant. Dans ce groupe de jeunes étudiants, on collabore activement à une pléïade de revues très actives, toutes confessionnelles, plutôt agressives d’après le ton général de la presse de l’époque : Le Mémorial catholique (1824)[15], Le Catholique (1826)[16], Le Correspondant (1829)[17], L’Avenir (1830)[18], La Tribune catholique (1831)[19], La Revue européenne[20]sans oublier un ‘monument contemporain’ : L’Univers (1833)[21]. Un jeune étudiant comme lui ne peut manquer de se lancer à fond dans les débats et controverses de la société. Durant les années de son séminaire (1832-1833), il va être sevré de lectures ‘mondaines’, car elles sont filtrées à la porte ; mais il a trop goûté aux joies et au poids de la presse pour oublier.

Cette faim d’information par la presse chez d’Alzon est accompagnée de la constitution d’une véritable bibliothèque dans le but approfondir sa soif de culture et de compréhension du monde contemporain. La dominante des ouvrages est d’ordre littéraire, religieux, philosophique et théologique, mais avec deux caractéristiques fortes : intérêt pour les questions d’actualité et ouverture au champ européen. D’Alzon lit aisément l’italien, suffisamment l’anglais et s’est mis avec ardeur à l’allemand, en plus des langues bibliques (latin, grec, hébreu). Il n’est pas étonnant de trouver mention de journaux-revues anglais (The Month[22][Moine], The Tablet[23] [Journal]) et italiens (La Civiltà cattolica[24] des Jésuites italiens (équivalent des Etudes[25]), Il Divin Salvatore[26], L’Osservatore[27], L’Unità cattolica[28], La Voce della verità[29]…) sa vie durant. A la fin de sa vie, on le verra passionné dans ses articles donnés au Pèlerin par tout ce qui touche à l’Amérique ou à la Russie, préoccupation apostolique oblige et référence à un horizon catholique romain, ‘ultramontain’, se voulant vraiment universel.

Bien entendu la formation proprement théologique et les fonctions directement ecclésiales du P. d’Alzon lui font fréquenter des revues proprement ecclésiastiques et les bulletins d’informations religieuses donnés dans des revues, à commencer par la Semaine religieuse de Nîmes[30], les Annales de la Propagation de la Foi[31], les Annales des Ecoles d’Orient[32], les Annales de philosophie chrétienne de Bonnetty[33], L’Université catholique[34], le Bulletin de l’Association catholique de Saint-François de Sales[35], le Polybiblion[36], la Revue des Bibliothèques paroissiales[37], la Revue du Monde catholique[38], la Revue des sciences ecclésiastiques[39] etc… La création des Instituts catholiques en France ne commence qu’en 1875, on peut relever la relative faiblesse des instruments de formation et de réflexion proprement théologiques dans l’aire culturelle française, si on la compare à la vigueur allemande. Prolifèrent surtout des bulletins de piété, de mouvements, d’associations et d’œuvres en toutes directions. Pour autant le P. d’Alzon n’a jamais cessé de prêcher en faveur d’une solide formation intellectuelle, religieuse et théologique de la jeunesse, du clergé et des congréganistes. Il a beaucoup lu plume à la main.

Enfin son intérêt pour tout ce qui concerne une presse régionale spécifique n’est pas vain : il guette la parution des Mélanges occitaniques[40], donne des articles à la jeune Revue catholique du Languedoc[41], encourage la fondation du Messager du Midi repris par le musicologue Danjou[42] et des Annales catholiques de Nîmes[43]. On sait par ailleurs qu’il a accueilli avec éclat le groupe du Félibrige (Mistral, Aubanel et Roumanille salués par Reboul) dans son collège le 12 mars 1859[44], marquant ainsi son intérêt pour la renaissance de la culture occitane.

Il reste une petite interrogation à nous poser sur ce qui pourrait nous paraître comme une lacune dans ce tour d’horizon de la presse à propos du P. d’Alzon et de son époque, l’absence de références marquées à une culture technique ou scientifique. Soyons rassurés : le P. d’Alzon n’était pas technophobe : il a même été l’un des premiers à sauter dans un train (1839)[45], à découvrir le téléphone (1878)[46], à utiliser le télégraphe électrique des 1848[47], à être photographié (daguerréotypes de 1838-1839)[48], à acheter une machine à coudre pour les Oblates (1869)[49]… Il est parfaitement au courant des applications touristiques, postales et militaires de l’aérostation[50]. Le P. Germer-Durand lui fait découvrir à Paris en 1875 le procédé de la lanterne magique[51]. S’il est vrai qu’au XIXème siècle le débat entre science et foi est obscurci par les prétentions du scientisme, le monde du clergé ne fait pas spécialement preuve d’inhibition devant les conquêtes de la science qui compta nombre de croyants illustres comme le physicien Ampère (1775-1836), le physicien Biot (1774-1862), le mathématicien Cauchy (1789-1857), le paléontologue protestant Cuvier (1769-1832), le paléontologue Albert Gaudry (1827-1908), l’archéologue Laborde (1807-1869), le médecin Laënnec (1781-1826), l’archéologue Lenormant (1802-1859), l’homme politique et écrivain Ch. de Montalembert (1810-1870), le professeur de lettres et chrétien social Ozanam, le chimiste biologiste Pasteur (1822-1895), le médecin Récamier (1774-1852), le magistrat Riambourg (1776-1836), l’historien de l’art Rio (1797-1874)), l’archéologue de Saulcy (1807-1880), le journaliste Louis Veuillot (1818-1883) etc…

Le P. d’Alzon eut affaire à un prêtre savant mathématicien, ex-jésuite, l’abbé François Moigno (1804-1884) fondateur d’une belle revue de vulgarisation scientifique, la plus ancienne des revues scientifiques françaises, Le Cosmos (1852-1864)[52] dont la trajectoire devait croiser l’histoire de la Bonne Presse. Il y eut de même pourparlers en août 1858 avec un fameux abbé Paul Chantôme (1810-1877) publiciste, prédicateur, auteur d’ouvrages de dévotion[53]. Affaire sans suite. Le P. d’Alzon rencontra et fréquenta d’autres notabilités du monde des sciences religieuses dont Lacordaire, Mgr Affre (1793-1848), le fondateur en 1845 de l’Ecole des Hautes Etudes ecclésiastiques au couvent des Carmes ; il s’intéressa aux ateliers d’imprimerie de l’abbé Migne au Petit Montrouge qu’il visita[54] et d’où sortirent 1019 volumes en trente ans (dont les 369 de la Patrologie). Il entra en contact avec l’abbé François-Denis Martin (1814-1877), curé de Ferney entre 1855-1861, préoccupé comme lui d’apologétique anti-protestante[55]. C’est dans ce même contexte qu’il convient de situer les appréciations louangeuses que le P. d’Alzon porte par exemple sur l’œuvre apologétique d’un Auguste Nicolas, théologien laïque (1807-1888).

Donc la lecture de la presse, au sens large (journaux, périodiques, revues), fait partie des habitudes de vie d’Emmanuel d’Alzon depuis sa jeunesse. Il n’est pas seulement un lecteur passif, mais réactif et, en plus, à l’occasion, un rédacteur collaborateur[56] avec pour prédilection le champ des informations religieuses et ecclésiales, comme on le voit en ce qui concerne le choix d’ouvrages de sa bibliothèque[57].

 

Emmanuel d’Alzon, homme de presse, producteur et communicateur.

 

Plus encore, il convient maintenant d’aborder deux périodes particulières de la vie d’Emmanuel d’Alzon où il est entré directement dans le champ de la presse et du journalisme : les années 1848-1851 et la dernière décennie 1870-1880.

 

En février 1848, le P. d’Alzon est aux premières loges comme observateur de la Révolution parisienne qui renverse la Monarchie de Juillet et proclame la IIème République[58]. On sait que dans l’effervescence et même l’enthousiasme de ce mouvement politique, la presse connut un développement sans précédent mais éphémère. Il est évident que la promulgation du suffrage universel (masculin) y est pour beaucoup, chaque camp politique se donnant pour consigne d’informer l’opinion et de récolter le maximum de voix aux élections législatives à venir : « Ici, on s’agite beaucoup pour faire des journaux. Le P. Lacordaire veut en faire un, Montalembert un autre ; avec L’Univers cela fera trois. C’est absurde. J’ai promis mon concours pour procurer des fonds au P. Lacordaire, mais il n’y a pas moyen d’espérer le moindre succès ; ils ne veulent paraître que dans six semaines, et dans six semaines les élections seront faites. C’est amer de bêtise »[59]. Cette année 1848 qui fut très politique pour le P. d’Alzon[60], devenu ‘républicain du lendemain[61], ne confirme pas ses espérances : les sanglantes émeutes et répressions de juin renforcent le parti de l’Ordre, républicain de surface, conservateur dans l’âme ; les élections municipales de Nîmes en août boycottent la préférence du P. d’Alzon en faveur de listes de panachage confessionnel (liste d’union) ; les élections présidentielles de décembre ne donnent pas la victoire à son candidat, Cavaignac, mais à un dictateur en puissance, Louis Napoléon.

