Le P. d'Alzon et les évêques de son temps

Dire que le P. d'Alzon fut ultramontain, n'est pas dire qu'il fut seulement le paladin du pape. S'il n'avait pas eu une bonne théologie de l'épiscopat, il n'aurait pas été vicaire général tout au long de sa vie sacerdotale. Ce qu'il ne pouvait admettre c'est que "épiscopat soit un tel ou un tel" selon ce qu'écrivait son ami Mgr Doney, "de telle sorte que nous n'appartenons à l'épiscopat de France qu'autant que nous sommes la chair et les os de ces messieurs." Aussi préférait-il, pour sortir de cet ancien régime gallican, voir dans le pasteur suprême le lien de toute autorité. En ce sens il était "catholique romain" vis-à-vis de ces (sic) [ceux?] des évêques "qui défendait [sic] leur autorité comme leur propre peau", au dire de Mgr de Ségur. Et il faisait fi des imputations faites à l'ultramontanisme au milieu du XIXe siècle, comme étant "exagération, fanatisme, asservissement à des intrigants, niaiserie qui rend les gens instruments dociles du pape, intolérance cruelle et aveugle, esprit anti-français, ennemi de la gloire du pays, sujétion des gouvernements au bon plaisir du pape. Et autres niaiseries de ce genre" écrivait Mgr de Ségur à Louis Veuillot, les 12 et 14 juillet 1852.

Ce qui est sûr, c'est que le P. d'Alzon a été mis en rapport avec l'épiscopat du monde entier en 1862, lors de la canonisation des martyrs japonais à Rome, en 1867, lors du 18e centenaire du martyre de St Pierre et de St Paul, et 1869-1870 pendant la tenue du concile. Avec l'ouverture de l'Assomption aux missions lointaines, il entre en rapport avec des évêques d'Amérique, d'Australie, d'Afrique et de l'Orient chrétien. En France, il est en relation épistolaire avec au moins 32 évêques et il connaît à peu près tout l'épiscopat. Par 3 fois au moins, il refusa d'être évêque. Et si Rome le maintint, malgré lui, à son poste de vicaire général, c'est qu'il devait bien y avoir quelque intérêt pour l'Eglise de France.

On ne peut ici que faire un choix dans la présentation d'évêques particulièrement en relation avec le P. d'Alzon, outre ceux de Nîmes et de Paris et ceux que nous évoquons par ailleurs.

Voici d'abord trois figures épiscopales fort différentes mais significatives.

Cardinal MermillodEt d'abord, Mgr Doney (1794-1871), évêque de Montauban (1843). Nous avons encore 150 lettres de Mgr Doney au P. d'Alzon. Ce sont toutes les affaires de l'Eglise de France qui sont passées en revue dans cette correspondance, dont nous n'avons pas la contre partie de la part du P. d'Alzon. L'avant-dernière lettre de Mgr Doney lui donne délégation au Concile, au cas où il ne pourrait y demeurer pour raison de santé.

Mgr Mermillod (1824-1892). év. tit. d'Hébron(1864) év. de Lausanne-Génève (1883), card.(1890), avait peut-être songé à rejoindre le P. d'Alzon à l'Assomption pour un travail en commun en milieu protestant. On sait qu'il fut chassé de Genève et que par la suite il fut aussi un des premiers évêques sociaux annonciateurs de Rerum Novarum.

Cardinal PitraMgr Pitra (1812-1829), bénédictin de Solesmes en 1841, card. en 1864, card.-archev. de Frascati en 1879, est avant tout un connaisseur des Pères de l'Eglise, des canonistes byzantins et des mélodes grecs. Cardinal de Curie, avec missions diplomatiques en Orient, il aida le P. d'Alzon pour établir l'œuvre apostolique de l'Assomption en Bulgarie et à Constantinople.

Mgr de Bonald (1787-1870), év. du Puy (1823), archev. de Lyon (1840), card. (1841). était apparenté au philosophe de ce nom, et leur famille, à celle des d'Alzon. En passant par Lyon, le P. d'Alzon pouvait y saluer le cardinal, et aussi son cousin, l'abbé de Serres, secrétaire de l'archevêché. Leurs lettres sont révélatrices de la susceptibilité du Clergé lyonnais en face du mouvement liturgique ultramontain.

