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Le P. d’Alzon et la presse
Jean-Paul Perrier-Muzet Archiviste des Augustins de l' Assomption
Ce serait faire injure à des journalistes et à des employés de la maison Bayard que d’y faire passer le P. d’Alzon ou l’Assomption pour de célèbres inconnus[1] ! Et cependant la fonction de la mémoire dans une grande entreprise comme la vôtre qui absorbe quotidiennement l’actualité à haute dose, ne peut être surchargée par le poids sans cesse alourdi de son passé. Je remercie donc l’organisateur de ces conférences, Robert Migliorini, pour l’occasion qui m’est donnée en ces lieux de raviver la figure du P. d’Alzon dans le cadre du bicentenaire de sa naissance (1810-2010) ou de son jubilé. Je ne vous infligerai pas le rappel des grandes étapes de la vie du P. d’Alzon que l’on trouve maintenant bien détaillées grâce aux ressources d’Internet (www.assomption.org) et à un ensemble de fiches actualisées. Le site qu’a mis en forme depuis une vingtaine d’années le Frère Didier Remiot, est enrichi d’une belle bibliothèque[2] qui peut satisfaire les curiosités les plus exigeantes. A l’occasion des célébrations du Bicentenaire, un ‘musée-lieu de mémoire’ va être inauguré à Nîmes rue Séguier[3], accessible également au public, selon une conception moderne mise en œuvre par un scénographe professionnel, M. Henri Rouvière, de Montpellier. Ce qui m’a paru le plus approprié pour ce matin et le plus inédit aussi, c’est à propos du P. d’Alzon d’évoquer sa pratique de la presse. Ses opinions et ses convictions à ce sujet ont souvent été traitées soit directement[4] soit à travers la présentation des premiers assomptionnistes ‘journalistes’[5], il n’est pas nécessaire d’y revenir. Leur but est clair : la presse est vue comme outil apostolique d’évangélisation . Par contre l’évocation du P. d’Alzon, homme de presse : lecteur-consommateur et producteur-informateur, mérite le détour, même s’il serait hasardeux et abusif de le qualifier lui-même de journaliste ou de figure du journalisme du XIXème siècle.
Emmanuel d’Alzon, lecteur-consommateur de presse.
Nous connaissons bien les us et coutumes de la vie quotidienne d’Emmanuel d’Alzon, adolescent, adulte et senior, grâce à son abondante correspondance[6] maintenant intégralement publiée. C’est la consultation par voie informatique de cette masse documentaire (indexation : Titres des périodiques) qui m’a permis de vérifier une donnée statistique essentielle, à savoir que l’on trouve mentionnés pas moins d’une centaine de titres de revues, périodiques et journaux dans sa correspondance conservée de 1822 à 1880 ! Dois-je vous en infliger l’énumération indigeste ? J’ai cru préférable de la relever dans une note avec toutes les occurrences pour les tenants de la critique et de l’acribie textuelle, et de privilégier pour vous une petite présentation synthétique avec à l’occasion l’une ou l’autre citation alzonienne pour assaisonner le menu !