Et pourtant, pour diffuser ses idées, le P. d’Alzon n’a pas lésiné sur les moyens : il a lancé un journal à Nîmes en se faisant inspirateur et bailleur de fonds pour La liberté pour tous, quotidien tri-hebdomadaire, paru la première fois le mardi 21 mars 1848, sous la direction du gérant Eugène Germer-Durand, jusqu’au 31 décembre 1848. Il y donna 9 articles reproduits dans Lettres t. C, pages 664-700[62]. Idées politiques et aventure journalistique : même fiasco final ! Ces mésaventures, aggravées par le martyre des écus, vont éloigner pour un temps le P. d’Alzon et du journalisme et de la politique. On trouve ce titre de journal mentionné 17 fois dans les écrits du P. d’Alzon.

Autre tentative marquante de journalisme de la part du P. d’Alzon, la fondation en 1851 cette fois d’une revue spécialisée, dans le cadre de son combat en faveur de la liberté de l’enseignement : la R.E.C. ou Revue de l’enseignement chrétien[63]. Elle comporte deux séries, la première pour les années 1851-1855 (n° 1 du 1er novembre 1851 au n° 31 décembre 1854 et n° 1 janvier au n° 12 décembre 1855) et la 2ème de 1871 à 1877 (n° 1 mai 1871 à avril 1877) : les articles programmes sont du P. d’Alzon[64]. On peut dire d’elle qu’elle a innové : elle est en effet la première revue de ce type, et qu’elle a cherché à étendre le bénéfice de la loi Falloux d’abord dans le champ assez neuf des établissements autorisés par la loi de 1850, de façon à coordonner les efforts pour tirer le meilleur parti de la liberté accordée à l’enseignement secondaire par cette loi, puis  à partir de 1871 de préparer le vote en faveur de la liberté de l’enseignement supérieur (Laboulaye 1875). Son but étant atteint, elle s’est sabordée, pour renaître sous une autre forme, La Croix-Revue, pour un combat plus général.

 

C’est en effet dans la dernière décennie de sa vie que le P. d’Alzon a davantage pris conscience du rôle et du poids de la presse, sous l’influence certaine des deux ‘religieux parisiens’ (Picard et Vincent de Paul Bailly) qui ont établi et assis la congrégation dans la capitale. Jusque là, le journalisme était le fait du fondateur ; dorénavant il devient le fait d’une petite congrégation. En 1871 est décidée la reprise de la R.E.C. mais l’horizon du combat va grandissant, du champ de l’enseignement à celui de la société toute entière; en juillet 1873 avec la création modeste du petit bulletin Le Pèlerin au comité des pèlerinages de La Salette, le P. Vincent de Paul s’initie modestement au métier de journaliste qu’il a respiré toute sa jeunesse en famille ; à partir de janvier 1877 il transforme la publication en un véritable magazine d’actualité avec illustrations, caricatures, chronique politique ; le P. d’Alzon qui n’y apprécie pas le genre léger qu’il appelle zozo, accepte cependant d’y apporter sa contribution sous la forme d’une centaine d’homélies, écrits à partir de l’évangile des dimanches et fêtes[65] ; pour lui,  il ne s’agit plus seulement d’entraîner les foules dans les centres de pèlerinage, il faut planter le christianisme au cœur de la vie publique et former l’opinion publique trop souvent dégradée par la ‘mauvaise presse’ ; en 1875, le P. d’Alzon, de Nîmes, a senti la nécessité de diffuser un bulletin interne, L’Assomption, pour établir un lien entre les religieux dispersés et leurs activités multiples, développer un réseau de donateurs[66] ; en 1880, on hésite encore sur la marche à suivre en fondant la revue La Croix, perçue comme 3ème série de la R.E.C. (sous-titre) : périodique mensuel (3.000 ex.) se donnant pour programme de combattre la Révolution, c’est-à-dire le laïcisme athée : pour le P. d’Alzon, l’objectif du journalisme chrétien est clair, combattre. Pourtant la controverse autour du titre à choisir donne la mesure de l’obscurité dans laquelle baigne l’entreprise au départ : le P. d’Alzon écrit au P. Picard le 10 décembre 1879 :

« Vous avez pu voir si nous avons pris au sérieux l’idée de la Revue, mais le genre farce que l’on semble vouloir lui donner nous dégoûte assez. Reprenez le titre de Revue de l’enseignement chrétien. Tout à l’heure, en réponse à Charlemagne, P. Laurent a proposé Le roi Dagobert ; P. Edmond, Dagobert ou Pourceaugnac ; moi Le roi David. Charlemagne n’est-il pas un grand pot de chambre ? Nous tenons à être sérieux. Ni L’Apôtre ni Charlemagne ne le sont. Le P. Laurent fait comme moi, il désire que son article lui soit renvoyé, si le titre est absurde. Nous voulons à la Revue un autre genre que Le Pèlerin. Non que nous excluions quelques pages gaies, au contraire. Mais devant les circonstances si graves qui se préparent, il faut plus que le genre badin. Croyez-moi Le Lutteur était un bon titre. Nous avons autre chose à faire qu’à cabrioler. Les cabrioles amusent les bons, agacent les mauvais, mais laissent peu de fruit »[67].

La presse à l’Assomption ne peut avoir comme seule fin la distraction des masses, mais elle a à devenir, à, ses yeux, une véritable arme du combat apostolique. On entre dans le champ du militantisme.

Dans le sillage du Pèlerin et de La Croix-Revue[68] est née le 2 février 1880 une feuille hebdomadaire, La Vie des Saints[69], une sorte de supplément de dévotion qui devint par la suite une véritable publication autonome et fut même reprise en une série de volumes.

Avec cette ultime initiative, prend fin l’aventure journalistique du P. d’Alzon, mais il a passé la relève à ses fils de Paris qui, grâce à leurs multiples relations et à l’engagement de militants chrétiens laïcs, vont se lancer dans une aventure de presse collective qui n’est pas seulement une entreprise commerciale en plus d’un groupe d’édition, mais une passion partagée en vue de l’extension du Règne de Jésus-Christ.

 

© P. J.P. P.-M., octobre 2009.

 

 

 

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Le P. d’Alzon et la presse


[1] Sont sortis des presses Bayard des recueils coloriés 34 pages format PEE, 15 x 16 cm, collection Vienne Ton Règne : n° 1 Découvrir la spiritualité des Augustins de l’Assomption (P. Hervé Stéphan, nov. 2006) ; n° 2 Emmanuel d’Alzon fondateur des Augustins de l’Assomption et des Oblates de l’Assomption (P. J.-P. Périer-Muzet, 2007) ; n° 3 Pèlerinages en Terre sainte. Premiers pas d’une longue tradition des Augustins de l’Assomption (Yves Pitette, 62 p., oct. 2007) ; n° 4 A la suite du Christ avec Emmanuel d’Alzon (P. Claude Maréchal, 2007) ; n° 5 Etienne Pernet et Marie-Antoinette Fage fondateurs des Petites Sœurs de l’Assomption (P.S.A., mai 2008), n° 6 Avec saint Augustin, chercheurs de Dieu et passionnés de l’Eglise (P. J.-François Petit, mai 2008), n° 7 Isabelle de Clermont-Tonnerre et François Picard fondateurs des Orantes de l’Assomption (Ora, février 2009) ; n° 8 La prière à l’Assomption par le P. M-Bernard Kientz (nov. 2009) ; n° 9 Les plus beaux textes de saint Augustin par le P. Marcel Neusch (nov. 2009). Deux autres plaquettes sont prévues pour 2010 : Les Oblates de l’Assomption et L’œcuménisme… Mais ce n’est pas parce que l’on travaille à Bayard qu’on lit forcément tout ce qui sort de Bayard ou tout ce qui porte le label Bayard !

[2] Le chercheur peut se reporter aux Cahiers du Bicentenaire d’Alzon n ° 3 Emmanuel d’Alzon Bibliographie commentée et référencée Sources et travaux, éditions, traductions, Rome, 2007, 344 pages.

[3] Dans les locaux de l’Institut d’Alzon, établissement scolaire privé sous tutelle des Oblates de l’Assomption, au n° 28 de la rue Séguier (Nîmes).

[4] Le P. Emmanuel d’Alzon par lui-même. Anthologie alzonienne, t. I, Rome, 2003, chap. 52 : ‘Ah ! Si nous disposions d’un journal’, pages 253-256. Dans Emmanuel d’Alzon dans la société et l’Eglise du XIXe siècle, Actes du Colloque d’histoire 1980, publiés par Le Centurion, 1982 : article du P. Charles Monsch, Le Père d’Alzon et les débuts de la Bonne Presse, p. 279-300. Pages d’Archives, n° 7, octobre 1965, p. 475-570 (Les origines et les grandes étapes du journal La Croix)…

[5] Paul Castel, Le P. Picard et le P. Vincent de Paul Bailly dans les luttes de presse, Rome, 1962, 602 p. et les  principales biographies consacrées au P. Vincent de Paul Bailly par Lacoste, Michel Guy, Rémi Kokel, Adrien Pépin.