Mgr Gerbet (1798-1864), év. de Perpignan (1853), avait été l'un des disciples les plus proches de Lamennais, dont il se sépara après les Paroles d'un croyant (1834). E. d'Alzon l'a sans doute rencontré à Paris. Pressenti pour l'évêché de Perpignan, Mgr Gerbet demanda au P. d'Alzon de faire une visite canonique secrète dans son futur diocèse. Son Instruction sur les erreurs du temps présent, avec une liste de 85 propositions erronées, est à l'origine du Syllabus de Pie IX (8 décembre 1864).

Mgr de Salinis (1798-1861), év. d'Amiens (1849), archev. d'Auch (1856), avait connu E. d'Alzon adolescent à Paris et était un ami de Mgr Gerbet. A la mort de Mgr Cart, il osa présenter au ministre des cultes comme évêque possible de Nîmes le P. d'Alzon.

 

Mgr Gousset (1792-1866), év. de Périgueux (1835), archev. de Reims (1840), card. (1850), était un ami des Religieuses de l'Assomption. Le P. d'Alzon l'a particulièrement connu au Conseil supérieur de l'Instruction publique. Il fut dans l'affaire des classiques l'adversaire de Mgr Dupanloup. Il écrivit au Pape en faveur du décret de louange. Mais, après l'échec de la fondation de Rethel, il semble que les relations amicales se soient un peu détendues.

Mgr Roulet de la Bouillerie (1810-1882) était aussi un ami d'enfance d'E. d'Alzon. Il devint év. de Carcassonne (1855) et coadjuteur de Bordeaux (1872). Lié d'amitié avec les Religieuses de l'Assomption, lui aussi eut souhaité que le P. d'Alzon "devînt son voisin" en succédant à Nîmes à Mgr Cart. Il écrivit au Pape en faveur du décret de louange pour l'Assomption fondée par le P. d'Alzon.

Mgr Pie (1815-1880), év. de Poitiers (1849),card. (1879), il demeure le type de l'évêque ultramontain dénonçant les abus de pouvoir de l'empereur dans l'affaire d'Italie. Il eut pour vicaire général Mgr Gay bientôt évêque auxiliaire, un autre ami du P. d'Alzon qui songea à l'Assomption. Au concile du Vatican, il était membre du Comité des Cinq (Mgrs (sic) Mermillod, Manning, Dechamps, Plantier et Pie) qui assura la vraie direction des infaillibilistes.

Mgr Gerbet
Mgr de la Bouillerie
Cardinal Pie

 

Louis VeuillotS'il avait été nécessaire, la querelle des classiques aurait rapproché le P. d'Alzon des rédacteurs de l'Univers. En fait, depuis la fondation de ce journal, le P. d'Alzon en avait suivi les péripéties. Son origine remonte à 1833 et le véritable fondateur en est l'abbé Migne, qui en poursuivit la publication jusqu'en 1836, date à laquelle le futur éditeur des Pères de l'Eglise dut admettre qu'un lecteur de journal aime se distraire plus que s'instruire, fût-il prêtre. Le journal passa alors sous la responsabilité de M. Bailly qui en était le principal rédacteur avec Du Lac, ami du P. d'Alzon, dès 1828. Louis Veuillot devait entrer au journal en 1839, et désormais l'Univers sera l'organe du parti ultramontain, tandis que le Correspondant, sous la conduite de Montalembert. deviendra le journal des catholiques libéraux.

Menacé de suppression en pleine querelle des classiques, il sera de fait condamné par Napoléon III, de 1860 à 1867, sauf à paraître sous un autre titre: Le Monde. C'est par l'Univers, grâce à Du Lac, que le P. d'Alzon a pu faire connaître ses œuvres de Nîmes et les nouvelles de l'Eglise qu'il jugeait opportun de mettre dans l'opinion publique. Parlant de Melchior Du Lac, Veuillot écrivait: "Son silence était plus aimable que le brillant des autres; sa figure avait un rayonnement de bonnes pensées." De fait, Melchior Du Lac avait songé au sacerdoce en même temps qu'Emmanuel d'Alzon et aurait voulu être disciple de Dom Guéranger. Des raisons de famille d'abord, et de santé ensuite, le maintinrent dans le monde, mais au service de l'Eglise par la plume.

 

 

 

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