Il y a d’abord la catégorie des journaux-quotidiens qu’un homme de condition se doit de fréquenter, selon la nuance politique de son milieu : au château de Lavagnac comme au domicile parisien de la rue de Vaugirard[7], les d’Alzon royalistes sont abonnés à La Quotidienne[8], organe monarchiste par excellence, lancé en 1790 par M. de Coutouly, transformé en 1792 en Tableau de Paris, supprimé sous le Consulat et ressuscité en 1814 par Joseph-François Michaud. La Quotidienne, à partir de 1830 se transforma en feuille d’opposition légitimiste au gouvernement de Juillet. Emmanuel s’en fait l’écho 6 fois entre 1831 et 1846[9]. Il ne semble pas avoir été un inconditionnel de la ligne politique du journal si l’on en juge cette réflexion de janvier 1831 à son ami d’Esgrigny : « La Quotidienne m'assomme, quand elle ne me fait pas rire ». Il est vrai que le royalisme nuance légitimiste d’E. d’Alzon est devenu mennaisien, anti-gallican : primat absolu du religieux sur toute attache ou préférence politique. Il en va de même pour son appréciation sur La Gazette de France[10], feuille-mère de toutes les Gazettes de province dont celle de Nîmes[11] et du Bas-Languedoc. Le jugement de d’Alzon est sans appel ou sans pitié pour la Gazette ou encore le Drapeau Blanc[12] : « La méprisable, l’hypocrite Gazette : on n’y prend la religion que comme une arme de parti, qu’on délaisse si elle veut être autre chose » : t. A, p. 260 (janvier 1832). L’information d’E. d’Alzon ne se limite cependant pas aux journaux royalistes, il fréquente aussi à l’occasion la presse gouvernementale, notamment les gros titres et gros tirages : Le National (6 mentions), Le Journal des débats (5 mentions), Le Constitutionnel (5 mentions), Le Moniteur universel ((16 mentions), Le Messager (6 mentions), Le Siècle (3 mentions), Le Globe (2 mentions), La Presse (8 mentions), Le Citoyen[13] (16 mentions) ou encore bien sûr les titres régionaux : Le Courrier du Gard (9 mentions), journal de la préfecture à Nîmes adversaire de L’Opinion du Midi (15 mentions), ne fût-ce que pour les besoins de la polémique.
Comment expliquer cet intérêt précoce du jeune d’Alzon pour la presse ? Depuis 1828, il fréquente les salons, réunions et conférences de M. Bailly (1794-1861)[14], créateur de presse et éditeur catholique impressionnant. Dans ce groupe de jeunes étudiants, on collabore activement à une pléïade de revues très actives, toutes confessionnelles, plutôt agressives d’après le ton général de la presse de l’époque : Le Mémorial catholique (1824)[15], Le Catholique (1826)[16], Le Correspondant (1829)[17], L’Avenir (1830)[18], La Tribune catholique (1831)[19], La Revue européenne[20], sans oublier un ‘monument contemporain’ : L’Univers (1833)[21]. Un jeune étudiant comme lui ne peut manquer de se lancer à fond dans les débats et controverses de la société. Durant les années de son séminaire (1832-1833), il va être sevré de lectures ‘mondaines’, car elles sont filtrées à la porte ; mais il a trop goûté aux joies et au poids de la presse pour oublier. Cette faim d’information par la presse chez d’Alzon est accompagnée de la constitution d’une véritable bibliothèque dans le but approfondir sa soif de culture et de compréhension du monde contemporain. La dominante des ouvrages est d’ordre littéraire, religieux, philosophique et théologique, mais avec deux caractéristiques fortes : intérêt pour les questions d’actualité et ouverture au champ européen. D’Alzon lit aisément l’italien, suffisamment l’anglais et s’est mis avec ardeur à l’allemand, en plus des langues bibliques (latin, grec, hébreu). Il n’est pas étonnant de trouver mention de journaux-revues anglais (The Month[22][Moine], The Tablet[23] [Journal]) et italiens (La Civiltà cattolica[24] des Jésuites italiens (équivalent des Etudes[25]), Il Divin Salvatore[26], L’Osservatore[27], L’Unità cattolica[28], La Voce della verità[29]…) sa vie durant. A la fin de sa vie, on le verra passionné dans ses articles donnés au Pèlerin par tout ce qui touche à l’Amérique ou à la Russie, préoccupation apostolique oblige et référence à un horizon catholique romain, ‘ultramontain’, se voulant vraiment universel. Bien entendu la formation proprement théologique et les fonctions directement ecclésiales du P. d’Alzon lui font fréquenter des revues proprement ecclésiastiques et les bulletins d’informations religieuses donnés dans des revues, à commencer par la Semaine religieuse de Nîmes[30], les Annales de la Propagation de la Foi[31], les Annales des Ecoles d’Orient[32], les Annales de philosophie chrétienne de Bonnetty[33], L’Université catholique[34], le Bulletin de l’Association catholique