[6] Estimée à plus de 40.000 lettres dont plus de 8.000 conservées et publiées de 1923 à 2003 soit au total 18 volumes, représentant 10.412 pages imprimées, avec apparat critique et notes explicatives, complétées par deux tomes d’études (prosopographie : 1155 p. et géographie 661 p.). En plus deux tomes d’Anthologie (Le  d’Alzon par lui-même) ont été consacrés à l’étude de correspondances particulières du P. d’Alzon recouvrant tout l’espace de sa vie.

[7] Appartement dans l’Hôtel Crapelet, n° 9 rue de Vaugirard, d’octobre 1823 à mai 1830, à l’emplacement d’une école primaire publique de la ville de Paris de nos jours.

[8] En 1847 La Quotidienne fusionna avec La France et L’Echo français pour devenir L’Union monarchiste, dirigée par Pierre Sébastien Laurentie avec la collaboration de Poujoulat. En 1873, le comte de Chambord y fit paraître son fameux manifeste où en refusant le drapeau tricolore, il perdait ses chances d’une autre restauration monarchiste. Le journal continua sa parution jusqu’après la seconde guerre mondiale.

[9] Lettres du P. d’Alzon, t. A, p. 182 (9 janvier 1831) ; 189 (27 janvier 1831 ; 255 (3 janvier 1832) ; 260 (13 janvier 1832) ; 564 (15 mai 1834) ; 567 (20 mai 1834) ; 775 n. 1 (18 janvier 1835) ; t. C, p. 103 (13 août 1846).

[10] Journal cité 18 fois chez d’Alzon. C’est le plus ancien journal politique français, fondé en 1631 par Théophraste Renaudot : journal de la monarchie devenu l’officiel de tous les gouvernements depuis 1762 et contrôlé par le ministère, royaliste légitimiste sous la Restauration, propriété de M. de Genoude avec Janicot comme rédacteur en chef.

[11] Gazette provinciale pour Nîmes et le Gard, mentionnée 35 fois dans les écrits d’Alzon lequel mentionne aussi la Gazette du Midi (9 fois) et la Gazette du Bas-Languedoc (3 fois) qui a paru entre 1833 et 1852 pour devenir L’Opinion du Mid en 1871 : tout d’abord légitimiste, elle passait pour être la tribune officieuse de l’évêché. D’Alzon n’ignore pas non plus la presse gouvernementale ou républicaine du Gard et du Midi en général : Le Constitutionnel du Gard, né en 1831, journal des libéraux avancés ; Le Courrier du Gard (cité 9 fois), organe de la bourgeoisie protestante et orléaniste, organe prépondérant paru entre 1831 et 1873, rallié au second Empire comme L’Opinion du Midi (mais ce dernier dit ‘clérical, pro-évêché’) ; Le Midi, journal républicain et libéral et quotidien paru entre 1873 et 1887 ; Le Républicain du Gard, trihebdomadaire de 1848 à 1851. La suppression de l’autorisation préalable en 1868, celle du droit de timbre en 1870 et surtout la législation libératrice de 1881 permettent alors la création de nombreuses publications. Jean Watelet, Bibliographie de la presse française, Gard, n° 30, Paris (BN) 1985.

[12] Le Drapeau Blanc (cité 1 fois dans d’Alzon) est fondé en 1819 par le fougueux polémiste Martainville, partisan intransigeant de la Contre-Révolution, journal qui cessa de paraître en février 1827.

[13] Sous la Révolution, création de plus de 450 journaux, souvent éphémères. Le Journal des Débats et Le Moniteur Universel (1789), Le Globe (1814-1832), Le Constitutionnel (1815), Le Temps (1829) fondé par Coste dans une optique libérale, protestante et anti-catholique, repris par Nefftzer en 1842 avec une marque républicaine, Le National (1830), Le Siècle fondé en 1836 par Dutacq, journal républicain, Le Citoyen ( ?), La Presse, journal de Girardin fondé le 1er juillet 1836, premier quotidien moderne vendu au numéro 5 centimes etc... Sous Napoléon Ier, 13 quotidiens ; en 1848, 25 titres ; 12 en 1852 ; 60 en 1880 ; 12 en 1980 (Figaro, 1866 ; La Croix, 1883, L’Humanité 1904, Le Monde, 1944 ; Le Parisien libéré, 1944, n° 1 ; France-Soir 1944 ; Libération 1973 ; Info-matin 1994).

[14] On doit à Emmanuel Bailly la création d’une Maison de hautes études (1819), d’une Société des études littéraires et d’une Société des bonnes études (1825, Place de l’Estrapade), de la Conférence Saint-Vincent de Paul (1833). Il est important de souligner que les créateurs de presse catholique et journalistes de renom en ce début de XIXe s. sont très souvent des laïcs.

[15] Le Mémorial Catholique est une revue mensuelle publiée à partir de janvier 1824, première revue catholique de dimension européenne (avant la Revue des deux Mondes, née en 1829), animée par les abbés Gerbet, de Salinis, avec la collaboration de Affre, Lamennais, Martin de Noirlieu, O’Mahony, pour cesser de paraître fin août 1830 au bénéfice de L’Avenir. Revue citée 6 fois dans la correspondance d’Alzon.

[16] Encore un périodique de cette époque, mensuel qui parut de 1826 à 1830, fondé par un juif danois, formé au protestantisme et converti catholique, le baron d’Eckstein qui s’intéressait à l’universalité des connaissances humaines sous le point de vue de l’unité de doctrine, sorte d’équivalent de la revue Der Katholik de l’allemand Goerres. Cité 2 fois par d’Alzon. « Je lis en prenant des notes. En ce moment, j’ai une indigestion du Catholique du baron » : 9 janvier 1831 dans Lettres, t. A, p. 182.

[17] Le Correspondant, paru la première fois le 10 mars 1829, sous la forme d’un journal hebdomadaire, puis bi-hebdomadaire, monarchiste selon la Charte et dévoué à la cause catholique. Il laissa place à une revue mensuelle, La Revue européenne. Le Correspondant reparaît en 1843 et retrouve des couleurs sous le Second Empire avec Cochin, avec un esprit libéral, pour ne cesser de paraître qu’en 1933. C’est dans Le Correspondant qu’Emmanuel d’Alzon signa son premier article connu en juin 1829 intitulé la Fête-Dieu (Lettres, t. A, p. 27). On trouve ce journal cité 54 fois dans les écrits d’Alzon.

[18] Le célèbre journal lancé par Lamennais avec Gerbet, Lacordaire, Montalembert, dans un esprit catholique ultramontain et libéral (16 oct. 1830-15 nov. 1831) avait pour devise : Dieu et Liberté. Très anti-gallican et polémique, il suscita l’opposition des évêques dont beaucoup en interdirent la lecture dans les diocèses, mais aussi des théologiens effrayés de l’audace de certaines expressions et de l’incertitude orthodoxe de certaines idées émises. Le journal soutint les combats des catholiques en Belgique, en Irlande et en Pologne. Il compta 3.000 abonnés. D’Alzon put le consulter en cachette au grand séminaire de Montpellier. Cité 32 fois dans d’Alzon : « Je crois faire bien en n’allant pas à Paris, parce qu’entre L’Avenir et Le Correspondant, il me faudrait choisir, et j’aime mieux suspendre encore mon avis. Ni L’Avenir ni Le Correspondant ne me plaisent absolument. Je trouve l’un plus logique et l’autre plus généreux, l’un plus entraînant, l’autre plus habile dans la conduite de ses doctrines ; mais L’Avenir dit des sottises et des injures, il veut trop être seul » : 16 mai 1831 dans Lettres, t. A, p. 206.

[19] La Tribune Catholique (1832-1833), quotidien lancé par Bailly, tente sans succès après la mort de L’Avenir une sorte de synthèse entre les positions catholiques, la traditionnelle et la libérale. Le journal se fond en octobre 1833 avec L’Univers religieux lancé par Migne en septembre 1833. Cité trois fois chez d’Alzon : « J’ai reçu pendant trois mois la Tribune catholique, mais elle a fini par me paraître si faible que j’ai suspendu mon abonnement. Les doctrines me paraissaient bonnes, mais la manière dont elles étaient présentées m’a paru peu propre à la faire goûter » : 8 juin 1833 in Lettres, t. A, p. 415.

[20] La Revue européenne succède en septembre 1834 à la première formule du Correspondant, mais elle ne semble pas avoir duré plus de dix ans. Citée 26 fois dans d’Alzon : « J’aime assez la Revue européenne. En général, les articles qui me plaisent le plus sont ceux de Cazalès » : 24 février 1832 in Lettres, t. A, p. 271. Il se la fait passer au grand Séminaire de Montpellier sous le couvert de l’abbé Vernières.

