Le Père d'Alzon et le mouvement d'Oxford
Un portrait de Newman par le P. d'Alzon
Tertullien
a dit que l'âme est naturellement chrétienne, on pourrait dire
aussi que, même au sein du protestantisme, il y a des âmes naturellement
catholiques. Trois principes sont la loi de la vie intellectuelle du docteur
Newman: 1° la conviction qu'en tout il doit se placer uniquement sous l'il
de Dieu: Dieu et mon âme, voilà le cri perpétuel de sa conscience;
2° la foi pratique, invincible, au-dessus de tout raisonnement, au monde surnaturel;
3° la passion, si je puis dire, de dépendre d'une autorité légitime
qui le faisait s'écrier pendant une maladie: "Mon Dieu, je n'ai pas péché
contre la lumière" et le sentiment, non moins profond, qu'il ne pouvait
mourir, à la même époque, parce qu'il avait une grande uvre
à consommer. Ajoutez un cur plein de tendresse pour des amis qu'il
ne cherche pas, mais à qui il tend les bras lorsqu'ils se présentent;
une riche et poétique imagination à qui la prose ne suffit plus
à certains moments d'enthousiasme; l'élocution la plus facile;
un style que les Anglais comparent à celui de leurs plus belles antiquités
littéraires; une science profonde, variée, puisant aux véritables
sources une puissance de produire qui frappe presque de stupeur en présence
de la liste de ses nombreux ouvrages; et par-dessus tout le don d'embraser les
âmes - et vous avez l'idée du docteur Newman, si je l'ai bien deviné
à travers ceux de ses livres que j'ai lus et relus avec ravissement.
Ce qui charme, ce qui entraîne au-delà du talent, de la finesse
des aperçus, de la beauté du style, de la vigueur du raisonnement,
c'est l'honnêteté chrétienne, si je puis dire ainsi, qui
vous pénètre et vous séduirait en quelque sorte malgré
vous, si vous trouviez je ne sais quel bonheur à vous placer au plus
vite sous son charme.
Lettre
du cardinal Wiseman au P. d'Alzon
35 Golden Square, Londres, 10 février 1851.
Monsieur,
Pensez-vous encore quelquefois au cardinal Wiseman? Je serais heureux de ne pas être effacé de votre souvenir. Vous avez travaillé pour l'Eglise, soyez assez bon pour vous intéresser à cette portion que Notre-Seigneur a daigné me confier. M. Puiblier, de la Société de Saint-Sulpice, vous parlera d'une uvre bien importante; j'ose espérer que vous voudrez bien y coopérer selon votre pouvoir.
Si la grande exposition pouvait vous engager à faire excursion à Londres, je me ferais un bonheur de vous exprimer tout ce que je sens d'estime et d'affection pour vous. C'est dans ce sentiment que je suis, Monsieur, votre très humble et dévoué serviteur.
card. Wiseman
Monsieur l'Abbé d'Alzon
Paris
Lors de ses études à Rome, l'abbé d'Alzon s'était lié d'amitié avec le futur cardinal Wiseman, et il ne cessa de s'intéresser à l'évolution de l'anglicanisme, dont le mouvement de renouveau se manifestait à l'Université d'Oxford. Sa bibliothèque témoigne qu'il voulut se procurer tout ce qui paraissait dans ce milieu universitaire. Le récit de la conversion de Newman, écrit-il le 4 janvier 1846, l'a fait pleurer et lui a fait voir plus clairement que jamais sa vocation jointe à l'obligation de tendre au plus parfait. Sans être allé en Angleterre, le P. d'Alzon demeure l'un des prêtres de France les mieux informés sur le mouvement religieux de ce pays, comme en témoignent ses articles parus dans le Bulletin de l'Association de Saint-François de Sales, (années l866-1867).