de Saint-François de Sales[35], le Polybiblion[36], la Revue des Bibliothèques paroissiales[37], la Revue du Monde catholique[38], la Revue des sciences ecclésiastiques[39] etc… La création des Instituts catholiques en France ne commence qu’en 1875, on peut relever la relative faiblesse des instruments de formation et de réflexion proprement théologiques dans l’aire culturelle française, si on la compare à la vigueur allemande. Prolifèrent surtout des bulletins de piété, de mouvements, d’associations et d’œuvres en toutes directions. Pour autant le P. d’Alzon n’a jamais cessé de prêcher en faveur d’une solide formation intellectuelle, religieuse et théologique de la jeunesse, du clergé et des congréganistes. Il a beaucoup lu plume à la main. Enfin son intérêt pour tout ce qui concerne une presse régionale spécifique n’est pas vain : il guette la parution des Mélanges occitaniques[40], donne des articles à la jeune Revue catholique du Languedoc[41], encourage la fondation du Messager du Midi repris par le musicologue Danjou[42] et des Annales catholiques de Nîmes[43]. On sait par ailleurs qu’il a accueilli avec éclat le groupe du Félibrige (Mistral, Aubanel et Roumanille salués par Reboul) dans son collège le 12 mars 1859[44], marquant ainsi son intérêt pour la renaissance de la culture occitane. Il reste une petite interrogation à nous poser sur ce qui pourrait nous paraître comme une lacune dans ce tour d’horizon de la presse à propos du P. d’Alzon et de son époque, l’absence de références marquées à une culture technique ou scientifique. Soyons rassurés : le P. d’Alzon n’était pas technophobe : il a même été l’un des premiers à sauter dans un train (1839)[45], à découvrir le téléphone (1878)[46], à utiliser le télégraphe électrique des 1848[47], à être photographié (daguerréotypes de 1838-1839)[48], à acheter une machine à coudre pour les Oblates (1869)[49]… Il est parfaitement au courant des applications touristiques, postales et militaires de l’aérostation[50]. Le P. Germer-Durand lui fait découvrir à Paris en 1875 le procédé de la lanterne magique[51]. S’il est vrai qu’au XIXème siècle le débat entre science et foi est obscurci par les prétentions du scientisme, le monde du clergé ne fait pas spécialement preuve d’inhibition devant les conquêtes de la science qui compta nombre de croyants illustres comme le physicien Ampère (1775-1836), le physicien Biot (1774-1862), le mathématicien Cauchy (1789-1857), le paléontologue protestant Cuvier (1769-1832), le paléontologue Albert Gaudry (1827-1908), l’archéologue Laborde (1807-1869), le médecin Laënnec (1781-1826), l’archéologue Lenormant (1802-1859), l’homme politique et écrivain Ch. de Montalembert (1810-1870), le professeur de lettres et chrétien social Ozanam, le chimiste biologiste Pasteur (1822-1895), le médecin Récamier (1774-1852), le magistrat Riambourg (1776-1836), l’historien de l’art Rio (1797-1874)), l’archéologue de Saulcy (1807-1880), le journaliste Louis Veuillot (1818-1883) etc… Le P. d’Alzon eut affaire à un prêtre savant mathématicien, ex-jésuite, l’abbé François Moigno (1804-1884) fondateur d’une belle revue de vulgarisation scientifique, la plus ancienne des revues scientifiques françaises, Le Cosmos (1852-1864)[52] dont la trajectoire devait croiser l’histoire de la Bonne Presse. Il y eut de même pourparlers en août 1858 avec un fameux abbé Paul Chantôme (1810-1877) publiciste, prédicateur, auteur d’ouvrages de dévotion[53]. Affaire sans suite. Le P. d’Alzon rencontra et fréquenta d’autres notabilités du monde des sciences religieuses dont Lacordaire, Mgr Affre (1793-1848), le fondateur en 1845 de l’Ecole des Hautes Etudes ecclésiastiques au couvent des Carmes ; il s’intéressa aux ateliers d’imprimerie de l’abbé Migne au Petit Montrouge qu’il visita[54] et d’où sortirent 1019 volumes en trente ans (dont les 369 de la Patrologie). Il entra en contact avec l’abbé François-Denis Martin (1814-1877), curé de Ferney entre 1855-1861, préoccupé comme lui d’apologétique anti-protestante[55]. C’est dans ce même contexte qu’il convient de situer les appréciations louangeuses que le P. d’Alzon porte par exemple sur l’œuvre apologétique d’un Auguste Nicolas, théologien laïque (1807-1888). Donc la lecture de la presse, au sens large (journaux, périodiques, revues), fait partie des habitudes de vie d’Emmanuel d’Alzon depuis sa jeunesse. Il n’est pas seulement un lecteur passif, mais réactif et, en plus, à l’occasion, un rédacteur collaborateur[56] avec pour prédilection le champ des informations religieuses et ecclésiales, comme on le voit en ce qui concerne le choix d’ouvrages de sa bibliothèque[57].