[21] Le fameux journal fondé par Migne en 1833 va devenir avec Louis Veuillot en mars 1843 la véritable voix du clergé ultramontain pendant tout le XIXe siècle (tirage maximum 12. 000 ex.). On comprend que d’Alzon l’ait adopté avec enthousiasme. Suspendu entre 1860 et 1867 et remplacé par Le Monde de Taconet, il connut son apogée au concile Vatican I. Louis Veuillot paralysé en passa la direction à son frère Eugène en 1879. On sait que La Croix attendit la mort de Louis Veuillot (7 avril 1883) avant de paraître sous la forme d’un quotidien (16 juin 1883). Elise Veuillot créa un concurrent à L’Univers, La Vérité (1893-1907). Le journal L’Univers disparut en 1914. Cité 198 fois dans les écrits d’Alzon qui y a publié une notice nécrologique sur l’abbé Soulas, le 12 mai 1857..

[22] « J’ai reçu seulement The Month de juillet » : 30 juin 1875 in Lettres, t. XI, p. 150.

[23] « Avez-vous fait demander pour moi le Tablet (journal catholique anglais) ? Somme toute, je préférerais le Weekley [hebdomadaire], mais je n’ai plus ni l’un ni l’autre depuis le 1er février » : 6 avril 1859 in Lettres, t. III, p. 53.

[24] La Civiltà cattolica, citée 20 fois dans d’Alzon,  est la revue romaine de la Compagnie de Jésus, fondée en 1850 par les PP. Cucci et Vasco pour lutter contre la vague d’irréligion qui menaçait l’Italie. Elle prit au départ un ton conservateur déclaré : « Voudriez-vous m’abonner à la Civiltà cattolica ? Je ne prends pas la Correspondance [de Rome, organe de Mgr Chaillot fondé en 1848 pour soutenir les ultramontains français. Le P. d’Alzon le trouvait trop lié à Mgr Darboy et d’un ultramontanisme pâli] » : lettre du 7 janvier 1869 in Lettres, t. VII, p. 215. D’Alzon a donné cependant deux articles dans la Correspondance de Rome en 1861 : Lettres de Madrid.

[25] Les Etudes, citées 1 fois dans d’Alzon indirectement par le biais du P. Gagarin qui en fut avec son confrère Martinov l’un des animateurs et initiateurs principaux en 1856, revue de culture générale.

[26] Il Divin Salvatore, cité 9 fois dans les écrits d’Alzon, était une sorte de semaine religieuse de Rome, fondé en  in Lettres, t. XII, p. 1877 par Paolo Mencacci, contenant les nouvelles de la vie romaine : « Quand vous voudrez savoir la pensée romaine, vous la trouverez dans les Ultime Notizie du Divin Salvatore. Proposez-lui l’échange [avec Le Pèlerin] ou abonnez-vous » : lettre à V. de P. Bailly, 7 avril 1878 in Lettres d’Alzon, t. XII, p. 424.

[27] L’Osservatore ou l’Osservatore romano, cité 4 fois dans d’Alzon, est le nom du journal de nos jours officiel du Saint-Siège qui commença à paraître en juillet 1861, à la fois politique et religieux, journal officieux sous Pie IX dirigé par Marcantonio Pacelli, grand-père du futur Pie XII. Le journal fut acquis par le Vatican en 1890 sous Léon XIII. « Entendons-nous sur le journal français à Rome. Il a été question de deux. L’Echo de Rome, Moniteur du Vatican a joui d’un numéro, et puis il s’est replié dans l’ombre ; celui-là était fait par un curé français. L’autre devait s’appeler l’Observateur Romain. C’était la transformation de l’Osservatore que Franchi a voulu conserver » : lettre du 4 avril 1874 in Lettres d’Alzon, t. XII, p. 419.

[28] L’Unità Cattolica, cité une fois par d’Alzon : « Je connaissais l’article de l’Unità Cattolica. C’est à faire pitié. Trouver le salut dans le suffrage universel, c’est la pure folie. Mais tout doit se voir dans le temps présent » : lettre du 4 nov. 1878 dans Lettres d’Alzon, t. XII, p. 601-601.

[29] La Voce della Verità est la traduction italienne d’un journal français, La Voix de la vérité (1854-1857), encore fondé par l’abbé Migne, dont le rédacteur en chef fut l’abbé M.-Dominique Bouix (1808-1870), canoniste ultramontain, également rédacteur des Instutiones juris canonici et fondateur de la Revue des Sciences ecclésiastiques. D’autres revues et journaux ultramontains virent le jour à Rome : les Analecta juris canonici de Mgr Chaillot, également rédacteur de la Correspondance de Rome (citée 11 fois dans d’Alzon).

[30] Les semaines religieuses des diocèses ont commencé leur existence au milieu du XIXème siècle : celle de Nîmes, lancée en mars 1865 sous Mgr Plantier, où d’Alzon a souvent donné de la copie, est citée par lui 95 fois, ce qui ne l’empêchait pas de s’en moquer en l’appelant l’encensoir officiel (lettre du 21 juillet 1866, Lettres d’Alzon, t. VI, p. 101).

[31] Petite feuille missionnaire du bulletin de l’œuvre de la Propagation de la foi, fondé en 1822 à Lyon par Pauline Jaricot, lien entre les associés donnant des nouvelles des missions. L’abbé d’Alzon fut directeur diocésain de l’œuvre pendant une dizaine d’années. Citée 4 fois dans les écrits d’Alzon, ainsi à Galabert le 18 mai 1864 « La lettre que vous m’avez adressée est on ne peut plus intéressante ; je la fais mettre au net et je la donnerai aux Annales de la Propagation de la foi ou aux Œuvres d’Orient, selon que je le trouverai plus intéressant dans notre sens » : Lettres d’Alzon, t. V, p. 56.

[32] Autre bulletin missionnaire liée à l’œuvre d’Orient fondée en 1856 par Cauchy, Lenormand et Lavigerie. Le P. d’Alzon en fut l’animateur et le diffuseur dans le diocèse de Nîmes. Cité deux fois dont cette lettre du 18 juillet 1865 à Galabert : « Envoyez-moi le plus tôt possible l’esquisse historique dont vous me parlez ; ce qui sera très intéressant pour le bulletin des Annales des écoles d’Orient »  Lettres d’Alzon, t. V, p. 362.

[33] Revue catholique de philosophie fondée en 1830 par Augustin Bonnety (1798-1879) qui soutint les théories fidéistes et traditionalistes analogues à celles de Bautain qui attaquaient la scolastique où il voyait une forme de rationalisme. Revue citée 16 fois par d’Alzon auquel il arriva de donner des articles à publier. Elle se maintint jusqu’en 1913. D’Alzon y a publié en 1838 et 1839 trois articles-recensions : sur le saint Jean Chrisostome de Gaume, sur les Stromates de saint Clément d’Alexandrie par de Genoude et sur un livre de Combalot, La connaissance de Jésus-Christ. En 1835 Bonnetty avait publié la lettre de d’Alzon du 18 janvier à sa sœur sur la découuverte de corps martyrs aux catacombes.

[34] L’Université catholique, citée 4 fois dans les écrits d’Alzon, est une revue fondée en 1836 par l’abbés Gerbet pour les besoins d’un enseignement supérieur qui ne peut alors être dispensé dans des facultés libres de ce rang, seulement autorisées en 1875. Elle fut absorbée en 1855 par les Annales de philosophie chrétienne de Bonnetty. Le P. d’Alzon a gardé toute la collection. Il y a publié en 1838 une recension du livre de Görres sur Athanase.

[35] Ce bulletin, cité 6 fois dans d’Alzon, est celui de l’œuvre du même nom fondée en 1856-1857 à l’initiative notamment du P. d’Alzon par Mgr de Ségur pour combattre l’esprit libéral et maçonnique grâce au réseau des écoles catholiques et des œuvres de jeunesse. D’Alzon y a publié en 1866-1867 six articles sur le mouvement religieux en Angleterre.

[36] Cité trois fois par d’Alzon, le Polybiblion est la Revue bibliographique universelle lancée en 1868 par la Société bibliographique de M. de Beaucourt (1833-1924) déjà créateur en 1866 de la Revue des questions historiques (1866-1939). On voit que le P. d’Alzon  a proposé des collaborateurs à la revue de M. de Beaucourt : « Veuillez dire à M. de Beaucourt que l’abbé Gilly, supérieur du petit séminaire de Beaucaire, accepte de lui faire des comptes-rendus sur tous les livres théologiques, mais surtout sur les livres exégétiques latins et allemands qu’il désirera ; que M. l’abbé de Cabrières lui fait la même proposition, surtout pour les livres anglais ; M. Durand rechigne un peu, à cause de sa manie du parfait » lettre du 11 mars 1869 à Picard dans t. VII, p. 277.