Emmanuel d’Alzon, homme de presse, producteur et communicateur.
Plus encore, il convient maintenant d’aborder deux périodes particulières de la vie d’Emmanuel d’Alzon où il est entré directement dans le champ de la presse et du journalisme : les années 1848-1851 et la dernière décennie 1870-1880.
En février 1848, le P. d’Alzon est aux premières loges comme observateur de la Révolution parisienne qui renverse la Monarchie de Juillet et proclame la IIème République[58]. On sait que dans l’effervescence et même l’enthousiasme de ce mouvement politique, la presse connut un développement sans précédent mais éphémère. Il est évident que la promulgation du suffrage universel (masculin) y est pour beaucoup, chaque camp politique se donnant pour consigne d’informer l’opinion et de récolter le maximum de voix aux élections législatives à venir : « Ici, on s’agite beaucoup pour faire des journaux. Le P. Lacordaire veut en faire un, Montalembert un autre ; avec L’Univers cela fera trois. C’est absurde. J’ai promis mon concours pour procurer des fonds au P. Lacordaire, mais il n’y a pas moyen d’espérer le moindre succès ; ils ne veulent paraître que dans six semaines, et dans six semaines les élections seront faites. C’est amer de bêtise »[59]. Cette année 1848 qui fut très politique pour le P. d’Alzon[60], devenu ‘républicain du lendemain[61]’, ne confirme pas ses espérances : les sanglantes émeutes et répressions de juin renforcent le parti de l’Ordre, républicain de surface, conservateur dans l’âme ; les élections municipales de Nîmes en août boycottent la préférence du P. d’Alzon en faveur de listes de panachage confessionnel (liste d’union) ; les élections présidentielles de décembre ne donnent pas la victoire à son candidat, Cavaignac, mais à un dictateur en puissance, Louis Napoléon. Et pourtant, pour diffuser ses idées, le P. d’Alzon n’a pas lésiné sur les moyens : il a lancé un journal à Nîmes en se faisant inspirateur et bailleur de fonds pour La liberté pour tous, quotidien tri-hebdomadaire, paru la première fois le mardi 21 mars 1848, sous la direction du gérant Eugène Germer-Durand, jusqu’au 31 décembre 1848. Il y donna 9 articles reproduits dans Lettres t. C, pages 664-700[62]. Idées politiques et aventure journalistique : même fiasco final ! Ces mésaventures, aggravées par le martyre des écus, vont éloigner pour un temps le P. d’Alzon et du journalisme et de la politique. On trouve ce titre de journal mentionné 17 fois dans les écrits du P. d’Alzon. Autre tentative marquante de journalisme de la part du P. d’Alzon, la fondation en 1851 cette fois d’une revue spécialisée, dans le cadre de son combat en faveur de la liberté de l’enseignement : la R.E.C. ou Revue de l’enseignement chrétien[63]. Elle comporte deux séries, la première pour les années 1851-1855 (n° 1 du 1er novembre 1851 au n° 31 décembre 1854 et n° 1 janvier au n° 12 décembre 1855) et la 2ème de 1871 à 1877 (n° 1 mai 1871 à avril 1877) : les articles programmes sont du P. d’Alzon[64]. On peut dire d’elle qu’elle a innové : elle est en effet la première revue de ce type, et qu’elle a cherché à étendre le bénéfice de la loi Falloux d’abord dans le champ assez neuf des établissements autorisés par la loi de 1850, de façon à coordonner les efforts pour tirer le meilleur parti de la liberté accordée à l’enseignement secondaire par cette loi, puis à partir de 1871 de préparer le vote en faveur de la liberté de l’enseignement supérieur (Laboulaye 1875). Son but étant atteint, elle s’est sabordée, pour renaître sous une autre forme, La Croix-Revue, pour un combat plus général.