[37] La Revue des Bibliothèques paroissiales, revue hebdomadaire (1850-1857 ?), citée 9 fois dans les écrits d’Alzon est née dans le sillage de l’œuvre du même nom, créée par l’abbé-chanoine Louis-Marie Bernard dit d’Avignon (1808-1895) mais natif de l’Ain, publiciste auteur de petites brochures de propagande catholique et de colportage à destination des campagnes. « Depuis que le Mémoire ci-joint est rédigé, l’archevêque de Reims [Gousset] me presse de me charger de la direction d’une revue théologique, que l’on voulait d’abord confier à Bonnetty. Cette revue subsiste déjà. On en parle dans le Mémoire et l’on pense qu’à Avignon sous la protection d’un archevêque romain [Debelay], on sera plus libre pour tout dire » au nonce Fornari, 15 février 1853 in Lettres, t. I, p. 241. L’abbé d’Alzon qui écrivit dans la revue deux articles en 1853, propagea l’œuvre dans le diocèse de Nîmes.

[38] La Revue du Monde catholique, citée à 4 reprises dans d’Alzon, a été fondée bimensuelle à Paris en 1861 par des membres laïcs et prêtres de L’Univers, parue sous ce titre jusqu’en 1910, puis de 1921 à 1925, avec pour objectif la défense de l’Eglise, au service de la religion : à V. de P. Bailly, le 20 sept. 1880 « Avez-vous remarqué que la Revue du monde catholique devient plus intéressante depuis l’apparition de La Croix ? On vous redoute » Lettres, t. 13, p. 409.

[39]Elle est à porter à l’actif de l’abbé Bouix déjà mentionné. Lancée en 1860 à Arras et passée en 1893 sous la direction de professeurs de l’Institut catholique de Lille, fusionnée en 1906 avec La Science catholique, elle a vécu jusqu’en 1910. Citée 6 fois par d’Alzon : « Je décachète ma lettre pour vous dire que je viens de lire deux articles du P. Montrouzier, dans la Revue des sciences ecclésiastiques, juin et juillet 69, sur les confesseurs des religieuses » : lettre du 16 août 1869 à M..M. E. de J. in Lettres d’Alzon, t. VII, p. 387.

[40] Journal cité à trois reprises. Périodique royaliste publié à Montpellier entre 1831 et 1834 : « L’on va publier, à Montpellier, un journal sous le titre de Mélanges Occitaniques. Si vous ne le connaissez pas déjà au Correspondant, je vous donnerai des détails sur son esprit, son but etc… quand j’aurai été à Montpellier » lettre du 9 janvier 1831 à d’Esgrigny in Lettres, t. A, p. 183.

[41] Revue catholique du Languedoc, citée à 24 reprises dans d’Alzon, bimensuel lancé en mars 1859 où d’Alzon publia quelques articles dont une riposte contre le pasteur Puaux, supprimée en 1861 lors de l’affrontement avec le pouvoir sur la question des Etats de l’Eglise et une présentation du livre de Wiseman. « La future Revue catholique de Nîmes compte seulement dans la ville plus de 300 abonnés. Le département, à coup sûr, en fournira autant, et avec cela nous pourrons marcher » 6 avril 1859 à Picard, Lettres t. III, p. 53.

[42] Le Messager du Midi, quotidien montpelliérain (1848-1892), cité dans d’Alzon deux fois. Danjou a aussi créé en 1845 la Revue de la Musique religieuse, populaire et classique (1845-1849). « J’écrirai à Veuillot pour Poujoulat. Si celui-ci veut m’envoyer un exemplaire  de Saint Augustin, je lui ferai un article pour le Messager du Midi qui a cinq à six mille abonnés » : 10 mars 1858 in Lettres, t. II, p. 404-405.

[43] Reprise éphémère par Baragnon (février 1862-janvier 1863) de la Revue catholique de Nîmes. 7 mentions dans d’Alzon qui y a publié un article en 1862 sur saint Augustin et la liberté de conscience.

[44] Aucune allusion dans Lettres d’Alzon, t. III !  Pour l’événement, se reporter au récit donné dans L’Assomption [de Nîmes], 1er juin 1876, n° 35, pages 82-84. Anthologie, t. II, chap. 30, pages 142-146 (Le Père d’Alzon et son ami le poète Jean Reboul 1859).

[45] Ligne établie entre Alès et Beaucaire. On dit que le nouveau vicaire général fut de la cérémonie d’inauguration, le 14 mars 1839 jour de son installation en titre !

[46] « J’ai vu des téléphones. Le P. Vincent de Paul ne rêve que téléphones. Je vous en procurerai quand ils auront été suffisamment perfectionnés » : lettre du 7 février 1878 dans Lettres, t. XII, p. 305.

[47] Le télégraphe optique remonte à Chappe en juillet 1793 ; on commença les premiers essais de télégraphie électrique en France en 1844.

[48] « Le P. Emmanuel vous aura remis deux daguerréotypes de votre serviteur : ils remontent à 1838 ou 1840, au plus tard, si je ne me trompe » : lettre du 15 avril 1869 in Lettres, t. VII, p. 294. Le célèbre Disraéli est venu à Nîmes, au collège de l’Assomption, en 1852-1853 et Nîmes a eu son atelier photographique avec Antoine Crespon..

[49] « Voulez-vous que je vous donne quelque chose de ma retraite pour une machine à coudre ? On dit que ces machines font l’ouvrage de quatre ouvrières » lettre du 23 janvier 1869 dans Lettres, t. VII, p. 230.

[50] Lettre du 15 juillet 1850 : t. C, p. 589. Lors du siège parisien de 1870, on développe l’aérostation militaire et le ballon postal.

[51] Lettre du 11 octobre 1875 : tome XI, p. 270. La lanterne magique est un appareil de projection qui agrandit sur écran grâce à une source lumineuse, la lumière oxhydrique, des images peintes sur verre.

[52] Le Cosmos, cité deux fois dans d’Alzon, fut repris par la Bonne Presse en 1884. Le frère des PP. Bailly, Bernard (1835-1920) en devint le directeur, l’améliora et l’agrandit. La revue Le Cosmos de la B.P. a vécu de 1885 à 1914 ; elle reparut e n 1922 et supprimée en 1935. Bayard a tenté de ressusciter en 1995 un magazine de vulgarisation scientifique de même type,  Euréka, essai sans lendemain.

[53] Cet abbé républicain écrivit dans L’Ere nouvelle et fonda la Revue des réformes et du progrès (juin-déc. 1849), Le Drapeau du peuple, journal, de la démocratie et du socialisme chrétien (+ juin 1850).

[54] Samedi 12 juillet 1845 : Lettres, t. B, pages 525.

[55] Lettres, t. II, p. 137 n. 2 ; 155 n. 3, 156, p. 219…

[56] Dans ce domaine, je pense que l’on est loin d’avoir prospecté tous les possibles articles inédits du P. d’Alzon dans la presse de son époque : souvent les articles n’étaient pas signés et pour ce qui est de ceux que nous  avons pu signaler, on le doit exclusivement au fait que le P. d’Alzon y a fait allusion dans sa correspondance conservée. Ainsi la découverte des Lettres de Madrid dans La Correspondance de Rome de juin 1861 ne remonte qu’à l’année 1993 : cf Lettres d’Alzon, t. XV, p. 110-124.

[57] A supposer que la bibliothèque personnelle du P. d’Alzon ait été intégralement ou partiellement fondue dans celle du collège de l’Assomption de Nîmes, il reste impossible, en dehors d’un inventaire détaillé constitué en 1857, d’en préciser le contenu exact en raison des déménagements, partitions, démembrements et pertes qu’elle a subis au cours du temps : 1880, 1909, 1968. Une partie qui avait échoué au Vigan, a été rassemblée et inventoriée à partir de 2005 à Rome où elle a pris place dans une salle-musée consacrée à cet effet.

[58] Le P. d’Alzon arrive à Paris le 15 janvier 1848 où il demeure jusqu’au 13 mars pour n’être à Nîmes que le 17. Le but de ce voyage est l’obtention du plein exercice pour son collège que lui promet son compatriote M. Guizot, rencontré le 17 février.

[59] Lettres du P. d’Alzon, t. C, pages 323-324. Le premier numéro de L’Ere nouvelle journal chrétien du trio Lacordaire, Ozanam et Maret, libéral et social, est daté du 15 avril 1848 ; mais Lacordaire se retira de la direction en septembre. En 1849, un légitimiste, de La Rochejacquelein, racheta le journal qui disparut le 15 avril 1849. Montalembert et le Comité central pour la défense religieuse lancèrent une feuille bihebdomadaire, L’Election populaire. Les élections législatives au suffrage universel et au scrutin de liste départementale de 1848 eurent lieu le 23/24 avril 1848 avec 16% d’abstentions seulement. 880 députés ; victoire des républicains modérés avec 600 élus, 200 légitimistes et catholiques. Echec des socialistes avec une centaine d’élus seulement. Pour le Gard, 10 députés. Le 10 décembre 1848, élection du président de la République au suffrage universel : 5. 434. 280 voix à Louis Napoléon et 1. 448. 100 à Cavaignac.

[60] L’évêque de Nîmes, Mgr Cart, aurait bien voulu que le P. d’Alzon se porte candidat à la députation, mais le vicaire général a résisté à cette pression.

[61] Par cette expression on désigne ceux qui acceptent de fait le régime républicain né après la révolution de 1848, non pour des raisons idéologiques, mais par opportunisme. D’Alzon en fait partie, en posant la condition que le nouveau régime respecte l’Eglise et développe à son bénéfice les libertés promises par la Charte. Cette étiquette lui coûta cher, en plus de la crise financière : des familles légitimistes retirèrent leurs enfants du collège.

[62] Le titre primitif prévu était La Démocratie catholique, avec un programme religieux et républicain. Le journal coûtait 20 francs d’abonnement annuel, il ne tira au mieux qu’à 500 numéros. Les élèves du collège en firent la critique avec une feuille de potache intitulée : La liberté entre quatre murs !

1.      Adresse aux habitants de Paris, samedi 25  mars 1848, La Liberté pour tous n° 3.

2.      Ce que nous sommes, jeudi 30 mars 1848, La Liberté pour tous  n° 5. Lettres, t. C, p. 329.

3.      A propos d’une lettre d’Hippolyte Carnot, jeudi 30 mars 1848, La Liberté pour tous  n° 5. Lettres, t. C, p. 329.

4.      Du maintien de tous les droits par l’union et la liberté : mardi 11 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 10. Lettres, t. C, p. 334.

5.      Au rédacteur de ‘La Liberté pour tous’ : mardi 11 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 10. Lettres, t. C, p. 334.

6.      Les élections législatives : jeudi 27 avril 1848, La Liberté pour tous  n° 18. Lettres, t. C, p. 338-339.

7.      Aux catholiques de Nîmes : mardi 2 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 21. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 683 n. 1.

8.      Aux protestants de Nîmes : mardi 9 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 24. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 683 n. 1, 687 n. 1.

9.      Emeute de mai : samedi 20 mai 1848, La Liberté pour tous  n° 31. Voir à son sujet Lettres, t. C, 692 n. 1.

10.  Erratum : vendredi 28 juillet 1848, La Liberté pour tous  n° 67.  Lettres, t. C, p. 363.

11.  Les élections municipales : dimanche 20 août 1848, La Liberté pour tous  n° 79. Voir à son sujet Lettres, t. C, p. 696-697 n. 1.

Ce journal de La Liberté pour tous a fait l’objet d’une étude spécifique par André Pezziardi, Université Paul Valéry de Montpellier : Un journal catholique et démocrate en 1848 : La Liberté pour tous, 1977, 101 p.

[63] Malheureusement cette Revue n’a jamais fait l’objet d’une étude un tant soit peu spécifique alors qu’elle le mériterait. Le P. d’Alzon qui avait aussi en tête son projet d’une Université libre catholique Saint-Augustin à Nîmes, avait un moment espéré acquérir la revue mensuelle L’Université catholique passée aux mains de Bonnetty dont le but était semblable. On se contenta dans l’immédiat à Nîmes de publier avec le concours des professeurs du collège de l’Assomption une collection d’auteurs classiques chrétiens, textes latins et grecs, dans l’esprit de ce qu’allait entreprendre Gaume. La contribution du P. d’Alzon pour la R.E.C., de 1851 à 1877 constitue un volume de 308 pages dans le Corpus Causae.

[64] On trouve 71 citations du titre ou allusions à la revue dans les écrits du P. d’Alzon. Description globale de la collection (1ère formule : Nîmes-Paris : 1851-1855 : 31 numéros de la série I en 3 volumes 1851-déc. 1854 : 660 pages + 784 p. + ; 768 p. puis une série II en 1 volume 1855, 12 numéros,  767 pages, donc 4 vol. pour 1851-1855 ; 2ème formule : Paris : 1871-1877, nouvelle série en XI volumes (vol. I : 1871 n° 1 à 6, vol. II 1871-1872 n° 7 à 12, vol. III 1872 n° 13 à 18, vol IV 1872-1873 n° 19 à 24, 640 p., volume V 1873 n° 25 à 30, 586 p., vol. VI 1873-1874, n° 31 à36, 576 p., vol. VII 1874 n° 37 à 42, 576 p., vol. VIII 1874-1875, n° 43 à 48, 574 p., t. IX 1875 n° 49 à 54, 576 p., t. X 1875-1876 n° 55 à 60, 584 p., vol. XI, 1876, six numéros, 576 p., vol. XII 1876-1877 six numéros 568 p., vol . XII  : au total pour cette série 1871-1877 : une collection de 12 volumes. Chaque numéro possède une table analytique du contenu. Mais le nombre d’abonnements trop faible n’a jamais dépassé les 450.

[65] Au total une centaine de prônes et 14 articles sur des sujets divers, ce qui représente un volume de 346 pages dans le Corpus Causae. Il y eut annuellement une table des matières et des gravures jusqu’en 1915 inclus. Jusqu’en 1895 inclus, la pagination est continue. On est passé des centaines d’abonnés de 1873 à 80. 000 en 1879 pour culminer à 500.000 dans les années 1950-1960. L’Almanach du Pèlerin est créé en 1879, son succès fut rapide et l’on dépassa rapidement les 500. 000 exemplaires.

[66] Cette revue, appelée L’Assomption de Nîmes (1875-1879), publiée au profit de l’œuvre de N.-D. des Vocations, pour la différencier d’une autre postérieure aujourd’hui déjà centenaire (fondée en 1897) dite L’Assomption et ses œuvres, comporte beaucoup d’articles du P. d’Alzon dont les connus Mémoires d’un ancien de la vieille Assomption, encore repris dans Souvenirs en 1893. Au total 48 numéros, consultables grâce à trois tables (I 213-216 ; II 389-396 ; III 382-388. Texte imprimé chez Lafare à Nîmes.

[67] Lettres du P. d’Alzon, t. XIII, p. 230. Il y eut au moins  douze réunions préparatoires auxquelles ont participé le P. d’Alzon et les AA de Paris, de décembre 1879 à mai 1880 (CD 325).

[68] Le P. d’Alzon a donné dans La Croix-Revue une série d’articles, consacrés notamment à la Russie et à la persécution religieuse en France, au total un volume représentant 236 pages : ce sont là ses derniers écrits, notamment l’article intitulé Etat-Dieu, paru dans le n° de novembre 1880, p. 497-501, article souvent republié ailleurs. Revue savante, renouvelant la Revue de l’Enseignement chrétien : l’ensemble forme une collection de trois volumes 1880-1883 : t. I 1880-1881, n° 1 à 12, 986 pages ; t. II 1881-1882 n° 13 à 24, 964 pages ; t. III juin 1882 à avril 1883 n° 25 à 35, 880 pages avec à chaque tome une table analytique des matières et des gravures

[69] Le P. d’Alzon a écrit en 1880 la Préface de cette publication et quelques notices dont à coup sûr : n° 4 Saint Benoît, n° 5 Sainte Scholastique, n° 6 Saint Patrice et n° 32 Sainte Agnès. Par la suite la formule devint autonome et on brocha des séries par mois.

 

 

Les conversions apostoliques d’E. d’Alzon

 

Pourquoi parler en ces termes des activités apostoliques successives ou cumulées durant la vie du P. d’Alzon et de la première Assomption ? Sans doute parce que l’on a facilement tendance, un siècle et demi après les faits, à harmoniser et à unifier ce qui a été un long processus de recherche, de maturation, de combat dans la conscience apostolique du P. d’Alzon…

Une chose qui ne peut être mise en doute, c’est l’engagement pleinement ecclésial du Fondateur de l’Assomption, un enracinement total, vicaire général de son diocèse pendant quasi 40 ans. Il a donné à sa charge les traits de son caractère et de son tempérament, conduisant de front ses engagements diocésains et ses responsabilités en charge de congrégations, avec les tiraillements que l’on peut deviner. Il est resté un prêtre engagé dans la vie pastorale de son diocèse, tout en ayant choisi la vie religieuse à partir de 1845, approfondissement d’un double choix de vie, signe de fidélité à l’Esprit et à la mission permanente de l’Eglise, accomplissement à la fois d’une vocation personnelle et d’un service apostolique.

 

Si l’on veut entrer dans le détail des formes d’investissement apostolique qu’a connues le P. d’Alzon, on ne peut manquer d’être étonné à la fois par leur variété, leur multiplicité, la souplesse et l’esprit d’initiative dont il fait preuve : il n’est pas seulement héritier, il est inventif, créateur, fondateur. Il est sûr que comme vicaire général, il se situe comme un administrateur et un animateur des activités et des œuvres, disons dans le charge d’une fonction pastorale établie. Il est à cet égard un généraliste ; et pourtant on ne peut lui dénier non plus une bonne dose de spécialisation : ne s’est-il pas fait maître d’école, journaliste, créateur de revues de presse, fondateur et animateur d’œuvres supra-diocésaines, de congrégations religieuses, avec un brin de virtuosité, de spontanéité, d’enthousiasme, de liberté, au point que ses adversaires ou ses contradicteurs l’ont parfois accusé de versatilité, de précipitation brouillonne, d’agitation ? Ne s’est-il pas aussi investi dans le champ nouveau des pèlerinages ? etc… En fait, il faudrait y regarder d’un peu plus près pour voir la part propre qui fut la sienne, celle qui lui vint de ses disciples, celle qu’il accepta ou encouragea après l’avoir méconnue ou délaissée. En ce sens parler de ‘conversions apostoliques’ à son sujet est tout à fait fondé.