C’est en effet dans la dernière décennie de sa vie que le P. d’Alzon a davantage pris conscience du rôle et du poids de la presse, sous l’influence certaine des deux ‘religieux parisiens’ (Picard et Vincent de Paul Bailly) qui ont établi et assis la congrégation dans la capitale. Jusque là, le journalisme était le fait du fondateur ; dorénavant il devient le fait d’une petite congrégation. En 1871 est décidée la reprise de la R.E.C. mais l’horizon du combat va grandissant, du champ de l’enseignement à celui de la société toute entière; en juillet 1873 avec la création modeste du petit bulletin Le Pèlerin au comité des pèlerinages de La Salette, le P. Vincent de Paul s’initie modestement au métier de journaliste qu’il a respiré toute sa jeunesse en famille ; à partir de janvier 1877 il transforme la publication en un véritable magazine d’actualité avec illustrations, caricatures, chronique politique ; le P. d’Alzon qui n’y apprécie pas le genre léger qu’il appelle zozo, accepte cependant d’y apporter sa contribution sous la forme d’une centaine d’homélies, écrits à partir de l’évangile des dimanches et fêtes[65] ; pour lui, il ne s’agit plus seulement d’entraîner les foules dans les centres de pèlerinage, il faut planter le christianisme au cœur de la vie publique et former l’opinion publique trop souvent dégradée par la ‘mauvaise presse’ ; en 1875, le P. d’Alzon, de Nîmes, a senti la nécessité de diffuser un bulletin interne, L’Assomption, pour établir un lien entre les religieux dispersés et leurs activités multiples, développer un réseau de donateurs[66] ; en 1880, on hésite encore sur la marche à suivre en fondant la revue La Croix, perçue comme 3ème série de la R.E.C. (sous-titre) : périodique mensuel (3.000 ex.) se donnant pour programme de combattre la Révolution, c’est-à-dire le laïcisme athée : pour le P. d’Alzon, l’objectif du journalisme chrétien est clair, combattre. Pourtant la controverse autour du titre à choisir donne la mesure de l’obscurité dans laquelle baigne l’entreprise au départ : le P. d’Alzon écrit au P. Picard le 10 décembre 1879 : « Vous avez pu voir si nous avons pris au sérieux l’idée de la Revue, mais le genre farce que l’on semble vouloir lui donner nous dégoûte assez. Reprenez le titre de Revue de l’enseignement chrétien. Tout à l’heure, en réponse à Charlemagne, P. Laurent a proposé Le roi Dagobert ; P. Edmond, Dagobert ou Pourceaugnac ; moi Le roi David. Charlemagne n’est-il pas un grand pot de chambre ? Nous tenons à être sérieux. Ni L’Apôtre ni Charlemagne ne le sont. Le P. Laurent fait comme moi, il désire que son article lui soit renvoyé, si le titre est absurde. Nous voulons à la Revue un autre genre que Le Pèlerin. Non que nous excluions quelques pages gaies, au contraire. Mais devant les circonstances si graves qui se préparent, il faut plus que le genre badin. Croyez-moi Le Lutteur était un bon titre. Nous avons autre chose à faire qu’à cabrioler. Les cabrioles amusent les bons, agacent les mauvais, mais laissent peu de fruit »[67]. La presse à l’Assomption ne peut avoir comme seule fin la distraction des masses, mais elle a à devenir, à, ses yeux, une véritable arme du combat apostolique. On entre dans le champ du militantisme. Dans le sillage du Pèlerin et de La Croix-Revue[68] est née le 2 février 1880 une feuille hebdomadaire, La Vie des Saints[69], une sorte de supplément de dévotion qui devint par la suite une véritable publication autonome et fut même reprise en une série de volumes. Avec cette ultime initiative, prend fin l’aventure journalistique du P. d’Alzon, mais il a passé la relève à ses fils de Paris qui, grâce à leurs multiples relations et à l’engagement de militants chrétiens laïcs, vont se lancer dans une aventure de presse |