 

Le collège de Nîmes : l’évolution d’un premier choix apostolique.

 

S’il est une identification primitive, devenue priorité apostolique, reconnue par les premiers textes constitutionnels de l’Assomption, c’est bien celui de l’éducation-enseignement. L’Assomption a reconnu dans l’aventure commencée par d’Alzon en 1843 sa passion engagée et partagée (RA) pour la liberté de l’enseignement, un service social, ecclésial et éducatif de premier plan.

Or il est évident que même sur ce point ont joué sur le P. d’Alzon des influences externes qui l’ont conduit à accepter la décision de l’abbé Goubier de reprendre le collège de l’abbé Vermot et de mettre en œuvre une nouvelle structure scolaire plus élaborée, plus pédagogique, plus professionnelle.

Les résultats de l’engagement total du P. d’Alzon, financier compris, au niveau du collège n’ont sans doute pas été à la hauteur de ses attentes : difficulté de maintenir une situation d’excellence (équipe pédagogique, revue, niveau et résultats), problème de la concurrence à partir de 1850 (loi Falloux), recrutement vocationnel plutôt faible : autant de points d’évaluations et de constats dressés par le P. d’Alzon lui-même, au fil des ans. La législation scolaire en France qui a progressivement démocratisé l’enseignement secondaire en direction des couches populaires, est venue contrecarrer la volonté du Fondateur de former par l’éducation des élites sociales privilégiées : aristocratie et bourgeoisie. On voit bien qu’à partir des années 1860, le P. d’Alzon, sans remettre en cause ses choix antérieurs, accepte d’étendre la gamme des activités apostoliques de l’Assomption à d’autres horizons et à d’autres appels : mission lointaine (Australie, Bulgarie), prédication (Rue François Ier), paroisse (Alès). D’autre part le collège a été à la fois le berceau de la congrégation et le tombeau de la fortune du P. d’Alzon. Il y a une certaine forme d’humilité à reconnaître que dans le domaine des choix ou des priorités apostoliques un Fondateur et a fortiori un Institut sont contraints à accepter au cours du temps des discernements progressifs et évolutifs : cela protège de ‘l’esprit propre exclusif, de spécialisations trop typées qui finissent par fossiliser une congrégation et stériliser une fidélité créatrice. Il est plus urgent d’être attentif à la permanence d’un charisme qu’au maintien d’œuvres.

 

              L’invention des alumnats, 1871

 

              Il n’est pas nécessaire de revenir sur les circonstances qui ont présidé à l’inauguration du premier alumnat assomptionniste en août 1871 sur la colline de N.-D. des Châteaux et de rappeler combien la formule a permis le développement numérique de l’Assomption. Tout cela est connu. Il est peut-être plus opportun de souligner que le P. d’Alzon en créant cette formule pour l’Assomption, avait été précédé dans cette voie par d’autres réalisations semblables (écoles apostoliques du P. Albéric de Foresta, oblats bénédictins du Moyen-Age). D’ailleurs la paternité même de l’alumnat à l’Assomption en revenait tout autant à des compagnons du P. d’Alzon qu’au Fondateur lui-même, dont le P. Pernet ou le P. Dumazer, soucieux avant lui d’attirer l’apostolat assomptionniste en direction des classes populaires. On peut en ce sens parler de conversion progressive du P. d’Alzon vers des formes d’apostolat populaire, même s’il reste vrai que son souci des vocations sacerdotales est constant dans sa vie.

 

              Les pèlerinages et presse, 1872

 

              Il en va de même en ce qui concerne l’organisation de pèlerinages nationaux par l’Assomption en direction de centres mariaux comme La Salette ou Lourdes, ou plus tard de centres internationaux comme Rome, Jérusalem. L’initiative en revient plus d’une fois à d’autres religieux que le P. d’Alzon, même s’il a su valider et couvrir leurs activités comme typiques de l’esprit de l’Assomption. Ainsi les PP. Vincent de Paul Bailly et Picard qui ont bataillé ferme pour cette reconnaissance. Au départ, le P. d’Alzon milita pour l’organisation de pèlerinages diocésains, placés sous la responsabilité du clergé séculier auquel il attribuait en priorité le patronage spirituel de cette animation chrétienne. D’Alzon vicaire général voulait éviter tout litige de juridiction ou d’empiètement sur les droits du clergé séculier. Mais il sut aussi s’incliner devant la détermination et la conviction des religieux de Paris, organisateurs et collaborateurs d’œuvres de pèlerinage, au caractère marqué par l’esprit de l’Assomption. On peut d’ailleurs dire d’une façon générale que le P. d’Alzon durant la décennie 1870 encourage et soutient l’action apostolique pionnière de ses religieux.

              Il en va de même en ce qui concerne l’activité de presse qui reprend à l’Assomption dans les années 1870. Le P. d’Alzon s’était fait journaliste en 1848 avec le journal La Liberté pour tous et en 1852 il créait la Revue de l’enseignement chrétien (1ère série). Lorsqu’il reprit ce titre en 1871, il entendait promouvoir la conquête de la liberté de l’enseignement pour le niveau supérieur sur le plan légal, après avoir cherché au moins à deux reprises, à l’établir sur le terrain à Nîmes : en 1851 Maison de hautes études, Ecole préparatoire, Ecole Normale ; en 1871 Université Saint-Augustin. La loi Laboulaye l’obtint en 1875. Quand il s’agit quelques années plus tard de développer à Paris une activité de presse plus étendue (Le Pèlerin, La Vie des Saints), le P. d’Alzon crut suffisant de reprendre une nouvelle fois litre d’une série : Revue de l’enseignement chrétien, dans le style d’une revue d’opinion, genre savant. Au cours de discussions partagées avec les religieux de Paris, on préféra le titre de La Croix-Revue, plus offensif ou plus militant. On sait comment à Paris on fit évoluer cette revue dans le sens d’un quotidien à partir de 1883, La Croix journal. Ceci montre encore une fois que, durant sa dernière décennie de vie, le P. d’Alzon se fit sur le plan apostolique plus accompagnateur qu’animateur, en ce sens qu’il laissa davantage d’initiative aux religieux. Cela témoigne en tout cas qu’il ne fut pas imperméable à cette obligation de conversions apostoliques qui restent les meilleurs témoignages de sa passion apostolique. Cette souplesse du Fondateur a permis à la Congrégation d’évoluer dans ses positions et ses convictions : atténuer un ultramontanisme agressif, un anti-protestantisme pas toujours évangélique, une vision ecclésiologique trop autoritaire et trop hiérarchique, une approche de l’orthodoxie trop marquée par la polémique historique. Ces évolutions n’ont pas été nécessairement anticipées à l’Assomption, elles ont fait prendre conscience que la fidélité au Fondateur n’est une affaire de répétition mais que l’Esprit de Dieu est donné aux hommes à travers le temps et leur chemin de sainteté. L’obligation qui nous reste, c’est d’avoir à dépenser plus d’énergie pour définir les urgences apostoliques du présent que pour critiquer des formules et des choix passés.

 

© P. J.-P. P.-M, janvier 2010

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Eveil d’une vocation, Emmanuel d’Alzon (1829-1832)


[1] Dans son cas précis, cette vocation a au moins trois composantes : ecclésiale (oui à l’Eglise), sacerdotale (oui à l’appel-mission) et religieuse (oui dans la consécration à vivre pour Dieu selon la forme des vœux), avec perspective d’approfondissement et de réponse graduelle. Pour les deux premières, engagement en 1834, pour la troisième, engagement à partir de 1845.

[2] Lettres du P. d’Alzon, t. A, Paris, B.P., 1923, pages 38-41.

[3] Anthologie alzonienne. Le Père Emmanuel d’Alzon par lui-même, t. I, Rome, 2003, pages 29-32. Livre traduit en portugais, en anglais, en espagnol.

[4] Anthologie alzonienne. Le Père Emmanuel d’Alzon par lui-même, t. II, Rome, 2007, pages 25-28. Livre traduit pour l’instant en anglais, en espagnol.

[5] C’est une fable éculée de répéter que la famille du P. d’Alzon a cherché à le dissuader d’un engagement ecclésial pour des raisons successorales (titre, lignée, fortune). Il est vrai que la maman d’E. d’Alzon et tel ou tel parent (la rumeur dit qu’un oncle aurait volontairement avantagé  Emmanuel dans sa succession s’il avait renoncé) ont pu être dans un premier temps être chagrinés dans leurs projets humains par une telle perspective ; mais la conviction intime de sa mère, après avoir pesé le bien et le bonheur ultimes de son fils, fut bien d’accueillir et de faciliter sa démarche, après une période d’observation, non de le contrecarrer. Mme d’Alzon dit un jour : « Je sais qu’Emmanuel est perdu pour nous ».

[6] Anthologie alzonienne. Le Père Emmanuel d’Alzon par lui-même, t. I, Rome, 2003, pages 59-62 (L’étoile de la vie religieuse). Livre traduit en portugais, en anglais, en espagnol.

[7] 15 avril 1833 à Gouraud : « On dit que l’abbé Bautain s’est mis à la tête de quelques jeunes prêtres, dont il dirige les études. Quel est leur but ? Je suis tellement certain que Dieu veut aujourd’hui un Ordre nouveau, et que cet Ordre paraîtra avant peu, que je ne puis entendre parler d’une association de ce genre sans être fortement remué. Je voudrais avoir des détails positifs sur ce M. Bautain » : t. A, p. 403.

[8] C’est l’abbé Combalot qui a fait connaître sa protégée à l’abbé d’Alzon. En octobre 1838, l’abbé d’Alzon, invité par Combalot dans sa famille à Châtenay (Isère), a rencontré pour la première fois la jeune Anne-Eugénie Milleret, venue du monastère de la Visitation de La Côte-Saint-André.

[9] Ainsi : 24 juin 1844 : « Une idée que j’avais eue autrefois et qui n’était plus qu’à l’état de souvenir m’est revenue plus forte que jamais, c’est de me consacrer à me former une communauté religieuse » : t. B, p. 162.

16 août 1844 : « Je ne puis vous dissimuler que la pensée d’être religieux m’a longtemps préoccupé, quoique je ne me sois jamais senti d’attrait pour aucun Ordre subsistant… » : t. B, p. 183.

Idem : « La base morale que je voudrais donner à une Congrégation nouvelle serait : 1° l’acceptation de tout ce qui est catholique ; 2° la franchise ; 3° la liberté. Je n’indique que ce qui devrait distinguer une Congrégation moderne de celles qui subsistent déjà » : t. B, p. 185.

20 décembre 1844 : « Je suis très préoccupé, depuis quelque temps, de ce qui m’est personnel dans l’ordre où la Providence peut vouloir me faire marcher. Lorsque je pris les saints ordres, il y a dix ans, je fus comme aveuglé en ce sens que je ne vis plus clair dans mon avenir. Aujourd’hui, il me paraît que l’étoile reparaît, et je croiis découvrir quelque chose, vers quoi je dois marcher » : t. B, page 213.

 

23 janvier 1845 : « Vous me parlez de toutes les vocations que je trouverais pour un Ordre, tel que vous le rêvez. Mais, encore un coup, ai-je ce qui convient ? Manière der faire, d’agir, me prouve que, d’une part, je n’ai pas le bonheur de plaire à tout le monde ; d’autre part, je m’aperçois fort bien que, dans l’ordre de la sainteté, il n’y a aucun rapport entre ce que je suis et ce qu’ont été les fondateurs. Avant d’avoir entrepris de former les autres, quelle dure éducation ne s’étaient-ils pas imposée à eux-mêmes ! » : t. B, p. 221.

25 janvier 1845 : « J’ai déjà lu les cinq premiers chapitres du Traité de la vie monastique [Rancé]. J’en suis content sauf de la distinction entre les anachorètes et les cénobites. Vos Polonais [Résurrectionnistes] m’ont volé l’idée d’une Congrégation de prêtres pour l’éducation, avec un Tiers-Ordre de professeurs laïques pour l’instruction. Mais c’est peut-être vous qui me l’aviez donnée » : t. B, p. 227.

24 juin 1845 à Mgr Cart : « Depuis longtemps, vous le savez, la pensée de quitter la vie de prêtre séculier me poursuit » : t. B, p. 259.

 

[10] Lettre du 24 juin 1844, dans Lettres d’Alzon, t. B, page 162..

[11] Ainsi pour l’obéissance, Constitutions de 1855, édit. Rome, 1966, page 58, chap.10, 1-5. Actualisation dans Ratio Institutionis, Rome, 1987, p. 55 : l’obéissance fille de la foi ; chemin d’imitation du Christ, vie d’Eglise et de congrégation, type de relations avec les responsables faites de franchise, de liberté, de reconnaissance humble et loyale dans le service. Dans 26, 27, 34èmes Médiations aux AA, 1878 : E.S., pages 599-600. Directoire, chap. 3 : ‘De l’obéissance’. Première lettre au Maître des novices, texte de 1868 : E.S. p. 150-154.

[12] Enseignement du P. d’Alzon sur la pauvreté religieuse dans ses écrits : Constitutions de 1855, chap. 8, édit. 1966, p. 54-57 (valeurs : détachement, emploi du temps, s’en tenir au nécessaire commun et se dégager du superflu individuel, partage communautaire, simplicité de vie, dés-appropriation) ; dans le Directoire, chap. VI (ES p. 64-66); 2ème Lettre au Maître des novices, 1868, ES p. 157 (valeurs : dégagement des préoccupations matérielles, vertu apostolique de liberté, d’indépendance, d’affranchissement moral) ; 27ème Méditation aux AA, 1878, ES p. 499-506 : liberté de l’âme, joie, imitation plus parfaite du Christ, travail, austérité.

Comme les autres vœux, celui de la pauvreté entre dans un ‘système’, un ensemble : ‘espérance chrétienne, prière, pauvreté évangélique’. La pauvreté évangélique n’est pas perçu d’abord comme une forme de dénuement social ou économique ou une légitimation des inégalités sociales, mais une vie selon l’Evangile : Dieu est notre richesse, tout attendre de la main de Dieu comme un don, choisir de servir le seul Maître.

Second accent alzonien, noter le caractère christique de ce vœu : il s’agit de vivre et de devenir pauvre à la suite et ào la manière du Christ.

Troisième accent, note apostolique du vœu : renforcer la force de caractère, l sens de l’initiative, le désintéressement de l’apôtre, la solidarité.

Rechercher l’écho et la tradition vécue du vœu de pauvreté dans la RV de 1983 :

N° 26 Dieu notre richesse

N° 27 Vivre la pauvreté selon l’Evangile : valeurs de confiance, de partage, de détachement, de liberté

N° 28 Contenu canonique du vœu : renoncement par choix

N° 29 Dimensions de la pauvreté : responsabilité, participation, solidarité

N° 30 Pauvreté comme témoignage

N° 31 Pauvreté comme solidarité (sociale, internationale)

N° 32 Pauvreté en vue du Royaume.

Reste la question du comment traduire cette Règle de la pauvreté avec les paramètres d »’une vie sobre, modeste, simple (sensibilités personnelles, besoins, époque et moyens selon les ressources et l’état de la société ambiante)

[13] Une concision loquace en ce qui concerne sur ce sujet les écrits du P. d’Alzon : ce vœu n’a guère besoin d’explication (ES p. 650) ! Le P. Bailly dans son témoignage rapporté dans Pages d’Archives mai 1958 se contente d’affirmer que le P. d’Alzon était un ange, une âme en fleur, de réputation et de mœurs irréprochables ! La chasteté concerne la relation de soi avec soi, avec ses frères (relations), dans le cas particulier du P. d’Alzon sa responsabilité de supérieur et son impact dans les relations apostoliques.

Qu’en dit la RV 1983 ? La source de la chasteté, c’est la charité : devenir chaste, c’est apprendre à aimer. Le vœu distingue 3 termes : chasteté, continence, célibat pour le Royaume. Ces termes ne sont donc pas équivalents, mais demandent à être unis sans fusion ni confusion, en les ordonnant l’un par rapport à l’autre. Le cadre d’équilibre de notre vœu vécu, c’est la vie commune fraternelle où nous apprenons à conjuguer respect, amour, attention, discrétion, solitude, épreuve, exigence. La communauté n’est pas un super-marché de facilité ! Enfin chaque religieux apprend à devenir adulte dans ses choix grâce à un climat de confiance et de vigilance réaliste : modération dans la boisson,  dans les loisirs, la TV, au cœur d’une société occidentalisée où la sexualité sur-valorisée mais aussi ‘sauvage’ ne donne pas une image toujours humanisante d’elle-même.

[14] Il y a une dynamique positive de l’autorité religieuse qui consiste pour les responsables à vivre comme le Christ et à le faire aimer, à faire de ses frères des saints et des apôtres, à devenir de »s hommes de prière, à trouver la bonne mesure sans se charger de tout, sans négliger les qualités humaines qui aident à façonner une atmosphère communautaire et en tenant compte de réalités assez terre-à-terre : s’accepter soi-même, être attentif et discret, la manière de dire compte autant que le fond, le milieu religieux masculin est un milieu plutôt rude. Mais l’insistance sur les qualités humaines n’amoindrit en rien la priorité des critères spirituels : discerner ensemble de ce que Dieu veut, se stimuler mutuellement dans la fidélité, soigner la prière, chercher Dieu ensemble. L’obéissance religieuse prend ainsi toutes les couleurs de la vie religieuse : une obéissance fraternelle, une obéissance priante, une obéissance missionnaire.